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mardi 4 octobre 2022

Meute, Karine Rennberg

Je ne vais pas faire durer le plaisir, et je suis sûre que vous vous en doutez. Un bouquin qui parle de loups, ça fait toujours mouche chez moi. Et ici, c'est un immense coup de cœur. Surement celui de l'année en fait.

Meute, Karine Rennberg

Editeur : ActuSF
Collection : Bad Wolf 
Année de parution : 2022
Format : AZW

A lire si : 
- Vous aimez les histoires de loups
- Vous voulez un récit sombre
- Vous voulez être bousculé dans vos habitudes

A ne pas lire si :
- Vous ne voulez rien de violent.

Présentation de l'éditeur : 

Roman atypique lycantrope, Meute suit Nathanaël, Val et Calame. Si le premier est un loup-garou né de la violence et la solitude, le second est un humain à qui l'on a volé la voix alors que le troisième est un loupiot traumatisé, incapable d'accéder à la moindre autonomie. Ce récit fantastique est avant tout celui d'une tranche de vie, de ce moment où tout bascule entre le noir et la lumière. 

Mon avis : 

C'est marrant, mais j'ai tellement vu le roman à sa sortie que j'ai hésité à le lire. Je dis que c'est marrant parce que premièrement, il y a un loup sur la couverture, deuxièmement, ça parle de loups. Vous me connaissez pour savoir que rien que ça suffit à me faire prendre un bouquin. Mais j'ai hésité et je ne sais toujours pas pourquoi. Mais j'ai fini par le prendre, en numérique (et il y a donc de forte chance pour qu'il vienne rejoindre plus tard ma bibliothèque physique) et même là, je ne l'ai pas lu de suite. Mais c'est enfin chose faite et je regrette presque de ne pas l'avoir lu plus tôt. Parce qu'il n'a fallu que deux chapitres, même pas, pour que je sois happée dans le roman.

Il faut dire que l'autrice a trouvé le moyen de nous faire entrer dedans, brillant et à la fois très casse gueule si c'est mal fait : la narration à la seconde personne du singulier. Pour moi, à la base, cette narration, c'est celle des livres dont vous êtes le héros, que j'ai pratiqué étant jeune. Autant dire que je pars de loin et que ça faisait longtemps que j'étais pas tombée dessus. Parce qu'ils sont rares les auteurs qui osent faire ça. Mais imaginez donc le faire avec trois personnages et toujours ce "tu" pour chacun d'eux. Eh ben ça fonctionne à mort ici. Outre le fait que je me suis sentie de suite investi dans l'histoire, je n'ai ressenti aucun mal à savoir avec qui "j'étais" au moment de ma lecture entre Val, Nath ou Calame. C'est vraiment là que Karine Rennberg a été brillante : on reconnait les personnages sans le moindre problème. Ils sont tous les trois assez différents les uns des autres (bon pour Calame, c'était pas non plus compliqué) pour qu'on les différencie mais surtout pour qu'on arrive à s'attacher aux trois sans le moindre problème (du moins pour moi). 

D'ailleurs on en parle des personnages ? Comme je le disais donc, je me suis attachée aux trois, et pas forcément pour les mêmes raisons, ou alors peut-être bien que si. L'autrice a décidé de nous montrer des personnages complets, dans toutes leurs forces mais surtout leurs faiblesses. Nath et Val sont deux mercenaires. Le premier est un loup-garou, rattaché à peu prés à une meute au début du roman. Il finira par la quitter et va se retrouver bien malgré lui alpha pour le jeune Calame, un loupiot complètement traumatisé. Le second est un "simple" être humain, muet suite à une grave blessure. Il est le coéquipier de Nath depuis leur enfance et va tout faire pour le soutenir dans sa nouvelle vie. Les deux ont une relation basé sur la confiance et j'ai adoré les voir interagir ensemble. Le troisième, c'est donc Calame, gamin totalement traumatisé par Ceux en blanc (on finira par découvrir qui ils sont par la suite). Il ne supporte aucun contact, aucune nourriture salée non plus et semble ne réussir à s'épanouir qu'en peignant. C'est sa rencontre avec Nath, puis avec Val qui va l'aider, très lentement, à sortir de son trauma.

Et alors que l'autrice aurait pu nous dépeindre le monde violent dans lequel ils vivent tous les trois, les traques, les batailles, le sang et tout ce qui va avec, elle va surtout s'attacher à nous montrer la vie dans la maison blanche, tous les petits moments normaux, où les trois vont cohabiter, apprendre à mieux se connaitre (surtout pour Calame) et finalement, juste vivre. Et franchement, c'est juste génial. Parce que même si on a des passages ultra dur niveau violence (les combats d'arène, quelques raids, etc...) ce n'est pas l'important. Du tout. Non, l'important, c'est la formation de l'étrange meute qu'ils vont créer, tous les trois. Parce que la véritable histoire de Meute, elle est là, dans les relations qui vont se nouer entre les personnages. C'est ça qui m'a emporté, clairement. Les voir vivre, s'adapter, essayer, parfois échouer mais toujours le faire avec une certaine bienveillance qui tranche tellement avec le monde dans lequel ils évoluent. Il y a énormément de douceur dans ce roman, bien plus que ne le laisse penser son environnement en fait.

Voilà, pour toutes ses raisons, et d'autres encore (les personnages secondaires, les émotions partagées…) j'ai aimé ce roman. J'espère vraiment que vous l'apprécierez autant que moi. 

lundi 26 septembre 2022

La Fée, la pie et le printemps, Elisabeth Ebory

 J'ai ce roman dans ma wishlist sur Livraddict depuis au moins sa sortie (ça date oui). Il était donc temps que je le lise.

La Fée, la pie et le printemps, Elisabeth Ebory

Editeur : ActuSF
Collection : Bad Wolf
Année de parution : 2017
Nombre de pages : 405

A lire si : 
- Vous aimez les histoires de Fées
- Vous aimez les changements de narration

A ne pas lire si :
- Vous vous attendez à beaucoup de magie.


Présentation de l'éditeur :

En Angleterre, les légendes ont été mises sous clé depuis longtemps. La fée Rêvage complote pour détruire cette prison et retrouver son pouvoir sur l'humanité. Elle a même glissé un changeling dans le berceau de la reine...
Mais Philomène, voleuse aux doigts de fée, croise sa route. Philomène fait main basse sur une terrible monture, des encres magiques, un chaudron d'or et même cette drôle de clé qui change de forme sans arrêt. Tant pis si les malédictions se collent à elle comme son ombre... Philomène est davantage préoccupée par ses nouveaux compagnons parmi lesquels un assassin repenti et le pire cuisinier du pays. Tous marchent vers Londres avec, en poche, le secret le plus précieux du royaume.

Mon avis : 

Bon commençons par un truc purement esthétique, avez-vous vu cette couverture ? Je la trouve personnellement magnifique. J'adore cette pie et son air revêche. Et puis les couleurs automnales aussi. Bref, des fois, il ne faut pas grand chose pour prendre un roman. C'est vraiment cette couverture qui m'a plu au départ. Et puis la quatrième était bien sympa. Mais qu'en est-il finalement du texte en lui-même ? Eh ben, c'est ce que nous allons voir.

Nous voilà donc en Angleterre quelques part dans les années 1830... L'ère victorienne n'a pas encore commencé, et pour cause. Persuadée que sa fille n'est pas sa fille, la régente n'a rien trouvé de mieux que de se prendre pour la belle mère de Cendrillon. Alors que la princesse n'avait que douze ans, sa mère ordonna son meurtre. Or, cela ne se fit pas. Mais cette disparition ne fait pas le bonheur de tout le monde. La fée Rêvage comptait sur l'enfant pour prendre le pouvoir, aussi bien dans le monde des hommes que dans le sien. Ainsi, elle pouvait régner sur les deux mondes et libérer celui des fées de la prison dans laquelle il survit. Sans elle, tout tombe à l'eau. Alors, Rêvage va partir à sa recherche et faire en sorte que la future reine lui obéisse. Pendant ce temps, la demoiselle, elle vit sa meilleure vie avec celui qui aurait du l'assassiner, Clemente de la Rochelle, un étrange cuisinier, Od, et un jeune étudiant S. La petite troupe va croiser le chemin de Philomène, une fée voleuse qui va les suivre sans trop savoir pourquoi (le sourire de Clem n'étant pas étranger à sa démarche). Il se dirigent tous vers Londres où un destin prodigieux semble les attendre.

J'aime les histoires de fée et ça faisait un moment que je n'en avais pas lu. Celle-ci m'inspirait d'autant plus qu'il y avait une histoire de changeling dedans. Mais à part ça, je ne savais trop à quoi m'attendre, la quatrième de couverture restant tout de même bien évasive à ce sujet. L'entrée dans le roman le reste aussi, d'ailleurs. On arrive presque en pleine action avec un premier chapitre suivant Rêvage lors de son arrivée à Londres. Puis, nous passons à Philomène, fée pie voleuse, qui elle nous conte son récit. Cette alternance de point de vue n'est pas des plus dérangeants même si j'avoue que le choix m'a paru un peu étrange, tout aurait certainement pu se faire à la troisième personne. Mais si ça avait été le cas, nous aurions perdu les traits d'humour de Philomène et tout ce qui peut lui passer par la cervelle. De plus, j'avoue que ce changement à chaque chapitre apporte aussi une vision différente de ce qu'il se passe et nous permet de suivre Rêvage ou d'autres. Du coup, moi qui apprécie quasi tout savoir, je suis servie. Mais il y a aussi un revers à cela, et ça vient de Philomène elle-même. J'ai eu du mal avec notre petite pie durant une bonne partie du roman. En fait, je n'arrivais pas tout à fait à comprendre pourquoi elle se greffait au groupe de Clem et les autres ni quelles étaient réellement ses motivations. Pourtant, le personnage est sympathique comme tout mais parfois, elle m'a semblé bien trop spectatrice.

