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mercredi 30 juin 2021

Les Nuages de Magellan, Estelle Faye

 J'entame une période SF. J'ai une pile à lire dans le genre (avec plutôt du Space Opéra dedans d'ailleurs mais pas que) qui a tendance à grossir depuis un moment. Il est temps de la vider un peu. Et je commence avec Estelle Faye, dont j'ai aimé Un éclat de Givre. Je me doutais que j'allais apprécié, je ne pensais juste pas que ça serait à ce point.

Les Nuages de Magellan, Estelle Faye

Editeur : Folio
Collection : SF
Année de parution : 2020
Nombre de pages : 306

A lire si :
- Vous voulez du Space Opera sans gros combat spatial
- Vous voulez une histoire de transmission

A ne pas lire si :
- Vous voulez des gros combats.

Présentation de l'éditeur : 

27ème siècle. L’Humanité s’est étendue à toute la Voie Lactée. La nouvelle frontière, ce sont désormais les Nuages de Magellan, mais les Compagnies ont fini par renoncer à tout projet de colonisation, préférant les affaires aux rêves d’exploration spatiale. Deux siècles auparavant, l’humanité a pourtant maîtrisé l’énergie sombre, une ressource quasi illimitée, mettant ainsi fin aux guerres pour les énergies fossiles. Ont suivi plusieurs siècles de liberté, d’exploration, d’avancées… Puis, insidieusement, de nouveaux jeux de pouvoir et d’influence se sont mis en place, conduisant à la multiplication des hors-la-loi. Depuis, un mythe court la galaxie : des pirates auraient créé sur Carabe, une planète perdue, une république idéale, hors d’atteinte du pouvoir des Compagnies. Dans l’un des derniers postes frontières avant les Nuages, Dan, une jeune serveuse idéaliste, chante du blues dans un bar pseudo texan tout en rêvant d’aventures stellaires. Elle est fascinée par Mary, une cliente taciturne dont on dit qu’elle serait peut-être une ex-pirate… Les Nuages de Magellan n’ont pas dit leur dernier mot !

Mon avis

J'ai pris ce livre parce que j'ai aimé, énormément, un Eclat de Givre. J'avais très envie de retrouver la plume d'Estelle Faye et de la découvrir sur un Space opera, genre que je ne connais pas assez à mon goût (d'ailleurs, pour la peine, je suis en train de lire Space Opera ! chez les Moutons electriques qui retrace l'histoire du genre de sa création jusqu'à Star Wars, et c'est particulièrement intéressant)(mais on en reparle dès que je l'aurais fini). 

Tout commence par Ankhou, un port spatiale et la grève des pilotes contre le monopole des Compagnies sur les voyages spatiaux. La répression du mouvement est violente, terriblement. Ankhou, les pilotes, ses habitants, tout est détruit par les armées des Compagnies pour faire un exemple. A plusieurs années lumières de là, Dan, serveuse de son état, découvre les images avec horreur. Alors que la soirée devient une veillée funéraire, elle va chanter pour l'Ankhou. Une prestation un peu trop remarquée qui va l'obliger à fuir et à se cacher dans la navette de Mary Reed, une de ses clientes. Or, la femme fuit elle aussi les compagnies et entraine sans le savoir Dan dans son sillage. Les deux femmes vont devoir cohabiter pour s'en sortir. Petit à petit, Mary s'ouvre à la jeune serveuse. Elle est en réalité Liliam Rochelle, capitaine d'un vaisseau pirate légendaire et peut-être la dernière pirate à savoir où se trouve Carabe, planète de toute les libertés.

Commençons par nous débarrasser des choses que je n'ai pas totalement apprécié dans le roman. Parce que, oui, il y a des choses que je n'ai pas forcément aimé. La première, c'est une limite assez poreuse entre le jeunesse et l'adulte. Cette limite, on la doit au personnage de Dan, à sa jeunesse (elle doit avoir une vingtaine d'année, peut-être moins) et à son rôle d'apprentie auprès de Liliam. On la doit aussi à quelques passages bien trop vite expédiés. Et ça, c'est peut-être la seconde chose que j'ai moins apprécié. Le roman passe parfois trop vite sur certains points. Après, tout cela est forcément purement subjectif. J'ai une grosse tendance à aimer les pavés qui prennent leur temps et parfois, me trouver avec un livre de 300 pages dans les mains, ça me fait bizarre (surtout que j'ai justement enchainé les gros pavés ces derniers temps).

