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mercredi 5 octobre 2016

Morwenna, Jo Walton

Lorsque Morwenna est sorti, il a fait beaucoup parler de lui. Et étrangement, il ne m'a pas forcément donner envie de le lire. Et puis, le soufflet est retombé, et on a commencé à ne plus trop en parler, si ce n'était pour un challenge (que j'aurais bien fait d'ailleurs). J'ai fini par craquer dessus, surtout à cause de sa couverture en poche, même si je trouve celle du grand format sympathique aussi. Et je me demande pourquoi ai-je attendu si longtemps pour le lire.

Morwenna, Jo Walton

Editeur : Folio
Collection : SF
Année de parution : 2016
Titre en Vo : Among others
Parution en Vo : 2011
Nombre de pages : 415

A lire si :
- Vous aimez les récits type journaux intimes
- Vous voulez du fantastique tout doux
- Vous voulez une héroine qui pourrait beaucoup vous ressembler

A ne pas lire si :
- Vous voulez beaucoup d'action

Présentation de l'éditeur

Morwenna Phelps, qui préfère qu'on l'appelle Mori, est placée par son père dans l'école privée d'Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l'a laissée handicapée et l'a privé à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Alors qu'elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre.

Mon avis

Il est toujours étrange de se plonger dans un livre où l’héroïne nous parle vraiment beaucoup. Et comment souvent lorsque j'ai aimé un livre (adieu suspense sur ce point donc), j'ai aussi du mal à savoir par quoi commencer. Un jour, j'y arriverais sans problème, mais ça ne serait pas pour maintenant (ça fait déjà trois fois que je recommence...). Bref, allons-y.

Le roman est écrit sous forme de journal intime, celui de Morwenna Phelps, jeune fille de quinze ans. Nous le prenons en cours, en septembre. Ce format impose donc la lecture d'une tranche de la vie de son autrice. Nous n'avons pas tous les éléments en main dès le départ, découvrant son passé par bribes lorsqu'elle veut bien nous le donner. Autre chose, que je préfère dire dès le départ, ne vous attendez pas à une grande aventure, ni à un fantastique trop présent. Jo Walton n'a pas choisi de nous plonger dans une aventure fantastique, elle a choisit quelque chose de plus intime, ancré dans la vie quotidienne d'une adolescente qui aurait pu être comme les autres. Du coup, malgré une touche de fantastique, le roman reste surtout cette tranche de vie, située au moment où Morwenna commence son passage vers l'âge adulte. Il nous parle de ce passage, mais aussi d'elle, une jeune fille déjà bien marquée par la vie, qui essaie de se construire.

Il faut bien dire que Morwenna est un personnage que j'ai beaucoup mais alors beaucoup aimé. Parce qu'elle est comme j'ai pu être à son âge (et comme je suis toujours). Forcément, il y a la passion du livre et de la lecture. Elle lit tout le temps, principale de la SFFF (ma wishlist en a pris un sacré coup, j'ai même récupérer la liste du challenge Morwenna's list pour avoir tous les titres), et parle avec passion de tout cela. J'ai adoré ça, surtout qu'elle (enfin Jo Walton surtout) a un envie sur beaucoup de chose et se sert des lectures de Morwenna pour expliquer certaines pensées de la jeune fille. J'aime vraiment beaucoup tout ça, surtout que je me suis vraiment retrouvée dans cette adolescente même si mon mal-être de l'époque n'avait finalement pas grand chose à voir avec le sien.