D'ailleurs ceci est un des défauts du livre. Les personnages semblent parfois un peu trop portés par les évènements. Ce qui en plus, n'est pas tout à fait vrai, comme on le découvre en lisant. Sauf que c'est parfois l'impression que j'ai eu, la faute en partie à notre chez Philomène. Mais on pardonne, parce que je les ai apprécié. Surtout Rêvage, cette fée qui veut sortir son royaume du pétrin où elle l'a un peu mis quand même et qui est prête à tout pour ça. Une fée parfois bien humaine et finalement peut-être pas si cruelle qu'elle le parait. Ou encore Vik qui finit par prendre sa vie en main et qui le fait de belle manière. Et même Od, mystérieux fée (amusant d'ailleurs de ce voir connaitre son identité rapidement alors que Philomène rame à mort pour ça). 

Et puis, il y a l'humour, le côté un peu vaudeville de l'histoire, ses multiples rebondissements qui parfois nous perde un peu et son humour qui cache souvent quelque chose d'un peu plus sombre et mélancolique aussi. Je dois bien dire que j'ai beaucoup apprécié le style de l'autrice, ça manière de présenter tout ça. On ne s'ennuie pas en lisant. Bon, parfois, ça part un peu trop en tout sens mais ça a aussi son charme je trouve. En fait, parfois, je me dis même que c'est un peu fait exprès, de nous perdre comme les personnages le font dans les raccourcis entre les deux mondes. 

Pour finir, j'ai apprécié ma lecture. Il y a quelques défauts pour moi mais globalement, j'ai apprécié l'histoire. J'ai passé un agréable moment en compagnie de Philomène et des autres personnages. J'ai encore dans ma PAL (côté numérique), une nouvelle dans le même univers, fichu chaudron, que je compte lire prochainement. 

jeudi 18 août 2022

Je suis ta nuit, Loïc le Borgne

 Vendu comme un Stephen King pour la jeunesse, Je suis ta nuit m'attiré un minimum grâce à sa belle couverture. Mais j'ai oublié que la couverture ne fait pas toujours le livre (et que parfois, même si j'aime pas, ça peut marquer).

Je suis ta nuit, Loïc le Borgne

Editeur : ActuSF
Collection : les trois souhaits
Année de parution : 2008 (mais 2020 chez actusf)
Format : AZW

A lire si :
- Vous aimez l'horreur
- Vous voulez un énorme reveaval année 80

A ne pas lire si :
- Vous ne voulez pas d'un énorme reveaval année 80

Présentation de l'éditeur : 

Été 1980, dans un village de Bretagne... Ils sont six copains, inséparables, rêvant à Star Wars, Goldorak et aux filles. Lors d'une partie de casse-bouteilles, ils découvrent le cadavre mutilé d'un vagabond.
C'est le début d'une cascade d'évènements terrifiants, mystérieux, dont les enfants sont l'épicentre. La peur s'installe dans le village et peu à peu, la bande comprend qu'une force maléfique rôde et qu'elle cherche à les détruire. Le Mal est-il de retour?

Mon avis

Je n'ai pas encore lu mon Stephen King estival (qui va probablement devenir un Stephen King automnal) et j'avais ce roman dans ma PAL numérique. Je me suis dit que comme on le comparait au Maitre, ça serait pas mal de le lire. Je suis donc partie le cœur léger dans ma lecture. Le résumé est plutôt pas mal, le début assez mystérieux pour tourner les pages : "Après le suicide de la meilleure amie de son fils, Pierre va se remémorer l'été de ses dix ans où suite à la découverte d'un cadavre, lui et sa bande d'amis vont découvrir ce qu'est le Mal". Franchement, ça m'a botté durant les premières minutes de ma lecture. Et puis, on est passé au récit en lui-même. Et j'ai un peu tiqué.

Le gros problème du roman, c'est la comparaison avec King. Mais vraiment. On est sur un livre qui ressemble beaucoup à Ca. Peut-être même un peu trop. Ben oui, on a une bande de copains qui entre dans l'adolescence (ils sont six, il n'y a qu'une fille) et qui vont devoir faire avec une entité qui peur prendre le contrôle de leur peur, des animaux et des êtres humains. Alors, perso, ma dernière lecture de Ca remonte à loin (très loin même, faudrait que je le reprogramme tiens), tout comme le visionnage de l'adaptation de 1990. IL n'empêche que quand j'ai lu certain passage, j'ai eu une impression de déjà vu. Il me semble que ça reste voulu par l'auteur, j'ai lu quelque part (mais où ? je n'arrive pas à m'en rappeler) qu'il y avait une volonté de s'en inspirer, de créer quelque chose de plus contemporain et peut-être aussi un peu plus accessible aux adolescents. Malheureusement, si l'hommage est là, je le trouve peut-être un peu trop appuyé. 

L'autre problème, c'est le reveaval 80. Oui, je n'aurais jamais cru écrire ça parce que perso, j'adore me repencher dans ces années-là. Mais là, j'ai eu l'impression d'avoir un inventaire de la pop-culture de cette année 1980, un amoncellement de noms de dessin animé, séries, jouets, films etc... Je trouve que c'est d'ailleurs un problème parfois récurant sur ce genre de roman, écrit bien après les années concernés par les nostalgiques, vouloir tout mettre, même si ça ne sert pas toujours l'histoire. Et ici, c'est bel et bien le cas. Des références sont utiles, mais d'autres sont juste là pour la nostalgie. Plus ennuyeux pour moi qui est connu la plupart des références (pas toute, je suis de 86), avoir droit pour beaucoup à une explication de ce qu'était quoi. Je trouve que ça coupe le récit. 

Voilà pour les deux problèmes que j'ai eu avec le roman. J'y ajouterais une narration qui ne m'a pas forcément emballée plus que ça mais qui ne m'a pas non plus posé plus de problème que ça. Bon, je me suis parfois ennuyée en lisant le roman, mais il n'y a pas que du mauvais et on va passer aux trucs sympa dedans. Et la première, c'est l'horreur. Des romans horrifiques pour ado, ça fait longtemps que je n'en ai pas lu. Ici, Loïc le Borgne part d'une légende réelle de Bretagne, celle du Bonhomme Nuit (créature qui vient la nuit pour punir les enfants turbulents) pour nous faire frissonner. Il a tendance à rester à la limite du fantastique, faisant en sorte que le lecteur s'interroge beaucoup sur la véracité de ce qu'il voit à travers les écrits et souvenirs de Pierre. Après tout, l'imaginaire enfantin est vaste, non ? D'ailleurs, il joue aussi beaucoup avec cette idée. Peut-être trop parfois. A vrai dire, ça m'a dérangé sur la fin du roman, qui donne une explication à tout ce qu'il a pu se passer tout en restant bien trop vague pour qu'on l'accepte réellement. 

L'autre bon point, c'est le déroulement du récit. Si je me suis ennuyée sur certains passages, je dois bien avouer que tout est fait pour que le lecteur ne quitte pas le roman. Moment de calme et de joie pure pour les enfants se mêlent à l'horreur la plus complète. D'ailleurs, c'est souvent en alternance, comme la scène dans la rivière ou même celle de l'église. Ce rythme, bien que répétitif, est plutôt agréable. Il permet surtout de faire monter la tension jusqu'à environ la moitié du roman. A partir de là, oubliez les moments joyeux, il n'y en aura pour ainsi dire plus, menant ainsi le lecteur dans une sorte de course contre la montre jusqu'à la fin de l'été. 

Mais vous savez ce qui fait que je sais que chez moi, le roman a bien fonctionné, finalement ? Entendre une porte grincée chez les beaux-parents alors qu'il faisait nuit noire m'a valu une bonne heure d'insomnie. Alors, oui, j'ai tendance à avoir peur pour pas grand chose souvent mais ça, généralement, ça ne me fait pas grand chose (je vis dans une maison qui passe son temps à grincer en tout sens, donc bon). Et c'est finalement cette réaction-là qui me fait dire que malgré ses défauts, le livre est plutôt pas mal. Il n'est certes pas à la hauteur d'un Ca, mais il fait le taff et c'est déjà pas mal.

lundi 9 mai 2022

Le club des Punks contre l'Apocalypse Zombie, Karim Berrouka

 Ce roman trainait depuis trop longtemps dans ma PAL numérique. Je cherchais la bonne occasion pour le sortir. Ce fut l'entre deux tours des présidentielles (après, oui, je suis longue pour lire les numériques, mais c'est parce que je m'accorde moins de temps dans la journée que pour le papier le soir).

Le club des Punks contre l'Apocalypse Zombie, Karim Berrouka

Editeur : Actusf
Collection : les trois souhaits
Année de parution : 2016
Format : AZW

A lire si :
- Vous voulez du déjanté
- Vous aimez les punks
- Vous aimes les zombies

A ne pas lire si :
- Vous êtes du MEDEF

Présentation de l'éditeur :

Paris n’est plus que ruines.
Et le prix de la cervelle fraîche s’envole.
Heureusement, il reste des punks.
Et des bières.
Et des acides.
Et un groupe électrogène pour jouer du Discharge.
Le Club des punks va pouvoir survivre à l’Apocalypse.
Enfin, si en plus des zombies, les gros cons n’étaient pas aussi de sortie...
Il est grand temps que l’anarchie remette de l’ordre dans le chaos !

