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vendredi 10 août 2018

Les Tendres Plaintes, Yoko Ogawa

J'avais découvert Yoko Ogawa avec un recueil de nouvelle, la Mer, il y a quelques année de ça (2015 si j'en crois mon article dessus). J'avais depuis longtemps envie de la lire une nouvelle fois, mais sur quelque chose de plus long que des nouvelles. Il me semble que j'ai ce livre-là depuis 2016 dans la PAL mais, vous savez ce que c'est, j'ai trop de livres à lire. Et puis, je l'ai finalement sorti.

Les Tendres Plaintes, Yoko Ogawa

Editeur : Babel
Collection : /
Anné de parution : 2014
Titre en VO :Yasashii uttae
Année de parution en VO : 1996
Nombre de pages : 241

A lire si :
- vous aimez les romans lents
- vous aimez la poésie que l'on trouve dans la vie quotidienne

A ne pas lire si :
- Vous voulez du rapide
- Vous n'aimez pas les tranches de vie

Présentation de l'éditeur :

Blessée par l'infidélité de son mari, Ruriko décide de disparaître. Elle quitte Tokyo et se réfugie dans un chalet en pleine forêt où elle tente de retrouver sa sérénité. Ruriko est calligraphe. Non loin, dans un autre chalet, s'est installé Nitta, un ancien pianiste de renom devenu facteur de clavecins, un homme habité par un calme particulier qui semble absorber les sons des instruments qu'il fabrique. Bien qu'assisté chaque jour dans son ouvrage minutieux par une jeune femme prénommée Kaoru, il vit seul avec un vieux chien aveugle et sourd. Invitée en ces lieux par Kaoru, la calligraphe observe et s'interroge sur la relation du facteur et de son aide. Ainsi elle apprend que Nitta ne peut plus jouer en présence d'autrui, que seule persiste en lui la capacité de vivre avec des sons invisibles. Mais, un matin, la calligraphe surprend Nitta installé au clavecin jouant "Les Tendres Plaintes" pour Kaoru.

Mon avis

S'il y a bien une chose qui m'avait touché dans la Mer, le recueil où j'ai découvert l'écriture de l'autrice, c'était la poésie insufflée dans les nouvelles. Elle était partout, même là où on ne s'y attendait pas. J'espère beaucoup retrouvé cette poésie-là dans ce roman et ce fut le cas.

Ruriko quitte Tokyo et son mari, infidèle et violent, pour le chalet de son enfance. Elle ne sait pas vraiment pourquoi elle est partie là, elle aurait très bien pu aller ailleurs. Mais c'était comme un appel. Là-bas, elle essaie de se reconstruire un peu. Elle va rencontrer Nitta, un facteur de clavecin et son aide, Kaoru. Petit à petit, elle va entrer dans leur monde, les découvrant et se découvrant elle-même. 

Je vous avoue ne pas trop savoir par quoi commencer pour parler du roman. Pendant une partie de celui-ci (avant mon départ en vacances en fait, je pense que j'avais besoin d'une coupure pour le reprendre comme il faut), je me suis demandée où l'autrice voulait en venir. J'aimais suivre Ruriko dans sa vie au chalet, sa découverte des deux facteurs de clavecins, voir les paysages qui l'entourent mais je n'arrivais pas à voir la finalité du roman. C'était assez étrange à lire. Beau, poétique à souhait, avec une narratrice qui n'en fait pas des tonnes, qui pose ses sentiments comme des notes sur une partition de musique dont elle ne sait trop quoi faire. J'aimais mais ce n'était pas tout à fait ça. Alors j'ai posé le livre et j'ai attendu une semaine pour le reprendre. Je crois que j'ai eu bien fait.

IL faut attendre presque la moitié du roman pour comprendre ce que l'autrice voulait dire. Pour comprendre les personnages, Ruriko la première. En fait, pendant la première partie, le lecteur se retrouve aussi perdue qu'elle. Que va-t-elle devenir, maintenant qu'elle a tout quitté ? Que va-t-il se passer pour elle ? Son cheminement n'est pas simple mais de la femme perdue du début, on commence à entrevoir une autre femme, qui s'exprime un peu plus. Il en va de même pour les deux autres personnages dont on connait le nom (à part Ruriko, Nitta et Kaoru, les autres n'ont jamais de noms)(c'est fait exprès, je pense, pour nous rapprocher d'eux, ne pas avoir de "parasites" autours, les couper du monde du roman en fait). Petit à petit, on découvre les blessures de ces trois-là, puis la manière qu'ils ont d'aller plus loin que ça, de se remettre en mouvement. Ce n'est pas parfait mais ça reste très humain. On peut être brisé, il y aura toujours une personne pour nous recoller, pour nous consoler, nous aider. Un beau message rempli d'optimisme que j'ai apprécié lire.

On ajoute à ses personnages des décors magnifiques, la forêt qui prend une place importante, la nature elle-même. Et puis, la poésie de l'autrice qui ne quitte pas les pages du livre. Certains passages sont particulièrement beaux, et ce ne sont pas forcément ceux que j'aurais cru (la construction des clavecins, leur description sont particulièrement belles par exemple). La musique, même si on ne l'attend pas, est bien présente dans tout le roman. Elle fait partie de lui, de la poésie qu'il dégage. Il en va de même pour la nature où des scènes importantes se passent. Tout cela fait partie du roman, y apporte une touche presque magique.