Maintenant que c'est fait, passons à tout ce que j'ai aimé. Déjà, il y a tout le worldbuilding, comme on dit en anglais, tout l'univers du livre donc. Que se soit les vaisseaux spatiaux et leur écosystème ou les planètes et planétoïde aux histoires riches que l'on va visiter à la suite de Liliam et Dan, j'ai aimé la manière dont tout est mis en place. Mais surtout, tout concorde à mettre en place les thèmes principaux du roman. Rien n'est laissé au hasard, tout nous ramène, d'une manière ou d'une autre à Carabe, cette planète légendaire libre de toutes attaches aux Compagnies. Et franchement, il y a de quoi dire sur le monde, que se soit sa mythologie (la Première Terre, la découverte de l'énergie sombre, la conquête de l'espace avec les Nuages de Magellan comme limite, les lois de bio et cyber éthique etc...), les cultures abordées ou la politique.

Et parlons donc des thèmes. Il y a, bien sûr, la liberté. Celle de partir explorer l'espace, celle de faire ce que l'on veut, de ne pas subir le joug des Compagnies (et donc du capitalisme), de vivre sa vie comme on l'entend. On le retrouve dans chaque histoire des personnages, principaux comme secondaires. Mais c'est Liliam et Dan, et elles seules, qui porte l'autre thème principal, celui de la transmission. Que j'ai aimé suivre les récits de l'ancienne pirate. Ils ont quelque chose de poétique, de doux et de mélancolique aussi. J'ai aimé voir Dan les écouter presque religieusement et commençait à entrevoir sa propre liberté. Les deux s'entremêlent pour nous donner le récit de la Grande Piraterie.

J'ai apprécié que ce récit soit un récit au féminin. J'ai aimé Liliam et Dan, la relation qui se lie entre elle de maitre à élève puis un peu plus que ça. Ca faisait un bon moment que je n'avais pas vu ce genre de relation dans un roman. Et puis, il y a aussi la relation que l'on découvre petit à petit dans les souvenirs de Liliam, celle de la pirate avec sa capitaine, la légendaire Sol Saint-Clair. Oh, bien sûr, il y a des personnages masculins, mais ils ne sont pas parmi les protagonistes principaux et ça fait du bien. Parce que, oui, et re oui, la SF et le space opera, ça peut aussi être au féminin, et même queer et très bien l'être, comme nous le prouve ici Estelle Faye. 

Pour conclure, c'est un space opera des plus plaisants qu'Estelle Faye nous livre ici. J'ai vraiment eu un gros coup de cœur pour l'univers et les thèmes, le tout allié au style de l'autrice que j'apprécie déjà beaucoup. Vraiment, je trouve qu'il nous faut plus de SF comme celle que propose l'autrice dans nos vies. 

lundi 19 mars 2018

Un Eclat de Givre, Estelle Faye

Je suis partie en vacances à la neige la semaine dernière. J'ai pas beaucoup beaucoup lu : juste trois roman et un quatrième à 30% :). Le premier des romans terminés, c'est donc un Eclat de Givre. J'avais envie de découvrir Estelle Faye autrement que par les nouvelles (dans l'anthologie Antiqu'idées). Et c'est une belle découverte que j'ai faite.