Mon avis

Je connais le nom du roman depuis sa sortie en 2016. Pour tout dire, depuis cette fameuse sortie, il me fait de l'oeil. J'aurais attendu pas mal de temps avant de poser les yeux dessus. Heureusement, une connaissance sur instagram l'a lu il y a quelques temps et m'a donné envie de le sortir. Enfin, bref, le roman a finalement connu la même trajectoire que la plupart de ceux de ma bien trop longue PAL numérique. Mais passons à l'avis.

Imaginez donc, les zombies ont fini par devenir réalité. Ils ont tout envahis, tout manger ou presque. C'est ce que découvre le Collectif du 25 un matin (oui enfin, un matin pour des punks) après une soirée un peu arrosée. Rapidement, ils vont se rendre compte de deux choses : la première, ils sont pour ainsi dire seuls, la seconde c'est que les zombies réagissent étrangement à la musique punk. Forcément, les deux vont leur donner des idées. Parce qu'à être potentiellement les derniers survivants dans Paris, autant le faire bien. C'est donc ainsi que nos amis keupons vont partir à l'assaut de la Tour Eiffel pour y faire flotter le drapeau de l'anarchie. Or, cette simple action va être le début de toute une aventure dans le Paris apocalyptique de Berrouka.

Je connais un tout petit peu le travail de Berrouka grâce au recueil de nouvelles Lancelot. Bon, je l'ai lu il y a pas mal de temps maintenant mais je me souvenais d'un récit plutôt amusant à lire. Clairement, ici, c'est le cas. Je me suis marrée presque tout le long du récit. Il faut dire que l'auteur trouve toujours le bon mots, la situation qui va bien. Le fait qu'il utilise ce que l'on considère comme des stéréotypes du mouvement punks aident aussi. Il exagère le trait, rend ses personnages attachants dans leur défaut. D'ailleurs, s'il le fait si bien, c'est qu'il connait le genre, étant lui-même parolier et chanteur de Ludwig von 88, un groupe français punk. Un groupe qui fonctionne sur l'humour surtout, tout en y allant pas trop mal en revendication (franchement, si vous connaissez pas, allez les écouter, c'est ultra festif et fort sympathique)(d'ailleurs, j'écoute leur tout dernier album, sortie en 2019 en écrivant cet avis)(je connaissais pas vraiment avant de lire le roman, je dois dire que j'aime bien). Mais revenons à nos Keupons en plein apocalypse. 

Premier point, outre l'humour bien présent qui fait un bien fou, j'ai adoré les personnages. On trouve dans le Collectif du 25 un arnarcho-punk du nom de Kropotkine, un freegan, Mange-Poubelle (je suis allé chercher la page wikipédia parce que je ne connaissais pas le mot)(par contre, je connais le principe), une anti-tout, Eva, des punks à chiens, Glandouille & Pustule (qui ne font qu'un finalement) et des punks destroy, Fonsdé et Deuspi. Chacun à sa spécialité (si on peut dire ça comme ça) et surtout chacun va vivre son apocalypse à sa manière. Surtout, ils vont se battre avec leurs armes contre ce qu'il déteste le plus, le capitalisme et ses enfants, ici, en l'occurrence, les pontes du MEDEF.

C'est donc ainsi que l'auteur nous entraine dans la quête du Collectif, à savoir, faire de l'idéologie punk le ciment d'une possible future société. Ca commence par la scène que l'on voit en couverture du roman, la prise de la Tour Eiffel. Ca continue avec un passage à France Télévision pour utiliser des mêmes armes que l'ennemi (un passage pour le moins amusant, je dois bien le dire malgré quelques évènements pas super pour les keupons) ou encore la prise du château de Vincennes où se sont retranchés les membres du MEDEF... A chaque fois, Berrouka en profite pour placer deux trois critiques du monde actuel (on est punk ou on ne l'est pas) et des références à la culture punk et plus particulièrement à la musique qui prend une place importante dans l'histoire (gros kiff sur les paroles d'une reprise de chanson plutôt baba cool en punk).

Au final, je me suis donc régalé lors de ma lecture. C'était des plus jouissifs, surtout vu la période actuelle. Alors oui, parfois, l'humour est un peu gros, un peu lourd aussi. Oui, le délire est parfois très mais alors très haut. Mais purée, comme ça fait du bien. J'ai rarement autant ris sur un texte que sur celui-ci. Franchement, il vaut largement le coup d'oeil. 


jeudi 21 mai 2020

Anasterry, Les Rhéteurs, tome 1, Isabelle Bauthian

On continue tranquillement le challenge du mois de la fantasy avec cet ebook chopé lors de ConfinementLecture. C'est une découverte fort sympathique d'ailleurs qui me donne envie de récupérer le second tome (qui est d'ailleurs indépendant)

Anasterry, Les Rhéteurs, tome 1, Isabelle Bauthian

Editeur : ActuSF
Collection :Bad Wolf
Année de parution : 2016
Format : Mobi

A lire si
- Vous aimez les complots
- Vous voulez de belles joutes orales

A ne pas lire si :
- Vous n'aimez pas être direct plongés dans un univers dont vous ne comprenez pas tout
- Vous voulez une héroïne

Présentation de l'éditeur :

Rien ne saurait ébranler Anasterry, la plus riche, intellectuelle et libertaire baronnie de Civilisation, qui place la maîtrise de soi au rang de vertu suprême. Rien… sauf peut-être un défi de gamins. Quand Renaldo, fils du baron de Montès, et son meilleur ami Thélban Acremont, entreprennent, pour séduire une jeune fille, de trouver la faille de cette utopie, ils ignorent qu’ils vont déterrer de sombres secrets. Et les secrets des puissants ne leur appartiennent pas. Quels sont ces monstres découverts dans les marais ? En quoi sont-ils liés à la tolérance d’Anasterry pour ces mi-hommes que, partout ailleurs, on opprime jusqu’à les réduire en esclavage ? Après trente ans de paix, Civilisation risque-t-elle d’être si facilement bouleversée ? Pour réparer ses erreurs, Renaldo va devoir choisir entre son patriotisme, sa fidélité amicale, ses idéaux héroïques et ses simples responsabilités d’homme libre. Une aventure de dark fantasy politique et sensible, portée par des personnages d’une grande humanité.

Challenge mois de la fantasy

Ce roman a été tout spécialement prit pour aller dans la catégorie Dame Arwen. Il entre aussi dans celles-ci :
- La Fureur de Smaug (mais je ne dirais pas pourquoi, ça spoile)
- Dame Arwen puisqu'il est écrit par une autrice
- Du Hobbit au Seigneur des Anneaux, les Rhéteurs comportent déjà deux tomes et trois autres sont prévus. 

Mon avis

Bienvenus à Anasterry, baronnie utopique où rien ni personne ne peut venir gâcher le calme ! Ici, le peuple a autant le droit à la parole que les nobles et même les mi-hommes peuvent espérer vivre une vie tranquille. Et c'est bien la seule de Civilisation d'ailleurs. Depuis la dernière guerre, trente ans plus tôt, il n'y a qu'ici que les mi-hommes ne sont pas réduits en esclavage. Pourquoi, comment ? C'est ce qu'aimerait bien savoir le baron de Montès. Et pour ça, il y envoie son fils cadet, Renaldo, jeune homme qui a bien besoin de voir le monde histoire d'arrêter de faire des conneries chez lui. Il faut dire que Renaldo est un séducteur dans l'âme mais aussi un guerrier. Rien ou presque ne semble lui faire peur. Pas même les paris un peu débiles qu'il fait avec son meilleur ami, Thélban, héritier de la Guilde des épiciers. Or, quoi de mieux pour pimenter une mission quelque peu décevante pour eux que de parier sur qui séduira Constance, leur guide à Anasterry ? Sauf que d'un coup, tout s'emballe et ce qui devait être un pari stupide va bientôt devenir bien plus que ça, peut-être même un moyen de faire tomber la baronnie de son piédestal.

Je dois l'avouer, la quatrième de couverture d'Anasterry ne me plaisait pas tant que ça. J'avais peur de tomber sur un roman avec beaucoup de romance à cause du pari entre Ren et Thélban mais aussi à pas mal de parlotte. J'ai tout de même choisi de sortir de le livre de ma PAL (où il ne sera pas resté longtemps finalement) parce qu'ActuSF m'a habitué à sortir un peu des sentiers battus des quatrièmes de couverture et que, bon, on me promettait quand même un peu de dark fantasy (même si sensible). Je dois avouer que si je m'étais seulement fié à la dite quatrième (et que je n'avais pas reçu le livre durant le confinement), je ne me serais peut-être pas attarder sur ce premier tome des Rhéteurs. Ça aurait quand même été bien dommage si vous voulez mon avis.

Parce qu'il ne faut jamais se fier aux apparences. D'ailleurs, Renaldo aussi va finir par s'en rendre compte (ce qui en soit est assez amusant pour moi). Alors, oui, la série porte un nom qui fait bien comprendre que ça va parler et pas qu'un peu. Mais la réthorique n'est pas l'entière maitresse du roman. Politique par contre... Et du coup, je suis contente. Parce que le roman parle bien de politique, de la mise en place de la parfaite utopie qu'est Anasterry, de son maintien et de tous les non-dits derrière. Le tout est porté par une histoire à l'intrigue fort sympathique et des personnages que j'ai beaucoup aimé (comme j'aime bien les petits cons, Renaldo m'a beaucoup plu, on s'en doute).

