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vendredi 21 octobre 2016

Je n'ai pas peur, Niccolo Ammaniti

Deux ans après Comme Dieu le veut qui m'avait marqué, je me relance dans un Ammaniti. J'ai eu beaucoup de mal à choisir un autre de ces bouquins, parce qu'ils me semblent tous géniaux mais quand même temps, il me fait un peu peur. Parce que je sais que je ne sortirais pas forcément hyper joyeuse de ma lecture mais surtout qu'elle risque de me marquer pour un bon moment. 

Je n'ai pas peur, Niccolo Ammaniti

Editeur : 10/18
Collection : /
Année de parution : 2014
Titre en VO : Lo non ho paura
Année de parution en VO : 2001
Nombre de pages : 231

A lire si : 
- Vous voulez une histoire qui se lit vite
- Vous voulez quelque chose d'assez haletant tout en étant pas un thriller
- Vous n'avez pas peur de la violence

A ne pas lire si :
- Vous n'aimez pas la violence
- Vous voulez un truc qui finit bien pour tout le monde

Présentation de l'éditeur :

Il y a des souvenirs de jeunesse qui longtemps restent imprimés entre les parois de la mémoire, des souvenirs qui traversent la vie, baignant dans une aura particulière. Michele Amitrano a passé sa jeunesse dans le Sud italien, à Acqua Traverse, un tout petit hameau. Ses journées se partagent entre les repas de famille et les sorties avec ses camarades en culottes courtes des maisons alentour. Des jeux improvisés dans la campagne, des parties de football, des virées par monts et par vaux, sous la houlette de Rackam, le chef de bande, petit saligaud, imposant des gages tordus et pervers. C'est précisément à l'occasion d'un gage périlleux que Michele fera l'une des rencontres les plus surprenantes et inquiétantes de sa vie, celle d'un enfant enchaîné, tapi dans un trou, dans une maison abandonnée. Livre du souvenir, livre de l'enfance, Je n'ai pas peur est un texte réjouissant, tenant à la fois du genre policier et du récit initiatique. Aux tableaux successifs qui remplissent le quotidien d'une famille modeste italienne, Niccolo Ammaniti ajoute une sensibilité nostalgique ensoleillée, sans jamais tomber dans le pittoresque. Pas de grands effets, mais plutôt une simplicité à l'image de la vie dans le Sud, rehaussée par un lyrisme rocailleux.

Mon avis :

Après les années 2000 avec Comme Dieu le Veut, nous voilà plonger dans les années 1978, en Italie du Sud, dans le hameau d'Acqua Traverse. Cet été-là, la chaleur écrase tout. Les adultes restent enfermés à la maison, les animaux ne sortent pas. Seuls les enfants bravent le soleil. Ils vont et viennent dans la campagne, jouent, font du vélo... Parmi eux, on trouve Michele, le narrateur. Neuf ans, une petite soeur, Maria, qui le suit partout et un sens de la justice énorme. Michele qui ne supporte plus vraiment les gages que leur donne leur chef de bande, Rackam. Pour éviter à Barbara l'un d'eux, particulièrement pervers, il va prendre sa place. Une place qu'il mérite d'ailleurs, puisque c'est lui qui est arrivé dernier, vu qu'il a du aider sa sœur. Ce gage-là va changer toute sa vie. Il va découvrir, dans un trou, un enfant. Un gamin de son âge, prisonnier des monstres. 

On plonge directement dans cette plaine durant l'été 1978. Il flotte dans le roman un lourd parfum de nostalgie. Cela se voit dans les descriptions des décors, les champs de blé murs, l'étang secs, les rues poussiéreuses. Le narrateur est en fait un adulte nous racontant cet été-là, se remettant dans la peau de l'enfant qu'il était. On le sent vraiment. On sent aussi dès le départ la perte de l’innocence de Michele. Il a beau essayé de revivre tout cela avec des yeux d'enfants, il n'y arrive que très peu. Il faut dire que si le premier chapitre est joyeux, si l'on y découvre la vie de ce groupe d'enfants, tout bascule à la fin de celui-ci. La rencontre entre Michele et Filippo, l'enfant prisonnier, va faire entrer le narrateur dans un autre monde. Un monde où les monstres n'existent pas et où il doit se méfier des humains.