Comme je le disais, Morwenna n'a pas vraiment été gâtée par la vie au moment où nous prenons en cours son journal. Sa soeur jumelle est décédée suite à un accident. Accident qui va en plus de ça laisser Morwenna handicapée.  Elle a fuit une mère un peu sorcière et surtout folle pour se retrouver avec un père qu'elle n'a jamais connue. De plus, elle doit changer d'école, découvrant le bonheur de vivre dans un pensionnat pour jeunes filles britannique, elle la galloise, elle l'étrangère. Blessée à la fois physiquement et psychologiquement, elle doit faire face à la perte de ses repères, à l'incompréhension de beaucoup et à la stupidité de ses camarades de classes (dans le style harcèlement scolaire, elles se posent quand même là les filles d'Arlinghust...). Et pour cela, Walton va utiliser la magie, mais à peine, de manière non intrusive. Morwenna voit les fées, pratique elle-même un peu de magie (même si elle ne sait pas toujours ce qu'elle fait). En fait, j'ai vraiment eu l'impression que la partie fantastique du roman été là pour représenter le passé, l'enfance de la jeune fille, même si elle est aussi là dans le présent. Mais ne faut-il pas garder son âme d'enfant même en grandissant ? N'avons-nous pas besoin de cette dose-là de magie ? Ce sont les questions que je me suis posée et auxquelles j'ai tendance à répondre comme Walton et son héroïne. De plus, il faut parfois attendre longtemps avant qu'un événement magique n'entraine un évenement dans le monde. On peut en venir à se demander si tout cela est du hasard ou de la vraie magie. L'utilisation du fantastique est donc particulièrement bien fait, il n'empiète pas réellement sur l'histoire tout en lui donnant une autre consistance. Cela donne un récit ancré dans son époque (fin 79 début 80) qui parait plus que réel. Et surtout les thèmes abordés ne sont pas noyés par le genre. Un récit qui est aussi ancré dans ses lieux. Morwenna est galloise et ce n'est pas pour la simple raison que son autrice l'est aussi. La Galle du Sud est une terre sauvage, emplie de magie. Elle s'oppose parfaitement à l'Angleterre où la jeune fille va devoir vivre, qui est plus "discipliné", plus froide aussi au niveau des rapports. Les fées galloises viennent à Morwenna, lui parlent, les fées anglaises l'ignorent et elles sont tout autant ignorées par la population. Une opposition que se retrouve bien dans ce que vit l'héroïne. D'ailleurs, elle n'est pas la même lorsqu'elle retourne en Galle du Sud que lorsqu'elle est en Angleterre. 

Si on retrouve plusieurs thèmes comme celui du passage à l'âge adulte, celui de la mort ou encore dans une moindre mesure le harcèlement, on en trouve aussi d'autres. Dont celui de la découverte du corps et de l'amour mais aussi des plaisirs sexuels. Morwenna est l'une des rares héroïnes que j'ai rencontré, qui parle masturbation et surtout qui est ouverte à ses désirs. Elle n'en a pas peur, ne cherche pas forcement à les analyser et surtout, suit ses "pulsions". D'ailleurs, ça revient assez souvent ça, qu'elle se laisse porter par ses pulsions (et pas seulement sexuelle). Morwenna, même lorsqu'elle obéit aux fées, même lorsqu'elle essaie de devenir la Gentille Nièce, suit son instinct. Ca donne parfois des situations un peu étonnante mais j'aime tellement sa manière de voir les choses qui n'est pas forcément entaché par des notions de bien et de mal.

Parlons un peu du style. J'ai d'abord été étonné par ce que pouvait écrire Morwenna, dans un langage parfois très adulte. Je rappelle que la jeune fille a quinze ans. Je ne m'attendais pas à un style trop enfantin, mais pas non plus à quelque chose de tel. En fait, c'est tout de même assez logique. Morwenna lit tout le temps, et des auteurs adultes. Elle écrit donc comme elle a pu lire, ainsi elle use de mots ou parfois de construction qu'une personne de son âge n'userait pas forcément. Mais tout cela reste bel et bien un journal intime, qui peut parfois être ennuyeux et répétitif et parfois réellement intimiste. Morwenna ne nous dit pas tout dedans, elle l'écrit pour elle-même. C'est au lecteur de lire entre les lignes, de se faire sa propre opinion, de réfléchir. Du coup, je pense qu'une partie de ce qui arrive à Morwenna peut-être interpréter de différentes façons par les lecteurs, tout comme le part de hasard ou de magie dans l'histoire.

Au final, j'ai clairement aimé le livre. Son héroine est attachante, assez proche de ce que j'ai pu être à son âge. Il n'y a pas de grande aventure magique, de gros vilain méchant ou autre. Le roman est intimiste, juste l'histoire d'une jeune fille qui croit en la magie et qui doit surmonter les épeuvres que la vie a mis sur son chemin. C'est aussi un bel ôde à l'amour, à la différence et à l'acceptation, un ôde à la littérature (surtout imaginaire mais pas que). Bref, un roman qui ne pouvait que me plaire. Un défaut ? Oui, sa fin, trop majestueuse en fait. J'aurais préféré quelque chose à l'image du reste du livre, un peu entre deux, qui laisse aux lecteurs le choix de l'interprétation. Mais ce n'est qu'un détail (parce qu'en fait, elle est bien cette fin aussi).

lundi 16 mars 2015

Vlast, Peter Higgins

Vlast est la première parution de la collection L'autre B de Bragelonne qui promet des livres surtout un peu de ce qu'on a déjà pu lire. Il fallait bien que je vois de quoi il pourrait en retourner.