On se retrouve donc avec un Renaldo, fils cadet de baron, envoyé à Anasterry suite à une énième connerie (à savoir, coucher avec une bonne soeur au sein même du couvent, le tout pousser par son meilleur ami, présent dans la pièce lorsqu'ils sont découverts). Le jeune homme est voué à une carrière militaire depuis son plus jeune âge et, forcément, il pense que les armes sont la réponse contre Outre-Civilisation et les monstres qui viennent de là-bas. Thélban, son meilleur ami, héritier d'une guilde, est plus modéré. Là où Ren serait plus enclin à casser des gueules (même si finalement, on ne le voit que très peu faire), lui parlemente. Il est le penseur du duo et s'en sort fort bien (par contre, c'est aussi un bon petit con, mais d'une autre manière). Leur rencontre avec Constance, filleule du baron d'Anasterry, va les faire changer petit à petit, bien plus, finalement, que ce qu'il va leur arriver. La jeune femme croit en Anasterry et fait tout son possible pour leur ouvrir les yeux. Elle a un coté assez raffraichissant face à nos deux mâles. 

D'ailleurs, même si j'ai apprécié l'intrigue, je dois bien dire que ce sont les personnages et leur évolution qui m'a le plus plu dans le roman (et je parle peu de l'intrigue pour pas trop divulgacher, ça serait dommage). Les discutions entre eux sont particulièrement interessantes et j'apprécie voir les divers points de vue se faire face de manière non-violente la plupart du temps. Mieux, j'apprécie avoir des héros pas trop bornés, qui réfléchisse à ce qu'on leur dit (même si parfois, il faut du temps pour ça) et qui intègre petit à petit la philosophie de l'autre tout en conservant ce qui fait qu'il est lui. 

Mais le livre souffre tout de même de quelques défauts. Des longueurs déjà. Certains passages sont longs et un peu ennuyeux. Il ne s'y passe pas grand chose et ne font pas toujours avancé l'histoire (ou les personnages). C'est un peu dommage parfois. Ensuite, il y a la fin, du moins l'épilogue. J'ai pas compris ce qu'il foutait là (et c'est quand même rare quand ça m'arrive). En y repensant, ce n'est pas forcément le seul passage qui parait ne pas être totalement à sa place (certains de la jeunesse de Renaldo n'apporte pas grand chose, même au personnage). 

Au final, Anasterry a été une bonne lecture et une découverte fort fort sympathique. J'apprécie beaucoup le mélange entre la fantasy à monstre (parce que oui, il y a des monstres dedans) et la fantasy plus accès sur la politique et les complots (même si pour l'instant, on a pas forcément toutes les réponses sur certaines choses en Civilisation). 

jeudi 6 février 2020

Je suis fille de Rage, Jean-Laurent del Socorro

J'avais beaucoup aimé Royaume de Vent et de Colère, paru il y a quelques temps déjà. Si je n'ai pas encore mis la main sur Boudicca, je n'ai pas hésité à prendre ce Je suis fille de Rage lorsque je l'ai croisé à la librairie. Faut dire que l'objet est beau et qu'il donne bien envie d'être lu.

Je suis fille de Rage, Jean-Laurent del Socorro

Editeur : ActuSF
Collection : Les trois souhaits
Année de parution : 2019
Nombre de pages : 519

A lire si :
- Vous aimez les romans historiques romancés
- Vous voulez en savoir plus sur la guerre de Sécessions

A ne pas lire si :
- Vous n'aimez pas les romans multichoraux.

Présentation de l'éditeur

1861 : la guerre de Sécession vient de commencer. Du général Grant à la simple soldate, de la forceuse de blocus à l'esclave affranchie… Autant de personnages pour décrire tous les visages de cette Amérique ensanglantée pendant quatre années de conflit.
La mort se réincarne pour arpenter ce Nord et ce Sud qui se déchirent. Elle va faire face à celui qui la convoque, le président Abraham Lincoln, pour lui faire comprendre que cette guerre doit désormais épouser une cause plus grande : celle de l’abolition de l’esclavage.

Mon avis

Avant de parler de ce qui se cache dans le livre, parlons un peu de l'objet. J'aime les beaux livres et là, je suis quelque peu servi. Nous voici avec une belle couverture bien épaisse, avec une illustration en médaillon. Les rubans du titre et de l'auteur sautent clairement aux yeux. Il y a un signet de la même couleur que la couverture pour marquer la page. Le tout fait très livre ancien, ce qui va parfaitement avec le texte à l'intérieur. Il est aussi plutôt léger (ce qui est agréable vu qu'il est tout de même volumineux). Bref, je suis plus que ravie de l'avoir dans ma bibliothèque où il trône fièrement à coté de Gagner la Guerre, de l'intégrale des Lames du Cardinal et de mes vieux Jules Verne.

L'intérieur est tout aussi intéressant que son extérieur. Je ne suis pas une pro de la guerre de Sécession. Pour tout dire, ce n'est pas la période qu'y m’intéresse le plus de base et le peu que j'en sais me vient plus des Tuniques Bleues (la bande dessinée) que des livres d'histoires. Heureusement pour moi, ce n'est pas gênant. Jean-Laurent Del Socorro est un très bon conteur, la mise en page du livre permet où et dans quel camps nous sommes et le livre est assez romancé pour ne pas être un simple court d'histoire.

L'auteur nous entraîne donc dans la guerre, et pour cela, il va utiliser de nombreux profils, que se soit côté Nord ou côté Sud. Le changement de point de vue est fréquent, tout comme celui de camps ou de lieux. Mais, le lecteur ne s'y perd pas trop (sauf pour les noms, j'avoue que j'ai eu du mal à me rappeler qui était qui et à ne me servir au final que des titres que leur donne l'auteur). Il faut dire qu'avec sa dizaine de personnages, del Socorro nous offre autant de voix bien précise. C'est toujours quelque chose que j'admire dans ce genre de roman, la capacité des auteurs a trouvé des voix bien distinctes, assez en tout cas pour savoir qui parle en seulement une ou deux phrases. Il y a forcément des personnages qu'on appréciera plus que d'autres. Personnellement, j'ai adoré Minuit, Sherman et Caroline. Pour d'autres personnages, nous ne les découvrirons qu'à partir de documents véridiques traduit par l'auteur (le Général Grant pour le Nord, le Général Lee pour le sud par exemple). Cette approche est intéressante et remet le texte dans son contexte historique. Et puis, on retrouve la Mort (qui parle en italique)(j'ai personnellement râlé parce que pour moi il parle en petite capitale, non mais). C'est la partie fantastique du récit, celle qui relie un peu le tout. Son dialogue avec le président Lincoln donne le ton du roman et nous quitte tout le long de notre lecture.

Comme je le disais, on passe de partie romancée à des textes historiques (lettres la plupart du temps). C'est quelque chose que j'ai apprécié. C'est forcément la féru d'Histoire qui parle là, mais la lectrice aime aussi. C'est agréable de savoir sur quoi a pu se baser l'auteur. Pas que je doute de ce qu'il a pu écrire (l'auteur est connu pour ces récits historico-fantastique, ce n'est pas pour rien), juste que j'aime ce genre de documentation. Je trouve, en plus, que ça s'intégre parfaitement au texte (vous me direz, c'est normal). La partie romancée est elle aussi passionnante. J'ai apprécié la présence de femmes en tant que femmes dans l'armée (à savoir que oui, il y en a eu mais souvent déguisée en homme ou infirmière, pas soldates). Jean-Laurent del Socorro avait déjà mis des femmes en avant dans ces récits (Axelle dans Royaume de Vent et de Colère, Boudicca dans le livre du même nom), je suis ravie qu'il continue sur cette lancée. Surtout que ses femmes font partis des personnages les plus marquant pour moi (et pas seulement parce qu'elles sont femmes justement). J'ai surtout aimé l'humanité que l'on retrouve dans tous les personnages, cette manière qu'ils ont de voir la guerre et ce qui l'entoure, un mélange de rage et de résignation. Il en va de même pour toute la notion de liberté qui plane sur le livre. Celle des esclaves, bien sûr, mais pas que.

Ce qui aurait pu être un banal livre sur la guerre de Sécession (je ne sais toujours pas écrire ce mot du premier coup...) se révèle être un roman passionnant que se laisse tranquillement dévoré. J'en ai appris un peu plus sur la fameuse guerre et sur l'abolition de l'esclavage qui en découla. J'ai adoré le mélange des diverses voix, vraiment bien maîtrisé. Ce n'est pas tout à fait un coup de cœur mais on y est presque. Bref, c'est un roman fantastico-historique que je recommande vraiment.

mercredi 7 février 2018

Le Vert est Eternel, Jean-Laurent Del Socorro

J'avais vraiment beaucoup apprécié Royaume de Vent et de Colère et j'avais bien envie de retourner dans son univers. C'est chose faite avec cette nouvelle qui se lit plutôt rapidement mais qui reste en tête un bon moment.

Le Vert est Eternel, Jean-Laurent Del Socorro

Editeur : ActuSF
Collection : nouvelle
Année de parution : 2017
parution originelle : 2015
Format : epub

A lire si : 
- Vous aimez les textes courts
- Vous avez apprécié Royame de Vent et de Colère (mais ce n'est pas une obligation de l'avoir lu)
- Vous voulez un beau texte

A ne pas lire si : 
- Vous voulez du long
- Vous aimez vous plonger dans la psychologie des personnages

Présentation de l'éditeur :

1597. La compagnie du Chariot a été embauchée pour participer au siège d'Amiens. Au milieu de la guerre et des combats éclot un amour fragile entre le capitaine N'a-qu'un-œil et Fatima, la chroniqueuse particulière d'Henri IV. Mais comment aimer quand la mort rôde ? "Le vert est éternel" se déroule dans l'univers de Royaume de vent et de colères de Jean-Laurent del Socorro.

Mon avis

Comme je le disais, le Vert est éternel fait partie du même univers que Royaume de Vent et de Colère. Mais il n'est pas du tout obligé d'avoir lu le roman pour suivre la nouvelle et vice-versa, même si l'on retrouve la Compagnie du Chariot dont Axelle, l'un des personnages principaux du roman, était la capitaine. C'est une chose des plus appréciables, puisque un lecteur voulant découvrir l'auteur peut donc commencer par cette nouvelle. Mais revenons à la nouvelle.