Un Eclat de Givre, Estelle Faye

Editeur : Folio
Collection : SF
Année de parution : 2017
Nombre de pages : 352

A lire si : 
- Vous aimez les livres à ambiance
- Vous voulez du post-apo soft
- Vous voulez un héro bi

A ne pas lire si :
- Vous lisez plus pour l'histoire que pour l'ambiance

Présentation de l'éditeur : 

Un siècle après l’Apocalypse. La Terre est un désert stérile, où seules quelques capitales ont survécu. Dont Paris.
Paris devenue ville-monstre, surpeuplée, foisonnante, étouffante, étrange et fantasmagorique. Ville-labyrinthe où de nouvelles Cours des Miracles côtoient les immeubles de l’Ancien Monde. Ville-sortilège où des hybrides sirènes nagent dans la piscine Molitor, où les jardins dénaturés dévorent parfois le promeneur imprudent et où, par les étés de canicule, résonne le chant des grillons morts. Là vit Chet, vingt-trois ans. Chet chante du jazz dans les caves, enquille les histoires d’amour foireuses, et les jobs plus ou moins légaux, pour boucler des fins de mois difficiles.
Aussi, quand un beau gosse aux yeux fauves lui propose une mission bien payée, il accepte sans trop de difficultés. Sans se douter que cette quête va l’entraîner plus loin qu’il n’est jamais allé, et lier son sort à celui de la ville, bien plus qu’il ne l’aurait cru.

Mon avis

J'espère que je ne vais pas rater deux trois trucs vu que j'ai fini le livre lundi dernier. Mais j'avais ni mon portable, ni tout le temps internet et que j'aime pas faire mes avis depuis la tablette. Bref, vous m'excuserez donc si jamais je survole un peu mon avis. 

Comme je le disais, j'ai découvert Estelle Faye au détour d'une nouvelle que j'avais plutôt apprécié. J'y avais trouvé des choses que j'apprécie beaucoup, dont une ambiance travaillée. Chose que l'on retrouve particulièrement dans ce livre-ci. Il faut dire qu'Un eclat de Givre a attiré mon oeil par sa couverture (je la trouve vraiment bien faite) et surtout par sa quatrième qui déjà me mettait dans l'ambiance. Et dès les premières pages, j'ai été happée.

Un éclat de Givre (référence à la Reine des Neiges)(non pas celle de Disney, la vraie) nous entraîne dans un monde d'après la fin du monde. Un siècle plus tard plus précisément. Une fin du monde qu'on ne voit pas directement et qui nous apparaît petit à petit alors que l'on suit Chet dans son périple. Pourtant, dès le premier chapitre, voir même le premier paragraphe, on sent une certaine nostalgie d'un monde que le héros n'a pas connu. Ce premier chapitre, où Chet se prépare pour son tour de chant, où il se lance dans l'arène, a quelque chose de presque magique. Et surtout, il m'a accroché rapidement, ne me laissant plus quitter les pages du livre qu'à regret.

Assez étonnement, ce n'est pas l'histoire en elle-même (Chet se retrouve embarquer dans une sombre histoire pour sauver le monde)(rien que ça oui), qui m'a le plus attiré dans le roman. J'ai apprécié le déroulement de celle-ci, je ne dis pas le contraire, mais il m'a semblé qu'elle n'était finalement là que pour mettre en évidence le Paris qu'à mis en place l'autrice. Et pour tout vous dire, j'ai grandement apprécié ça. Parce que le dit Paris a quelque chose d'à la fois moyen-âgeux (ruelles, maisons sur les ponts, plus de tout à l'égout et j'en passe), de contemporain (on retrouve bien entendu certains endroits existant à notre époque pour ne pas se perdre mais avec quelques modifications) et futuristes (surtout sur la fin avec le quartier de la Défense). Du coup, il devient à la fois inconnu et connu. Il en va de même pour ceux qui l'habitent, les humains "normaux" et les hybrides, dont on ne sait pas trop comment ils sont nés mais qui présente un panel assez sympathique de créatures mythologiques (en parlant de ça, la mythologie tient d'ailleurs une place à part dans le roman, elle gère un quartier entier).

On trouve aussi beaucoup d'écologisme dans le roman. Déjà parce que la fin du monde a eu lieux à cause des humains et du gaz de schiste (en gros, en en voulant toujours plus, ils ont fini par tuer la Terre qui s'est fissuré en de nombreux endroits. Pas d'apocalypse nucléaires ou à grosses explosion, ça c'est fait petit à petit, sans qu'on s'en rende compte. Quelque chose d'assez probable en fait). La nature est complètement modifié de par le changement de climat mais aussi à cause de la main humaine et des modifications génétiques. Des changements qui finalement n'auront rien eu de bon. Et ça parait possible comme fin du monde. Tout comme ce qu'il se passe durant le roman. C'est quelque chose d'appréciable, d'avoir une partie un peu SF qui se base sur quelque chose de possible et dont les explications semblent elles-aussi possibles (non parce que la SF se base toujours sur quelque chose de possible mais parfois ça part un peu trop loin).