Si la nostalgie est bien présente, il en va de même pour la violence. Et cela dès le départ. On s'en rend vite compte avec les gages pervers de Rackam (un exemple ? La seule fille du groupe a dut montrer ses seins naissants ou encore, elle se voit menacer de devoir montrer son sexe), les corrections de la mère de Michele lorsqu'il arrive en retard, le grand frère de Rackam qui bat les gamins pour son bon plaisir et j'en passe... Et puis, l'horreur, ce gamin enferme dans un trou, trop faible physiquement pour essayer d'en sortir, devenu fou d'être dans le noir. Parce que la violence jusque là paraissait presque normalement à Michele, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'on pouvait faire bien pire. Et ce pire, il va vouloir le contrer. Michele, passée la peur de cet enfant dans son trou, va devenir ami avec lui, va essayer de lui rendre la vie plus joyeuse, va vouloir le sortir de là. Et en même temps, il a peur de se confronter à son père, aux autres adultes. Aux monstres. 

Mais comme pour Comme Dieu le veut, il y a beaucoup d'humanité dans le roman. Les adultes font ce qu'ils font pour leurs enfants. Le père de Michele, Pino souhaite offrir une vie meilleure à sa femme et ses enfants. Lui et sa femme veulent les sortir du hameau, pouvoir leur offrir ce qu'ils veulent. Ils aiment leurs enfants, réellement. Tout comme la plupart des autres parents, qui se retrouvent embarqués là-dedans sans vraiment trop comprendre finalement ce qu'il va réellement se passer. Même Sergio, le cerveau de l'histoire, a une petite part d'humanité. C'est un point fort chez l'auteur, que de montrer les faiblesses des monstres de cette manière, de mettre en évidence cette horreur face à l'innocence des enfants. On ne trouve pas que de l'horreur dans les récits de l'auteur italien, on y trouve aussi souvent des moments de grâce.

Je sors de ma lecture assez bouleversée comme pour le premier livre d'Ammaniti que j'ai pu lire. Cet auteur a le don de me faire passer par un certain nombre de sentiment plus ou moins contradictoire à chaque fois. C'est un livre très vivant, où les scènes de la vie ordinaire se mélange à l'horreur de ce que les adultes comptent faire. C'est beau et terrifiant à la fois. Au final Je n'ai pas peur est un beau roman.

" Arrête avec ces monstres , Michele. Les monstres existent pas. Les fantômes, les Loups-garous, les sorcières, rien que des conneries pour faire peur aux grands benêts comme toi. C'est des hommes que tu dois avoir peur, pas des monstres"

mardi 25 novembre 2014

Comme Dieu le veut, Niccolo Ammaniti

Comme Dieu le veut est, il me semble, le plus vieux livre de ma PAL. Trois ans à prendre la poussière sur son étagère, sans que je ne le touche. Je ne sais même pas pourquoi d'ailleurs. Sur le coup, j'étais enthousiasmée de le prendre et puis, c'est retombé. Et finalement, ma lecture a été plutôt bonne.

Comme Dieu le veut, Niccolo Ammaniti

Editeur : Le livre de poche
Collection : /
Année de parution : 2010
Titre en VO : Come Dia Comanda
Année de parution en VO : 2006
Nombre de pages : 544

A lire si :
- Vous voulez des personnages qui sortent de l'ordinaire
- Vous n'avez pas peur de plonger dans la misère Italienne

A ne pas lire si : 
- Vous voulez une histoire joyeuse
- Vous voulez suivre une seule personne

Présentation de l'éditeur: 

Rino Zena et son fils Cristiano vivent ensemble dans une plaine désolée. Les services sociaux menacent le père, chômeur alcoolique et nazi, de lui retirer la garde de ce fils qu'il éduque par la terreur, malgré l'amour viscéral qu'il lui porte. Accrochés l'un à l'autre, ils survivent dans une sorte de dignité dénaturée. Avec ses deux étranges amis, le père décide d'améliorer leur existence misérable en préparant un casse. Cette nuit-là, la pluie, les crues du fleuve et les torrents de boue balaient tout sur leur passage. De cette tempête apocalyptique et meurtrière émerge la figure lumineuse d'une jeune victime expiatoire, qui va changer à jamais le destin de chacun... Comme dieu le veut.
Ammaniti dépeint une Italie ravagée par la vulgarité et l'abrutissement consumériste. La férocité des exclus y explose de manière dévastatrice, mais la tendresse de l'auteur envers ses personnages paumés et déchus imprègne d'une troublante humanité ce grand roman où cohabitent horreur et humour désenchanté.

Mon avis :

Je ne sais pas pourquoi, surement à cause de la couverture, je voyais cette histoire se passait dans les années 50. Comme quoi les couvertures sont trompeuses, puisqu'elle se passe dans les années 2000, surement d'ailleurs 2005 ou 2006.