Vlast, Peter Higgins

Editeur : Bragelonne
Collection : L'autre B
Année de parution : 2014
Titre en VO : Vlast
Année de parution en VO : 2013
Format : epub

A lire si :
- Vous voulez un monde immersif
- Vous voulez du fantastique 

A ne pas lire si :
- Vous voulez une vraie fin...

Présentation de l'éditeur : 

La corruption règne à Mirgorod. Entre agents du parti et révolutionnaires fanatiques, cabarets décadents et exécutions sommaires, survivre est un défi quotidien dans la gigantesque capitale du Vlast. Lorsque l’inspecteur Vissarion Lom est chargé d’arrêter un terroriste qui menace le parti, il ne se doute pas encore que son enquête va le mener jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir, et lui faire découvrir un secret lié à son propre passé. Sa rencontre avec une mystérieuse jeune femme, Maroussia, proche du criminel qu’il est censé traquer, achève de faire basculer Lom dans un monde de faux-semblants, ambigu et vénéneux…

Mon avis :

J'avoue ne pas savoir comment commencer cet avis, ni même comment le continuer. Vlast est un roman pour le moins étrange qui m'a laissé sur ma faim. Plutôt dense, avec un certain nombre de personnages qui se croisent et s'entrecroisent pour nous fournir l'histoire de Mirgorod, la ville capitale du Vlast. 

Nous allons suivre principalement Vissarion Lom, un inspecteur de la police du Vlast. L'homme n'est pas très apprécié par sa hiérarchie mais elle l'envoie tout de même à la capitale pour réussir à arrêter Josef Kantor, un dangereux terroriste. Lom ne connait rien à Mirgorod, ni personne, c'est pour cela que l'on a fait appel à lui. Il va pouvoir se fondre dans la ville pour découvrir sa proie. On va aussi suivre le fameux Kantor ou encore Marroussia, la fille de l'ex-femme de Kantor. Avec eux, c'est Mirgorod que l'on va découvrir, cette Moscou étrange qui va se révéler sous nos yeux. Mirgorod et ses origines, Mirgorod et ses futurs. 

Le monde imaginé par Higgins a tout de la Russie communiste. Un président dictateur tout puissant, une police qui l'est tout autant et un peuple qui souffre. Un peuple qui croit aussi en d'ancien mythe, où la forêt prend une place importante. C'est bien fait, froid et pluvieux (manque un peu de neige tout de même) et particulièrement immersif. On y croit réellement à tout ce que l'auteur nous montre. Même à cette étrangeté que sont les Anges, des êtres tombés de la lune sur Terre pour y mourir. D'ailleurs, la guerre que ses créatures livre à couper la lune en deux. Les  anges, et un d'eux plus particulièrement, vont façonner la ville et ses habitants. Car Mirgorod n'a rien de parfait. La police y est corrompue, le peuple martyrisé. 

Ce sont surtout sur ses points que l'auteur va se concentrer, plus que sur l'histoire de Lom, me laissant avec un sentiment de pas assez, du coup. Parce qu'il va nous lancer sur de nombreuses pistes, des origines de Lom à celle de l'Ange, de la manière dont on peut l'arrêter ou encore de la corruption des hautes sphères. Tout  semble à un moment trouver réponses sauf que non. Aucune des questions que je me suis posée sur ce que je lisais n'a trouvé de réponse. Pas même celle sur ce qu'est réellement Mirgorod. C'est tout de même frachement frustant. Encore plus lorsque l'on arrive à la fin du livre. Je me suis d'ailleurs demandé si j'avais vraiment la fin du livre tant c'est abrupt et tant ça ne répond pas à la question première du livre pour moi. 

Pourtant, il y a beaucoup de bon dans Vlast, à commencer par l'écriture de son auteur. Higgins réussi à nous faire entrer dans ce monde à grande vitesse, capable de nous donner des scènes d'actions intenses ou des scènes de repos particulièrement bien faites. Il use beaucoup de phrases courtes, coups de poings, parfaite avec le thème de Vlast. Les personnages, plus particulièrement Lom, sont interessants même si parfois j'aurais voulu en découvrir plus. Et la ville, et bien la ville est vivante. 

Au final, je dois avouer que je ne sais toujours pas que penser de Vlast. J'ai aimé, surtout jusqu'au deux tiers du livre, je dirais. Après, je n'ai pas compris ce que l'auteur a voulu faire. La fin m'a laissé sur ma faim. C'est vraiment quelque chose qui m'a dérangé dans le livre. Il y avait tellement de chose à écrire pour moi avec cette histoire. Enfin, je suppose que l'auteur sait ce qu'il fait, même si moi je ne le sais pas.