Enfin, passons aux personnages. On a d'abord et surtout Chet, narrateur de l'histoire. Chet est assez particulier dans le sens où j'ai pu le trouver carrément insupportable par moment et carrément génial à d'autre. Du coup, j'ai régulièrement eu envie de le baffer et régulièrement envie de le prendre dans mes bras. Son plus gros problème ? Il nous laisse, nous lecteur, parfois au bord de la route sans trop d'explication. C'est parfois très très énervant. Mais ça fait parti du personnage. Comme sa bisexualité,d'ailleurs. Oui, c'est important de le dire parce que un, c'est assez rare, deux, même si ça ne le définit pas entièrement, ça fait tellement parti de lui que je n'arrive pas du tout à imaginer qu'il serait autre chose (et puis, c'est sa sexualité qui va nous faire découvrir une partie des autres personnages de près ou de loin). Pour les autres personnages, c'est un peu plus vague. Chet n'entre jamais vraiment dans les détails. Galaad, qui va l'accompagner un bon moment, va paraître souvent très froid, distant. Il en va de même pour la plupart des personnes que nous allons croiser. Cela est surtout du à Chet lui-même, qui ne s'attache pas vraiment à cause d'une vieille histoire. Mais je trouve ça un peu dommage.

Et pour finir, parlons jazz un peu. La quatrième en parle, alors pourquoi pas moi ? Le jazz est partout puisque Chet en est chanteur. S'il teinte le récit, il n'est pas si présent que ça. On le trouve surtout au début du roman (toujours ce premier chapitre) et à la fin. Pourtant, il est dans presque toutes les pages, d'une manière ou d'une autre. Dans les souvenirs de Chet, dans les descriptions des sentiments, en Chet (d'ailleurs son prénom vient de Chet Baker, un jazzman). Il aide à l'atmosphère, la rendant un peu plus poétique, un peu plus nostalgique aussi. Et puis, ça m'a aussi permet de rechanter régulièrement Feeling Good que j'adore (d'ailleurs, si vous connaissez pas, la version d'Ester Rada est vraiment sympathique à écouter)(Je vous ai mis la version studio mais en concert c'est encore mieux)(bon Estelle Faye était dans la classique de Nina Simone, j'ai pas pu m'empêcher de parler d'Ester Rada que j'adore, c'est tout).

Concluons enfin cet avis. Je suis passée à côté du coup de cœur complet pour ce roman à cause du caractère un peu trop froid de son personnage principal. J'en retiens surtout cette ambiance si particulière, cette poésie dans chaque mot, chaque description. Je suis plus que ravie d'avoir enfin découvert Estelle Faye autrement que par un format court.

samedi 30 juillet 2016

Antiqu'idées, Collectif

Avant toute chose, je tenais à remercier Denis Piel et l'association ImaJ'nère de me faire confiance et me proposer cette anthologie, sortie à l'occasion du Sixième Salon de la science-fiction et du policier d'Angers. Avec un thème sur l’antiquité je ne pouvais que l'accepter (même si, timidité oblige, je me suis vraiment demandée si j'allais accepter)(toujours peur de ne pas aimer, de ne pas être à la hauteur de ce qu'on m'envoie...)(en fait, je suis une grosse trouillarde avec fort peu de confiance en moi).