Dès le prologue, nous voilà embarqué chez la famille Zena, composé de Rino, le père, nazi, alcoolique, violent, chômeur (tout pour plaire quoi) et de Cristiano, le fils de treize ans. Et dès le prologue, nous comprenons rapidement que leur relation n'est pas de tout repos.  Le père élève le fils dans la violence, d'ailleurs, il lui colle un pistolet dans les mains pour aller tuer le chien qui lui casse les oreilles depuis le début de la nuit. Cette scène d'ouverture va donner le ton du livre, bienvenu dans l'italie des miséreux, des sortis du systèmes, des monstres.

L'histoire va se concentrer sur une petite semaine, deux jours avant la fameuse nuit où tout va basculer et quelques jours après. Une semaine particulièrement chargée que nous allons partager avec une galerie de personnages qui va permettre à l'auteur de dépeindre son Italie. Comme je le disais, il y a d'abord les Zena. Si j'ai d'abord eu beaucoup de mal avec le père, de part son comportement de parfait crétin facho et macho, j'ai fini par le prendre en pitié, tant sa vie est merdique mais surtout tant, malgré les coups et la violence, il aime son fils. Cristiano est par contre le personnage qui m'a le plus touché. Treize ans, une enfance volée par la violence de son père, une vision du monde trop proche de celle de son père (mais a-t-il le choix ?) et cette envie de vivre qui ne le quitte pas malgré les problèmes. Il est rare dans ce genre de roman que j'apprécie les enfants, mais là, Cristiano, il m'a touché, vraiment. Ensuite, il y a les amis du père. Danilo est devenu alcoolique après la mort de sa petite fille de trois ans. Il a tout perdu par la suite et rêve de retrouver Teresa, son ex-femme, en la comblant de cadeau, ce qu'il ne peut faire. C'est lui qui va avoir l'idée du casse. Quattro formaggi est ce que l'on pourrait appeler "l'idiot du village". Intellectuellement bas, boiteux, plein de TIC à cause d'un accident lorsqu'il était enfant, sa vie se limite à sa crèche et à Rino, qu'il idolâtre. Puis, il y a ceux qui gravitent autours d'eux ; l'assistant social (qui va coucher avec la femme de son meilleur ami), les élèves du collège de Cristiano, dont Fabianna, par qui tout va arriver, et bien d'autres qui nous ne ferrons finalement qu'effleurer. Tout ce petit monde va tantot nous émouvoir, tantot nous faire voir la misère et la violence. 

L'auteur va se servir de tout ce petit monde pour dénoncer la misère en Italie (et cela aurait finalement pu être ailleurs), la violence, l'alcool et tout le reste. Si ce qu'il va se passer le jour J est plus que terrible (je vous laisse découvrir), ce qu'il se passe avant et après l'est tout autant, voire même peut-être plus puisque c'est quotidien, presque banal. Nous allons voir les ravages de l'alcool, ceux que peuvent produire le cerveau humain, ceux des relations toxiques, que se soit relation filiale (les Zena) ou même les amitiés (Rino, Danilo et Quattro ou encore Fabianna, qui change complétement lorsqu'elle est avec sa meilleure amie Esméralda) et bien sur ceux de la misère humaine et sociale. 

J'ai été touché par le roman, par toute cette misère qui s'en écoule. Au départ, j'ai été attendri par les personnages, par les situations presque comiques qu'ils rencontraient. Et puis soudain, tout bascule, la noirceur prend le pas sur l'humour, le cynisme est là et surtout la dure réalité, la monstruosité des personnages, de la situation. A partir d'un certain moment, j'ai été prise d'une sorte de malaise envers certains personnages, envers l'histoire en elle-même. Et puis, j'ai espéré. Espéré pour Cristiano, trop jeune pour réellement comprendre ce qu'il se passe, trop impliqué pourtant dans l'évènement sordide, trop seul pour s'en sortir sans dommage. Mais y a-t-il réellement un espoir pour lui ?

Au final, je me demande encore pourquoi j'ai laissé le livre si longtemps dans ma PAL tant je l'ai apprécié. Si l'histoire est sordide et met mal à l'aise, elle n'en reste pas moins intéressante et les personnages la porte divinement.

Ne parle pas de liberté. Ils sont tous bons pour parler de liberté. Liberté par-ci, liberté par là. Ils en ont plein la bouche. Mais bon Dieu, t'en fais quoi de ta liberté ? Si t'as pas un rond, pas de boulot, t'as toute la liberté du monde mais tu sais pas quoi en faire. Tu pars. Et où tu vas ? E comment tu y vas ? Les clochards sont les plus libres de la terre et il crèvent congelés sur les bancs des parcs. La liberté est un mot qui sert seulement à baiser les gens. Tu sais combien de cons sont morts pour la liberté alors qu'ils savaient même pas ce que c'était ? Tu sais qui c'est, les seuls à l'avoir ? Les gens qui ont du pognons. Ceux-là oui...