Deux ans après la reprise de Marseille par Henry IV, nous retrouvons la compagnie du Chariot face à Amiens, alors ville espagnole. Alors que le siège débute, elle va accueillir en son sein, Fatima, femme maure, astrologue et chroniqueuse particulière du roi. N'a-qu'un-oeil, capitaine de la compagnie, va tomber amoureux de Fatima. Voilà pour le départ de la nouvelle. Mais l'histoire d'amour n'est pas le sujet principal, ce qui va surement en rassurer beaucoup.

Cette nouvelle se passant en 1597 parait bien plus d'actualité que son époque historique. L'auteur ne se borne pas à une simple histoire de siège, ni même à l'Histoire. Non, il offre aussi une critique de ce qu'il a pu se passé ces dernières années, que se soit en France ou ailleurs. En première ligne, les attentats, et plus particulièrement ceux de Charlie Hebdo (mais pas que). "On ne tue pas pour des dessins", la phrase semble tellement d'actualité, même dite par la bouche d'un capitaine en 1957. Et puis, il y a la tolérance. Envers les religions, envers les peuples. A l'époque de la nouvelle, on est en plein dans les guerres de religions. Catholiques et protestants se tapent régulièrement sur la gueule, la Saint-Barthélémy est passé par là (1572). Mais ils ne sont pas les seuls à se battre. On retrouve par exemple en espagne, les Maures doivent soit quitter le pays soit se convertir de force au christianisme. La Compagnie du Chariot accueille en son sein des catholiques, des protestants et, avec Fatima, des maures, le tout dans une franche camaraderie (même si au départ, Fatima, en temps qu'espagnole n'est pas forcément ultra bien acceptée de tous). Elle prône du coup un vivre ensemble plutôt sympathique et une solidarité entre peuple (oui parce qu'il y a aussi plusieurs nationalité) qui est vraiment agréable. Je ne sais pas vraiment dans quelle condition a été écrite la nouvelle, mais il est sur que les attentats de Charlie avait déjà marqué les esprits (les utopiales sont en novembre) et qu'ils ont probablement servis pour au moins un aspect de la nouvelle. Je trouve vraiment intéressant le traitement de ce genre d'actualité, pour le moins marquante, dans un récit où elle semble ne pas avoir de prime abord sa place. 

On ajoute à cela la découverte de Fatima par N'a-qu'un-oeil. Le personnage, d'abord un peu cliché de ce qu'on peut imaginer des maures à l'époque gagne en profondeur et cela malgré le fait que le récit soit court (trop aurai-je presque tendance à dire). On découvre "l'étranger", on apprend à le connaitre et à l'aimer. L'histoire qui se noue entre les deux m'a beaucoup plus. De même que la relation entre le capitaine et les membres de sa compagnie. Tout est décrit de manière simple, sans fioriture, que se soit les sentiments ou les événements. C'est appréciable, surtout dans une nouvelle. Ça permet de se concentrer sur l'essentiel.

J'ai donc grandement apprécié ma lecture, pleine d'émotion sur un court format. J'aurais même voulu en avoir plus, histoire de connaitre un peu mieux Fatima et N'a-qu'un-oeil (que l'on retrouve dans Royaume de Vent et de Colère, mais ceci n'empêche pas cela, hein, vu que bon, deux ans se sont écoulés entre les deux, il a un peu changé). J'avoue que j'adore revenir dans des univers qui m'ont particulièrement plus et cette nouvelle ne fait pas exception à la règle. Et pour ceux qui ne connaissent pas le roman, elle fait une bonne entrée en matière.

vendredi 15 avril 2016

Alouettes, Testament, tome 2, Jeanne-A debats

En regardant un peu ce qui avait pu sortir en numérique, je suis tombée sur Alouettes, le tome 2 de la série Testament sorti fin mars. Comme j'avais beaucoup aimé le premier et que cela me donnait l'occasion de retrouver Navarre, je me suis jetée dessus.

Alouettes, Testament, tome 2, Jeanne-A Debats

Editeur : ActuSF
Collection : /
Année de parution : 2016
Format : epub

A lire si :
- Vous avez aimé le premier tome
- Vous voulez une réécriture de Roméo et Juliette
- Vous aimez l'humour

A ne pas lire si :
- Vous voulez de la bit-lit à l'américaine
- Vous n'aimez pas qu'en presque tout tourne autour du sexe

Présentation de l'éditeur :

Je m’appelle Agnès, et je suis orpheline. Ah ! Et sorcière, aussi. Mon oncle m’a engagée dans son étude notariale. Ne croyez pas que le job soit ennuyeux, en fait, ce serait plutôt le contraire. En ce moment, tout l’AlterMonde est en émoi à cause d’une épidémie de Roméo et Juliette. Imaginez : des zombies tombant amoureux de licornes, des vampires roucoulant avec des kitsune, des sirènes jurant un amour éternel à des garous. Et tout ce beau monde défile dans notre étude pour se passer la bague au doigt. Mais la situation commence à sérieusement agacer les hautes autorités. Et comme l’AlterMonde n’est pas Vérone, à nous de faire en sorte que cette fois l’histoire ne se termine pas dans un bain de sang...

Mon avis

L'Héritière, le tome 1 de la série, m'avait beaucoup plu. J'avais adoré y retrouver Navarre, et découvrir les autres personnages. Du coup, j'avais très envie de les retrouver tous et cela depuis un moment. C'est donc chose faite avec un second tome tout aussi jouissif que le premier, voire même plus.

Nous retrouvons Agnès trois ans après l'Héritière et dans un état pas forcément super. Il faut dire que trois ans plus tôt, elle en a bavé et qu'elle s'est laissé submerger par tout cela. Alors, elle noie sa dépression dans l'alcool, la bouffe et les aventures sans lendemain. Et puis, arrive un couple de Romeo et Juliette à l'étude. Tout se serait bien passé s'ils étaient les seuls. Une épidémie semble touché presque tout l'AlterMonde. Agnès et ses compagnons vont devoir comprendre ce qu'il se passe et surtout arrêter le tout.

Commençons un peu par les personnages du roman. J'apprécie toujours Agnès, cette femme qui aurait presque pu être n'importe quelle femme. Elle doute, s'enivre (d'alcool ou de sexe), vit comme elle peut, comme elle le sent surtout. C'est une femme avec des faiblesses, rien à voir avec une superhéroine et c'est quelque chose que j'aime beaucoup en elle. Il en va de même avec les autres personnages. Navarre ou Zalia ont beau être des êtres surnaturels avec des pouvoirs, ils ont ce côté très humains qui fait qu'on les apprécie de suite. Mais le personnage qui m'a le plus touché dans ce tome, reste Géraud. Autant dans le premier tome, il m'avait plu mais sans plus. Par contre, là, il est se retrouve un peu au centre de tout et il parait lui aussi soudainement parfaitement humain (encore plus vers la fin du roman où j'ai eu beaucoup de peine pour lui d'ailleurs). On trouve bien sur de nouveaux personnages, dont Sylvain, un faune qui va un peu aider Agnès à remonter la pente ou encore Atropos, la kère dont le rôle m'a parfois semblé un peu flou, ou même Ogier, le premier Romeo (la visite du musée Beaubourg avec lui mettra en rogne les amateurs d'art contemporain). Et j'allais oublier Herfauges, qui même si nous ne le voyons que trop peu physiquement est toujours bien présent.

Ensuite, il y a l'histoire, une sorte de réécriture de Romeo et Juliette à la sauce AlterMonde. On tourne pas mal autour de l'amour et plus particulièrement du sexe qui va avec. D'ailleurs, Agnès passerait presque pour une obsédée parfois (les autres aussi d'ailleurs). Personnellement, ça ne me dérange absolument pas, surtout que le tout va parfaitement avec l'intrigue. Une intrigue bien foutue que nous découvrons petit à petit et qui n'a pas arrêté de m'étonner et qui donnerait envie de lire certaines de ses nouvelles si je ne l'avais pas déjà fait (à savoir celle du recueil Lancelot chez actuSF par exemple). Une intrigue qui sert aussi à Jeanne-A Debats pour parler de pas mal de chose. Elle s'y fait féministe, mais aussi anti slut-shaming, contre les grossophobes (oui Agnès a pris des kilos entre les deux tomes et alors ???). Elle s'en prend aussi à la connerie humaine et au terrorisme soit disant au nom de dieu. Elle n'y va pas par quatre chemin, donne son opinion (lisant son blog de temps à autre, il me semble réellement que ce n'est pas juste l'opinion de ses personnages. D'ailleurs, si cela avait été le cas, ça se serait senti). C'est d'ailleurs pour ses opinions que je partage sans mal que j'apprécie les écrits de Jeanne-A Debats. 