Antiqu'idées, Collectif

Editeur : ImaJ'nère
Collection :
Année de parution : 2016
Nombres de pages :

A lire si :
- Vous aimez les nouvelles
- Vous voulez de l'antiquité revue à diverses sauces

A ne pas lire si :
- L'antiquité ne veut intéresse pas
- Vous n'aimez pas les nouvelles

Présentation de l'éditeur :

Après Histoires d’aulx, U-chroniques, Riposte Apo, Total Chaos, Rétro-fictions et Star Ouest, l’association imaJn’ère vous propose une nouvelle anthologie thématique !
Réalisée à l’occasion du sixième salon ImaJn’ère, le salon de la Science-Fiction et du Policier d’Angers où de plus en de plus d’auteurs de l’imaginaire francophone se réunissent chaque année, l’anthologie Antiqu’idées explore tous les aspects bien connus de l’Antiquité, par le biais de la science-fiction, de la fantasy, du fantastique et d’une pointe de polar.
Que pouvons-nous trouver comme idées neuves en refouillant l’Antiquité ? Revisiter un passé déjà connu, imaginer un futur plus rose ou tout simplement plonger dans l’Histoire antique pour le plaisir desyeux et des sens, voilà le programme d’Antiqu’idées. Quinze auteurs ont imaginé des histoires originales mettant en scène des éléments ou des personnages antiques, pour bousculer nos connaissances et rappeler que l’Histoire peut être vue autrement, voire même revécue.
De la Guerre de Troie à la Cimmérie, en passant par l’Égypte, Carthage et les confins bien connus de notre héritage gréco-latin, ces quinze nouvelles s’attachent à nous conter gaiement notre besoin de combat épique, de voyage au lointain et de quête de nos racines.

Mon avis

Ah l'antiquité. Une époque que j'ai longtemps appréciée et qui me fascine toujours autant. J'aime la pluralité de cette époque. On pense de suite aux grecs, aux romains ou aux égyptiens. Mais il n'y a pas qu'eux et c'est ça que j'apprécie.

Avant de donner un avis plus général sur l'anthologie, comme toujours, un avis sur les nouvelles, au nombre de 15.

La Maison des Vignes, Estelle Faye
Je n'ai jamais lu Estelle Faye et j'avoue le déplorer. J'ai entendu et lu beaucoup de bien sur elle. Voici donc ma première nouvelle de sa plume. Une nouvelle que j'ai apprécié. Estelle Faye a une très belle façon d'écrire, très poétique, je trouve. Dans ce texte plutôt fantastique, elle nous entraine dans les Causses avec sa narratrice. L'un de ses amis, installé là-bas depuis peu a disparu après avoir été obsédé par la recherche d'un temple de Mystère et un mystérieux homme. C'est beau à lire, intéressant aussi pour le culte de Dyonisos. Et puis, la fin, même si elle est peut-être un peu évidente est vraiment sympathique.

Rivages, Eva Simonin
Eva Simonin est l'une des trois lauréates du concours ImaJ'nère de cette année. Elle propose une nouvelle SF où son personnage principal, contrôleuse des travaux finis pour des simulations. Cette fois, c'est la guerre de Troie et le retour d'Ulysse vers Ithaque. Sauf qu'elle se retrouve coincée avec zéro moyen de s'en sortir si ce n'est un employé de sa société qui n'a pas bien l'air pressé. On ne se doute pas de la chute de la nouvelle et on avance avec Callia sans savoir ce qu'il va lui arriver. C'est un texte que j'ai bien aimé, qui repose beaucoup sur la mémoire mais pas.

Deux fois vainqueur traverser l'Achéron, Fabien Clavel
Seconde fois que je lis une nouvelle de Fabien Clavel et celle-ci est bien différente de la première (dans l'anthologie Lancelot). Clavel nous propose une revisite du mythe d'Orphée et Eurydice vu par celle-ci et sous forme de poème. Un poème pas si charmant que ça puisqu'il va aussi bien parler de l'amour d'Eurydice pour Orphée que de mort-vivants (oui, oui). C'est joliement écrit, très musical (ce qui va parfaitement à Orphée) et plutôt original avec les morts-vivants. C'est aussi très triste, forcément.

Le rêve du pont Milvius, Olivier Boile
Olivier Boile est, comme Eva Simonin, l'un des trois lauréats du concours. Sa nouvelle se base sur une belle uchronie, à savoir les musulmans ont  gagné la bataille de Poitiers et par là-même ont conquis le monde. Dans cet univers-là, Mohammed, jeune journaliste, va rencontrer un auteur dont le livre parle de l'empereur Constantin et de sa conversion au christianisme, cette religion disparue depuis si longtemps. J'ai beaucoup aimé ce monde uchronique, encore plus la conversation qu'on eut les deux hommes. Ça parle religion mais aussi diversité et surtout paix entre les peuples. De quoi en faire réfléchir quelques uns, tiens.

Ponce, Pilate, ponce!, Justin Hurle
Après quelques nouvelles "sérieuses", nous passons ici à quelque chose de plus humoristique. Ramses II vient d'accéder au trône et a quelques problèmes. Son peuple est non fertile suite à une chute d'huitre huit ans plus tôt, les prêtres des dieux importants veulent toujours plus d'offrandes et Moïse souhaite qu'il libère son peuple et l'un des colosses de sa citée s'est fait la malle pour ne pas se voir raboter les parties génitales. Mais le pharaon est un véritable petit con et compte bien ennuyer encore plus tout le monde. Les dialogues sont amusants, tout comme les situations et on se surprend à sourire voire même à ricaner des mésaventures du pharaon. Une nouvelle fort amusante avec une chute plutôt sympas.

Le tombeau de Calypso, Brice Tarvel
Ulysse s'est perdu en mer, son bateau a subit un naufrage. Il atterrit sur l'île où repose à tout jamais la nymphe Calypso. Là, il va rencontrer une étrange femme avec qui il va plutôt bien s'entendre au début jusqu'à ce qu'elle le piège... Brice Tarvel mêle la légende d'Ulysse à notre monde sans que l'on s'en rende finalement bien compte dans le tombeau de Calypso. J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, teintée d'un je ne sais quoi de nostalgique je trouve.

Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies, Myrtille Bastard
Voilà la nouvelle de la dernière lauréate du concours. Myrtille Bastard nous entraine à la suite d'un journaliste "lifestyle" qui teste durant un mois des produits plutôt divers. Cette fois, il se rend chez Lucius, Dieux, Lares et Génies qui promet aux acheteurs la possibilité de se créer une divinité pour régler ses problèmes. Bien que la nouvelle soit sans réelle surprise, j'ai beaucoup aimé la suivre. L'idée de départ est sympathique (pouvoir créer son propre dieu, lui donner vie grâce à la foi qu'on peut avoir en lui...) et notre journaliste nous offre quelques réflexions agréables à suivre. De plus, j'ai beaucoup aimé la façon dont elle est écrite, avec un narrateur quelque peu ironique. Bref, une bonne nouvelle a qui il ne manque qu'un peu de suspense pour être encore meilleure.

Aheli ou la mémoire enfouie,  Isa3elle Arnault
Cette fois, nous partons du côté des Indes, délaissant un peu la Grèce et Rome. Isa3elle Arnault nous entraine à trois époques différentes cette fois, trois époques qui s'imbrique les unes aux autres pour une histoire où la mémoire prend pas mal de place. C'est très court (peut-être un peu trop pour moi) mais intéressant et bien écrit. Je trouve juste dommage de ne pas en apprendre plus sur les mythes fondateurs des Indes.

Quid Novi Medice ?, Jean-Hugues Villacampa
Après une courte excursion vers les Indes, nous revenons du côté de la Rome Antique. L'armée de César est un plus mal, malmenée par les guerriers de Vercingetorix, loin de chez elle... Et pourtant, malgré un rapport de force qui la veut vaincue, elle va réussir l'impossible grâce à... Et bien, si je vous le disais, il n'y aurait plus de surprise. C'est un texte plutôt efficace avec une idée de départ plutôt sympathique et surtout bien exploitée. Ca se lit fort bien, surtout avec les quelques touches d'ironie qui s'y trouvent.

Carthage !, Arnaud Cuidet
Arnaud Cuidet nous entraine vers Carthage, en pleine guerre. On reste dans l'antiquité avec Salammbô, prêtresse de la ville et Scipion, général romain prêt à la conquérir mais on retrouve une touche de SF avec les armes et armures des deux armées. C'est une nouvelle de bataille comme on peut en lire d'autre, sans grande innovation mais qui se lit parfaitement et offre à son lecteur quelque chose de puissant et plutôt lumineux. Finalement, ce qui aurait pu être une histoire somme toute banale devient bien plus que ça et se laisse lire avec grand plaisir.