Au final, c'est un bon tome à l'intrigue intéressante, à l'humour très présent (j'ai ris, ça m'était pas arrivé depuis un moment)(et souvent en plus). J'aime toujours autant l'écriture de Jeanne-A Debats, ses opinions sur pas mal de chose (qui passe vraiment bien avec le tout) et ses personnages. Le seul défaut du livre ? Il est trop court. J'aurais bien passé plus de pages en compagnie de la petite troupe.




mercredi 23 septembre 2015

Le Volcryn, GRR Martin

Ayant fini l'intégrale 5 du Trone de Fer, je me retrouve comme toujours en manque de GRR Martin. L'avantage de ce monsieur étant tout de même qu'il a pas mal écrit avant sa saga fantasy et qu'il a écrit dans pas mal de genre. Alors entre deux intégrales (je n'aurais pas la prochaine avant surement trois ans, ça laisse du temps quand même), je me lance dans ces autres romans

Le Volcryn, GRR Martin

Edition : ActuSF
Collection : Helios mais aussi Perles d'épice
Année de parution : 2015 dans la collection Helios
Titre en VO :Nightflyers
Année de parution en VO : 1980
Nombre de pages : 192

A lire si :
- Vous aimez les huis-clos
- Vous aimez lorsqu'il y a beaucoup de dialogue
- Vous voulez une histoire qui fait un peu frisonner

A ne pas lire si :
- Vous voulez une histoire réellement originale

Présentation de l'éditeur :


Les légendes parlent d’une race d’extraterrestres fabuleuse parcourant lentement l’espace, aux manettes de gigantesques vaisseaux à l’apparence de cités d’ombre...
Moi, Karoly d’Branin, je leur ai voué ma vie, et mes inlassables recherches m’ont enfin permis de les localiser. Avec mon équipe, nous avons embarqué à bord de l’Armageddon, vaisseau du commandant Royd Eris. Et dans peu de temps, les volcryns seront enfin à notre portée.
Mais en attendant, l’ambiance est de plus en plus pesante entre nous... Royd Eris refuse d’apparaître physiquement, préférant user d’hologrammes et de communicateurs muraux ... Et Thale Lasamer, notre télépathe, fait état d’une menace sourde et mystérieuse...
Peu importe ! Mes volcryns sont tout proches, et je ne les laisserai pas filer !


Mon avis

Avec le Volcryn, Martin nous offre donc de la science-fiction, mieux une espèce de space-opéra en huis-clos avec une partie thriller. Des éléments qu'il maîtrise, j'ai pu le voir avec les nouvelles dans Une Chanson pour Lya. Et puis le roman a eu le prix Locus en 1981, signe de qualité normalement (bon il a des Locus qui ne m'ont pas plus dans ce que j'ai pu lire (les Conquérants du Pliocène par exemple). Donc, il avait tout pour me plaire, et pour tout dire, il m'a plu sur pas mal de point.

On commence donc l'histoire à bord de l'Armaggedon (le nom doit plaire à Martin, puisque trois ans plus tard, il publiera Armeggedon Rag (qui n'a rien à voir du tout hein)) où une équipe de scientifique embarque afin d'aller à la rencontre des Volcryns, un peuple légendaire. Les neufs jeunes gens vont faire la connaissance  de l'hologramme du commandant, l'étrange et mystérieux Royd Eris. Alors que le voyage, qui doit durer plus d'un mois, ne fait que commencer, des tensions naissent rapidement entre les scientifiques et le commandant.

Si l'histoire semble être du déjà-vu (et finalement, l'est), Martin nous entraine rapidement vers autre chose, un truc presque horrifique. Parce que malgré son nom, le roman ne parle finalement pas vraiment des Volcryns et de leur découverte. Non, c'est autre chose qui représente le danger dans le roman, quelque chose de bien moins légendaire mais malheureusement aussi de déjà-vu. Je n'en dirais pas forcément plus là dessus, ça serait gâcher le plaisir de lecture. Heureusement pour nous, Martin s'est tout de même faire du bon avec du vieux et du déjà-fait.

C'est là qu'entre en compte les personnages du roman. Ce sont eux, forcément, qui le portent. Ils sont aux nombres de dix et chacun à sa propre personnalité, son propre schéma de pensée parfaitement défini. Pas un ne ressemble à l'autre et chacun a ses petits défauts. Rapidement, on arrive à s'attacher à eux, que se soit l'alcoolique du groupe, le mécène obsédé par sa future découverte, la femme "améliorée", le mystèrieux commandant ou les autres. Ils sont le vrai point fort du roman, eux mais aussi le onzième personnage qui apparait petit à petit.

Bien sur, il n'y a pas que les personnages qui font que le Volcryn s'apparente rapidement à un page-turner. L'histoire en elle-même prend la tournure d'un bon vieux thriller psychologique qui va virer au sanglant (non il n'y a pas que dans le Trone de Fer que Martin s'amure à tuer tout le monde ou presque). Et ça, il s'est parfaitement s'y prendre, distillant petit à petit les informations, faisant monter la tension au sein de l'Armaggedon mais aussi dans le cerveau du lecteur. On se prend vite au jeu, essayant de découvrir ce qu'il se passe réellement et cela jusqu'à la toute fin.

Au final, le Volcryn est un bon roman de SF, palpitant et plutôt passionnant. Malgré le déjà-vu de l'histoire, Martin s'en sort plus que bien grace à des bons personnages et une tension toujours à son comble. 

lundi 15 juin 2015

Royaume de Vent et de Colère, Jean-Laurent Del Socorro

Royaume de Vent et de Colère bénéficie, comme quelques autres titres des indé de l'imaginaire (dont je n'ai pas la liste sous la main) de réduction en ce moment. La quatrième de couverture me plaisant beaucoup, j'en ai donc profité.

Royaume de Vent et de Colère, Jean-Laurent Del Socorro

Editeur : ActuSF
Collection : Les trois souhaits
Année de parution : 2015
Format : epub

A lire si :
- Vous aimez quand l'Histoire se mélange avec la fantasy
- Vous aimez les romans à flashback
- Vous aimez les romans à plusieurs narrateurs

A ne pas lire si :
- Vous voulez un roman parfaitement linéaire

Présentation de l'éditeur :

1596. Deux ans avant l'édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s'oppose à Henri IV, l'ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.

Mon avis

Les guerres de religions n'ont jamais vraiment été ma tasse de thé en histoire. Le massacre de familles entières lors de la Saint Barthélémy me file la gerbe, tout comme ce qui suivit. Alors, on ne s'étonne pas que j'ai lu très peu de livre dont l'histoire se passe à cette époque. Et puis vient Jean-Laurent Del Socorro et son Royaume de Vent et de Colères. Parce qu'on se trouve à Marseille, parce que ce n'est pas la nuit de la Saint Barthélémy, parce que les personnages avaient l'air bien.

En 1596, Marseille est une république catholique qui s'oppose à Henri IV, roi protestant (je ne me souviens pas du tout en avoir entendu parler en histoire de ça, comme quoi). Alors que les troupes du roi marchent vers la ville, nous allons faire la connaissance de quatre personnages, rassemblés à ce moment-là à l'auberge La Roue de la Fortune (qui porte bien son nom, voir les lames du Tarot de Marseille), la propriétaire, Axelle, ancienne capitaine Mercenaire, Le chevalier Gabriel de Saint-Germain, protestant converti au catholisme, Victoire, Maitre de la Guilde des Savonniers (guilde d'assassin en fait) et enfin Armand, un Artbonnier en fuite avec son amant (l'élément fantasy de l'histoire). Tous les quatre vont avoir un rôle à jouer dans ce qu'il va se passer dans les prochains jours. Mais avant d'arriver à ces prochains jours, l'auteur nous plonge dans leur passé. On va donc les découvrir petit à petit et par leurs histoires, toutes différentes, le lecteur va découvrir l'Histoire mais aussi leur motivation pour ce qui va arriver.

Généralement, j'ai beaucoup de mal avec les flashback. Surtout quand les dits flashback prennent quasiment tout le roman. Alors, en avoir pour quatre personnages, pas forcément aux mêmes époques, ça pouvait être compliqué à gérer, autant pour moi que pour l'auteur. Ici, c'est drôlement bien fait. Finalement, les parties "contemporaines" sont là comme des espèces de prologues et épilogues. La partie "passée" prend beaucoup de place, la moitié du roman. Et pour moi c'est une réussite. Petit à petit, Del Socorro dresse quatre portraits différents mais particulièrement prenant. Bien sur, on finit toujours par avoir notre petit préféré (j'ai beaucoup aimé Axelle mais aussi Gabriel). On ne peut pas rester indifférent à ces quatre personnages et à leurs portraits, encore moins à ce qu'ils vivent. Jamais l'auteur ne fait dans le mélodramatique (il pourrait, surtout avec Gabriel ou Armand par exemple), jamais il n'épaissit les traits des personnages. Finalement, l'auteur va tisser sa toile petit à petit, nous amenant à la journée fatidique où l'armée du roi va arriver aux portes de Marseille. 

Si les personnages et leurs histoires sont réellement le point fort du livre, il ne faut pas oublier Marseille et surtout son Mistral, le vent qui rend fou. L'auteur rend la ville vivante, l'utilisant comme un personnage. Ce n'est pas juste des pierres. Quant au mistral, son influence sur les gens se fait sentir. Malheureusement, je trouve que parfois, Marseille, le personnage, disparaît un peu. Et il ne faut pas oublier la touche fantasy qu'est l'Artbon et qui va avoir un sacré rôle à jouer alors qu'on se demande précisément ce qu'il va advenir d'Armand, de Rolland et de leur magie. Cette touche est subtile et pourtant bien présente, ajoutant une petite plus value à l'ensemble.

Au roman est joint aussi une nouvelle, dont Gabin, l'un des personnages secondaire, devient le narrateur. J'ai beaucoup aimé suivre ce gamin, et surtout j'ai été ravie d'en savoir plus sur lui. La nouvelle est très poétique, très jolie et surtout particulièrement efficace. J'aurais bien voulu en avoir une comme celle-ci sur Silas, un personnage qui ne sera narrateur que trois fois dans le roman et qui pourtant a une grande importance.

Au final, j'ai adoré ce livre, pour la partie Histoire, pour les personnages et pour m'avoir un peu réconcilié avec les guerres de religion. Je trouve juste dommage qu'il soit si court.

jeudi 27 novembre 2014

L'Héritière, Le Testament, tome 1, Jeanne-A Debats

Alors que je cherchais un livre à me prendre chez Actu SF, un nom m'a littéralement sauté aux yeux. En fait, deux noms, celui de l'auteure et surtout celui de Navarre. Il n'en fallait pas plus pour que cet epub rejoigne ma PAL numérique.