Boadicée, Pierre-Marie Soncarrieu
Cette fois, passons chez les Celtes. Boadicée vient demander à un étrange druide son avenir avant son mariage. Celui-ci ayant reçu des ordres, va les contourner pour lui montrer ce que pourrait potentiellement être sa vie. On va donc la découvrir par bribes. Le destin de la reine n'est pas tout rose et l'on va découvrir les moments les plus importants. Malheureusement, le texte est pour moi un peu trop court et ne permet pas réellement de se plonger dedans malgré une écriture plaisante et des clins d'oeil à certaines oeuvres (on retrouve Astérix et Obélix, Alix). Ce qui est dommage vue le thème qu'elle traite.

Discorde, Patrice Verry
Cette fois, c'est une revisite de la Pomme d'Eris et donc du choix de Pâris auquel nous avons droit. Une idée de départ que j'apprécie beaucoup mais qui je trouve tombe rapidement à plat pour moi. C'est la nouvelle que j'ai le moins apprécié. Une bonne idée de départ, mais le reste est traité trop rapidement et de manière trop simpliste.

Une histoire Tauride, Romuald Herbreteau
Une histoire Tauride se passe dans un futur assez proche (il y est fait mention d'Interstellar 2). Efran est archéologue. C'est en cette qualité qu'il se rend en Crimée où l'un de ses amis a fait une étrange découverte. A cause du nuage radioactif de Techrnobyl, le temps semble jouer des tours à tout le monde. C'est ainsi que l'épée de Conan le Barbare se retrouve sur le champs de fouille. J'ai plutôt apprécié l'histoire et plus particulièrement le rôle des chats là-dedans (mettez-moi des chats qui semblent vouloir conquérir le monde et je suis contente). Par contre, je trouve qu'il y a trop de chose dedans (la radioactivité, les "bulles" de temps qui apparaissent à cause d'elle, les chats...) et que ça le rend parfois trop lourd pour un petit format. 

L'Immortel et l'Assassin, Jérôme Verschueren
Direction la Chine à présent. Jérôme Verschueren nous offre un mélange de mythe chinois et d'une épopée cinématographique bien connue. Un mélange qui fonctionne bien à mes yeux et qui permet un texte plein d'humour. On trouve fort rapidement à quelle série de SF il rend hommage (entre le nom d'un des personnages, l'une de ses phrases puis les armes, ça va rapidement). Ce n'est pas un texte ultra original mais il est parfaitement mené avec une chute sympathique. En tout cas, je l'ai beaucoup apprécié.

Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse, Lionel Davoust
La dernière nouvelle n'est pas une inédite, elle apparait déjà dans l'anthologie Fragment d'une fantasy antique (que je n'ai pas lu). Lionel Davoust, je l'ai déjà croisé dans l'Anthologie Lancelot et j'avais beaucoup aimé sa nouvelle. Une fois de plus, je suis ravie de le lire. Cette fois, il revisite le mythe de Circée en en faisant une étude scientifique tout ce qu'il y a de plus normale sur la possibilité de nourrir les hommes. C'est tellement bien fait qu'on y croirait. En plus de ça, il n'hésite pas à employer l'humour, l'ironie et le second degrés (et qu'est-ce que j'apprécie ça, moi, le mélange du sérieux avec ce second degrés). Je crois vraiment que c'est ma nouvelle préférée de tout le recueil.

Pour conclure, c'est une anthologie qui m'a beaucoup plu. Je n'ai pas apprécié tous les textes (comme souvent dans les anthologies, on ne peut pas tout aimer) mais en tout cas, j'ai passé un agréable moment avec elle. On y trouve de vraiment bonnes idées. J'ai aussi beaucoup aimé les illustrations en fin de nouvelles, sans parler de la couverture. Bref, une anthologie comme je peux les apprécier, et qui offre de bons moments.