L'Héritière, Le Testament, tome 1, Jeanne-A Debats

Editeur : Actu SF
Collection : Les Trois souhaits
Année de parution : 2014
Format : epub

A lire si :
- Vous voulez de l'urban fantasy à la française
- Vous voulez une héroine attachante

A ne pas lire si :
- Vous n'aimez pas Navarre (mais est-ce vraiment possible ?)
- Vous voulez de la bit-lit pure et dure, à l'américaine.
- Vous ne voulez que du Navarre

Présentation de l'éditeur : 

Je m'appelle Agnès Cleyre et je suis orpheline. De ma mère sorcière, j'ai hérité du don de voir les fantômes. Plutôt une malédiction qui m'a obligé à vivre recluse, à l'abri de la violence des sentiments des morts. Mais depuis le jour où mon oncle notaire m'a prise sous son aile, ma vie a changé. Contrairement aux apparences, le quotidien de l'étude qu'il dirige n'est pas de tout repos : vampires, loups-garous, sirènes... A croire que tout l'AlterMonde a une  succession à gérer ! Moi qui voulais de l'action, je ne suis pas déçue... Et le beau Navarre n'y est peut-être pas étranger.

Mon avis :

Je crois l'avoir déjà dit, je suis fan de Navarre, le vampire de Jeanne-A Debats, depuis Métaphysique du vampire. Alors, forcément, quand j'ai l’occasion de le retrouver, je ne suis que joie, comme ce fut le cas dans Lancelot (anthologie chez actu SF) ou encore dans le troisième Mythologica. Alors, oui, je crois que je n'ai vu que son nom dans la quatrième de couverture. Bon, j'exagère un peu. Même s'il n'y avait pas été, j'aurais pris l'Héritière parce que j'aime beaucoup l'écriture de l'auteure. Mais ça à tout de même jouer un grand rôle dans ma décision.

Si ce cher Navarre prend beaucoup de place dans le roman, il n'est pourtant pas le protagoniste principal et je peux dire que ça fait un peu bizarre au début de le voir par les yeux d'une autre. Mais Agnès, notre héroïne, n'a rien à lui envier en tant que personnage principal et narrateur. Si elle a un peu moins le sens de la repartie que notre vampire chéri et qu'elle comprend un peu moins ce qu'ils se passent dans l'Altermonde, puisqu'elle ne l'a jusque là pas fréquenté, elle est pourtant particulièrement attachante et très humaine en fait. C'est une héroïne comme je les apprécie, drôle, intelligente, mais avec des faiblesses. Elle n'est pas parfaite et c'est ce que j'aime chez elle.

Forcément, l'Héritière est un tome d'introduction puisque premier d'une série qui j'espère sera un peu longue (il semblerait qu'il y aurait deux autres tomes). Il nous offre donc une première vision du monde d'Agnès et nous permet d'en apprendre rapidement plus dessus, sans toutefois tout  nous dire. L'avantage avec Agnès, c'est que nous sommes comme elle, pratiquement vierge du savoir sur l'Altermonde, nous découvrons cela avec elle, sans nous perdre. Le roman est aussi pourvu d'une première intrigue qui  n'est pas là juste pour le plaisir et qui ne sera pas sans conséquence sur la suite (et ça, dans une série bit-lit, c'est tout de même rare, je trouve). D'ailleurs, ça part vraiment fort par ici puisqu'il va falloir trouver l'héritier ou héritière d'Herfauges (et pour ceux qui connaissent un peu l'univers de Navarre, on sait fort bien que les deux ont une relation assez particulièrement), fils de Dame Bathilde, chef du Cénacle vampire parisien, condamné à mort pour avoir une fois de plus dépassé les bornes.

L'auteure a décidé de placer son histoire dans Paris, de nos jours. Le choix de la ville lumière semble étrange tant nous sommes habitués à découvrir Londres en Urban Fantasy européenne. Et pourtant, notre capitale offre autant de mystère que celle de l'Angleterre et nous rattache un peu plus à nos racines et surtout à celles de la plupart des créatures du folklore fantastique. Parce que comme nous le rappelle si bien Jean-Luc Rivera dans la postface du livre, les premiers écrits dessus sont français et nous avons beaucoup d'histoires de Bêtes ou de vampires dans notre pays (même si pour les vampires, ce ne sont pas les plus connues). De plus, Paris a une Histoire passionnante qui va se révéler au fort et à mesure de la lecture très liés à celle des créatures qui la peuplent. Du coup, tout l'aspect sociologique et coutumes des créatures semble se calquer sur la ville et sur notre pays. Aspect particulièrement passionnant d'ailleurs et que l'on découvre avec joie en même temps qu'Agnès. Ainsi, nous découvrons que les loups-garous sont plutôt des ouvriers, communiste ou encore franc-maçons et que les vampires sont plutôt des nobles ou des gens aisés évoluant dans les hautes sphères. J'aime beaucoup voir l'Histoire de France revu comme ça à la sauce surnaturelle.

Il faut ajouter à tout ses points l'écriture de Jeanne-A Debats, toujours aussi agréable à lire, mélange d'humour (le passage avec Azraël est tout bonnement énorme par exemple), d'action, de cynisme, de bons, de références (Herfauges lisant Twilight..., j'en ris encore), d'ironie et d'un soupçon de féminisme (un grand merci pour le passage sur le viol, non ce n'est pas la faute de la victime !). Du coup, j'ai tourné les pages sans m'arrêter à pas seulement à cause de Navarre. 

Au final, je n'ai pas vu une seule fois le temps passé en lisant l'Héritière. Voilà de l'urban comme je l'apprécie et qui plus est bien ancré en France. Les personnages, particulièrement Agnès (qui est loin de l'héroïne Urban à l'américaine), sont vraiment attachants, l'intrigue est pleine de rebondissement et mystérieuse et le décors laisse rêveur. Mon seul bémol dans tout ça ? Navarre n'est que personnage secondaire, moi qui l'aime tellement. Mais peut-on vraiment parler de bémol face à une Agnès Cleyre qui peut être aussi mordante que lui ?




vendredi 1 août 2014

Anthologie Lancelot, Collectif

Je suis récemment tombée sur la couverture de Lancelot, anthologie pour Zone France et j'avoue qu'elle m'a légèrement tapé dans l’œil. Comme cela faisait longtemps que je ne m'étais pas plongé dans les légendes Arthurienne, je me suis dis pourquoi pas. En plus, je connais mal Lancelot, lui préférant Arthur ou Perceval.

Anthologie Lancelot, Collectif

Editeur : ActuSF
Collection : Les trois souhaits
Année de parution : 2014
Format : epub

A lire si :
- Vous aimez les nouvelles
- Vous voulez vous plonger dans l'histoire de Lancelot
- Vous voulez du mythique mais pas que

A ne pas lire si:
- Vous n'aimez pas du tout Lancelot
- Vous ne voulez que de la légende Arthurienne, sans remaniement

Présentation de l'éditeur :

L'anthologie du Festival Zone Franche 2014.
Lancelot est le plus grand des chevaliers de la Table ronde mais aussi celui dont le destin est le plus tragique lorsqu’il trahit Arthur, son roi, en tombant amoureux de Guenièvre.
Loyal, pur et traître, il ne cesse de nous interroger depuis des siècles, se réinventant à chaque époque.
Neuf auteurs confirmés de l’imaginaire se sont emparés de sa figure pour lui inventer de nouvelles aventures, donnant un éclairage nouveau à ce personnage résolument moderne. Neuf éclats de son âme. Et un peu de la nôtre.


Mon avis :

Comme je le disais, Lancelot n'est pas forcément le chevalier de la Table Ronde que j'apprécie le plus. Je le vois toujours "trop". Trop preux, trop bon, trop gentils, trop fort, trop traitre... Il faut dire qu'il n'a pas toujours le beau rôle, il est le traitre, le destructeur. Pourtant, Lancelot a une histoire complexe, qui peut donner lieu à multiples interprétations lorsqu'on sort des sentiers battus. C'est ce que vont faire les auteurs de cette anthologie. Ils vont reprendre le mythe et le réécrire à leur manière, donnant, du moins pour moi, plus de profondeur et de nuances au personnage.

Le Donjon Noir, Nathalie Dau 
Commençons l'anthologie par une auteure que j'apprécie beaucoup beaucoup. On le sait, j'aime Nathalie Dau, j'aime son écriture, j'aime ce qu'elle fait. Rien que pour elle, j'aurais pris l'anthologie (et aussi pour Jeanne-A Debat, Anne Fakhouri, Franck Ferric). Dans le Donjon Noir, Guenièvre est la fille de Vivian, elle est donc une fée et surtout elle est particulièrement volage. Lancelot a été kidnappé par Vivian après que Merlin ait donné Guenièvre à Arthur, comme une vengeance. Elle l'envoie à Camelot pour protéger sa fille. Mais comme nous le savons tous, il va tomber amoureux d'elle. La nouvelle ouvre de manière vraiment bonne l'anthologie, nous offrant dès le départ un aperçu du monde d'en dessous, celui des fées et surtout montrant que la relation entre les deux amants est bien plus complexe que ce qu'on pourrait penser. L'influence des fées se fait plus présente que dans le mythe Arthurien et personnellement, cette version-là me plait beaucoup. L'écriture de Nathalie Dau, toujours aussi belle et poétique, m'a tout autant enchanté que son histoire et sa réécriture de la légende.

Lancelot-Dragon, Fabien Clavel
Ici, Lancelot a été banni de Camelot. Il parcourt les routes, sans vraiment savoir où il va. Banni, rejeté, notre héros n'en mêne pas bien large. Il va se retrouver alors confronter à la quête du Graal, alors qu'il cherche juste à disparaitre. Nous retrouvons dans cette nouvelle un peu plus l'aspect chrétien de la recherche du Graal, mais il est confronté aussi à l'aspect païen de la religion. Lancelot va nous apparaitre alors abattu, vraiment plus sombre. Il va douter, va tomber plus bas aussi pour finalement nous montrer ses plus grandes faiblesses. Lancelot-Dragon est une nouvelle qui parle de chute mais aussi de rédemption. Elle est, je trouve, particulièrement efficace et vraiment bien écrite. Et je dois dire que je préfère ce genre de Lancelot-là à celui plus "pur" que l'on peut connaitre.

Le meilleur d'entre eux, Lionel Davoust
Lancelot revient de Jérusalem, les mains vides. Le royaume va mal, très mal, entre maladie et guerre, les gueux sont proches de la révolte. Dans cette nouvelle, Arthur est au courant pour Lancelot et Guenièvre. D'ailleurs, ils les laissent faire, les comprend. Cette nouvelle est assez loin du mythe et de l'aspect religieux de celui-ci. Les chevaliers savent que la quête est plus importante que le Graal lui-même, elle entretient l'espoir. Mais voilà, tout s'étiole, la quête n’intéresse plus, la Table Ronde est sur le point de disparaitre. Lancelot sait comment remédier à tout cela, quitte à tout perdre. Je dois dire que j'ai beaucoup aimé toute la nouvelle, la façon dont elle est écrite, mais surtout ce qu'elle véhicule, la manière dont elle montre ce que la foi peut pousser à faire pour garder l'unité dans un groupe, un royaume. Elle remet aussi Lancelot à sa place, au centre de l'histoire de la Table Ronde. Au final, c'est une nouvelle vraiment très intéressante et elle fait partie de celles que j'ai préféré dans l'anthologie.

Le Vœu d'Oubli, Armand Cabasson
Cette fois, nous retrouvons le chevalier après avoir été banni. Il s'est plongé dans les eaux de la rivière Léthé pour oublier. Il va alors parcourir le monde, se faisant main armée pour qui veut de lui. Trois règles régissent à présent sa vie, il ne doit pas revenir en Angleterre, ne doit pas ne plus être chevalier et surtout il ne doit pas se souvenir. Mais voilà que tout semble vouloir le ramener en sa patrie et surtout que tout semble vouloir faire en sorte qu'il se souvienne de sa vie passée. La nouvelle nous montre donc Lancelot guerrier qui cherche à lutter contre lui-même au final. Quoiqu'il fasse, même en ayant oublier, il reste le Lancelot de la cour de Camelot. C'est un texte entrainant et très intéressant de part son sujet. Malheureusement, je le trouve trop court, l'idée est bonne mais il lui manque quelque chose.

Je crois que Chevalerie y sera, Anne Fakhouri
J'avais déjà lu une nouvelle de l'auteure dans l'anthologie Reine et Dragon. J'avais beaucoup aimé son style et je dois dire qu'ici aussi il a fait mouche avec moi. Cette fois, nous suivons le chevalier Gauvain à la recherche de Lancelot. D'ailleurs, Lancelot n'apparaitra pas dans cette histoire, du moins pas physiquement. C'est un texte dense, il couvre à lui seul une bonne partie de la vie de Lancelot, revécu par Gauvain, Hector, Lionel et Bohort. La nouvelle nous montre comment ils voyent Lancelot, mais aussi comment Lancelot se voit lui-même et autant dire que la différence entre ses deux visions est énorme. C'est aussi un texte qui nous montre comment le mythe existe par le regard des autres, par leurs rêves, plus précisément celui des enfants. Au final, c'est une nouvelle surprenante, très bonne et profonde aussi, l'un de mes préférés.

La Tête qui Crachait des Dragons, Thomas Geha
Cette fois, nous voilà entrainer dans un royaume de Logres fantastique, ravagé par les Dragons. Une fois de plus, Lancelot n'est pas vraiment le héros de la nouvelle, il s'agit de Lohengrin, le fils de Perceval. Celui-ci est mandé par Arthur pour retrouver Lancelot, seul à pouvoir libéré Albion des Dragons. La nouvelle nous entraine dans un monde dur, fantasy avec une grande partie d'onirisme. Le texte nous propose une réflexion sur le pouvoir de l'esprit, la folie, le tout avec une belle écriture et une aventure pleine de rebondissement. Un seul regret pour cette nouvelle, elle est peut-être un peu trop courte.

Les Gens de Pierres, Franck Ferric
Voilà un petit moment que je n'avais rien lu de Franck Ferric. Dans sa nouvelle, il nous parle du temps après la bataille de Camlann, et donc après qu'Arthur, quasiment mort, soit amené à Avalon. Le royaume n'est plus ce qu'il était, les chevaliers ne sont plus que cinq et leurs âmes quasi morte. En parallèle, il va nous conter la légende de la Dame de Shalott. A savoir que suivant les versions du mythe, Elaine de Shalott est amoureuse de Lancelot sans que cet amour soit réciproque et que dans d'autres, elle est la mère de Galaad qu'elle eut avec Lancelot après s'être fait passé pour Guenièvre (il semblerait pourtant que les deux Elaine soient bien différentes l'une de l'autre). Ici, l'auteur a préféré la version où la jeune femme est enfermé dans un tour avec pour seul moyen de voir l'extérieur un miroir. Miroir dans lequel elle regarde Camelot et plus particulièrement Lancelot. La nouvelle se compose donc de courts chapitres, alternant la vie d'Elaine dans sa tour et celles des chevaliers à Camelot. Je ne sais pas si j'ai bien tout compris de la nouvelle et de sa forme. Pour moi, les passages à Camelot ne sont finalement que ce qu'Elaine voit dans le miroir. Pourtant, j'aurais cru que vu par elle, les chevaliers ne seraient pas si aigris, épuisés par la vie qui continue tant bien que mal. Du coup, je me pose vraiment la question. C'est un texte finalement très bon, mais dans lequel on peut avoir du mal à entrer.

Lance, Jeanne-A Debats
Quel plaisir de retrouver une nouvelle fois ce mois-ci, Navarre, le vampire de Jeanne A-Debats. Cette fois, nous voici en 1936. Navarre doit récupérer Lancelot en Avalon car seul lui peut tenir la Lance du Destin, seule capable de tuer le Dragon réveillé par les Nazis. Autant dire que la rencontre entre l'être le plus pur existant au monde et notre cher vampire n'est pas des plus reposantes. Encore moins lorsqu'ils doivent sauver la fille d'un juif, peuple pas vraiment apprécié ni par l'un ni par l'autre. Bref, une aventure une nouvelle fois jubilatoire de Navarre. J'ai beaucoup apprécié la manière dont Lancelot est traité ici. On le voit d'abord de la manière "normale", chevalier éblouissant, galant etc... Or, petit à petit, on découvre un homme carrément à côté de la plaque, puisque plus dans son temps, limite raciste, encombrant pour Navarre et finalement pas si chevaleresque que ça. Du coup, le côté chevalier en prend un grand coup, surtout quand Navarre va découvrir certaines choses sur les aventures de Lancelot. Et au final, le chevalier va se révéler ne pas être celui que l'on pense. Le tout est servi, comme toujours avec les aventures de Navarre, par de l'humour, de l'action, pas mal de cynisme aussi et une écriture qui me plait toujours autant.

Pourquoi dans les Grands Bois, Aimé-je à m'égarer, Karim Berrouka
La dernière nouvelle de l'anthologie sort de ce qu'on a pu lire jusque là par son ton humoristique. Karin Berrouka la place dans l'univers de son livre Fée, Weed et Guillotines, dont il fait d'ailleurs la pub en plein milieu de la nouvelle. L'équipe de la BCE part enquêter sur un massacre en forêt bretonne commis apparemment par un vieil ermite avec une épée. Il s''avère qu'il s'agit ni plus ni moins de Lancelot, qui vit là depuis un moment en quête de tranquillité. Tranquillité que vient régulièrement troublé Gauvain, qui lui en veut pas mal à tel point qu'il cherche à le tuer. La nouvelle en elle-même est amusante, bien qu'elle cache une réflexion qui l'est un peu moins sur la force d'un amour trop grand. L'humour y est présent du début à la fin. Seul problème pour moi, les personnages principaux, à savoir les simples humains de la BCE m'ont semblé trop loin du personnage de Lancelot. Et au final, ce sont vraiment les monologues du chevalier puis le combat, autant verbal que physique entre Lancelot et Gauvain qui m'ont le plus plu. Pourtant, cela n'a pas gâché mon plaisir de découvrir Karim Berrouka et surtout a attisé mon envie de lire son livre, dont le titre m'intrigue depuis déjà un moment.

Enfin, l'anthologie se termine avec un Postface de Lucie Chenu. Attention, ceci est un vrai postface, un de ceux qu'il vaut mieux lire à la fin si on ne veut pas perdre l'essence des nouvelles. Il permet de faire la liaison entre les différents thèmes des nouvelles, mais aussi de les remettre pour certaines dans le contexte des légendes arthuriennes (comme pour la nouvelle de Franck Ferric où elle explique l'importance des Elaine dans la vie du chevalier.

Pour conclure le tout, je dois bien dire qu'après cette lecture, ma vision de Lancelot a un peu changé. Je le trouve toujours "trop" mais déjà un peu plus humain et finalement drôlement complexe et humain. Bref, Lancelot est une anthologie vraiment très bonne, bien foutue et agréable à lire.