Et puis, il y a aussi le dépaysement. Tout est forcément très japonais dans le roman. Assez pour se sentir voyager en suivant les pas de Ruriko dans cette nouvelle vie. J'apprécie beaucoup quand ça arrive, quand je me sens un peu perdu dans un roman parce que la culture n'est pas la même que la notre. Ici, elle se ressent forcément par les attitudes des personnages, par les lieux, les décors. Que l'histoire ne se passe pas dans une grande ville japonaise y aide forcément beaucoup (moins occidentalisé, la campagne japonaise me semble plus encline à nous faire découvrir le japon comme on peut se l'imaginer)(ceci n'est que mon avis mais je n'ai pas retrouvé ça dans les livres que j'ai pu lire se passant à Tokyo par exemple).

J'avoue ne pas dire grand chose au final du roman en lui-même, des histoires qui se jouent dedans, mais même si effectivement elles sont importantes, si elles me parlent beaucoup, ce n'est pas ce que j'ai le plus retenu des Tendres Plaintes (qui porte définitivement bien son nom). En fait, tout est lié dedans, les histoires, la poésie, le décors, à tel point qu'on en ressort avec une impression d'un grand tout à la fois mélancolique et plein d'espoir. C'est juste beau. 

Pour finir, une petite vidéo avec la musique dont le livre tire son nom, les Tendres Plaintes de Rameau. Ca lui va terriblement bien.

samedi 5 décembre 2015

Les Brumes de l'Apparences, Frederic Deghelt

J'ai craqué il y a quelques temps sur la magnifique couverture de ce livre. La quatrième de couverture n'étant pas trop mal, je l'ai pris. Il m'a par contre fallu un moment pour l'ouvrir et j'ai pris mon temps pour le lire.

Les Brumes de l'Apparences, Frederic Deghelt

Editeur : Babel
Collection :/
Année de parution : 2015
nombre de pages : 380

A lire si :
- Vous aimez les histoires d'introspection
- Vous voulez un peu d'ésotérisme aussi
- Vous aimez les longs monologues

A ne pas lire si :
- Vous voulez beaucoup d'action

Présentation de l'éditeur

À l'occasion d'un héritage, une Parisienne dont la vie bourgeoise ne souffre aucune remise en question se révèle médium, à l'aube de ses quarante ans. Cette faculté, d'abord violemment refusée, va bouleverser sa vie et l'obliger à reconsidérer son existence

Mon avis

Gabrielle, bientôt quarante ans, a tout de ce que l'on peut s'imaginer de la Parisienne. Elle est marié à un chirurgien esthétique, travaille dans la communication, créer les évènements à la mode de la capitale, se plait dans sa ville et y disparait dedans quand bon lui chante. Elle ne croit en rien si ce n'est au travail. Et puis un jour, elle se retrouve héritière d'une propriété dans le centre de la France. Alors qu'elle part dans l'intention de la vendre aussitôt vu, elle va découvrir qu'elle possède des pouvoirs de médiums, comme le reste de sa famille maternelle, que l'endroit est hanté et que finalement sa vie n'est pas si géniale que ça. Commence alors pour elle une belle remise en question.

Nous suivons donc Gabrielle, narratrice, tout le long du roman. Dès les premiers pages, on découvre une femme assez matérialiste mais surtout qui réfléchit sur tout et n'importe quoi. Elle nous présente sa vie bien tranquille, la même que des milliers de gens, avec son mari et son fils de dix-huit ans. Gabrielle, c'est vous, c'est moi. Une femme normale, comme les autres. Pire une citadine qui n'aime pas la campagne, ne sait pas quoi y faire et s'y ennuie vite. Et puis, voilà qu'elle se découvre être une médium, comme sa tante et sa grand-mère. Si au début, elle refuse cet héritage en bloc, tout comme elle refuse la propriété, elle va bien devoir, petit à petit, se faire à ce don et surtout prendre en compte les changements qu'il implique dans sa vie.

Si le roman et les changements dans la vie de Gabrielle tourne autour de son don de médium, il ne s'agit finalement que d'un prétexte. L'histoire est avant tout celle d'une femme qui se découvre afin. Gabrielle va petit à petit comprendre que celle qu'elle est jusque là est en fait celle que les autres voient. C'est un parcours redoutable dans la pensée de cette femme qui se voit soudain devenir une autre, celle qu'elle est réellement. Le cheminement est long, souvent douloureux aussi. Il faut dire que sa métamorphose se fait finalement assez rapidement, et que les personnes autours d'elle, pour la plupart, vont la prendre pour une folle, jusqu'à son mari, qui ne veut pas perdre la femme qu'il s'est façonné. Heureusement pour elle, d'autres personnes vont la voir comme elle est, Jean-Pierre, l'agent immobilier qu'elle rencontre au tout début de l'aventure, Richard, un autre médium, ou même Eva, sa collaboratrice. Elle-même va se perdre un peu en chemin, forcément. 

Je dois avouer que le cheminement de Gabrielle m'a beaucoup mais alors beaucoup plu. Rien n'est simple pour elle, elle se découvre une famille, un don et surtout elle se voit tout remettre en question. Une crise de la quarantaine puissance X. Suivre le cheminement de Gabrielle est particulier, elle pense beaucoup, se perd souvent et puis des fois, elle nous sort de la psychologie de comptoir dont on se serait bien passé (heureusement ça n'arrive pas souvent).

J'ai pris plaisir à lire les mots de Frédérique Deghelt. Elle les choisit avec soin, nous entraine dans un texte assez poétique et doux finalement. Elle surfe aussi sur la pleine conscience, ce qui n'est pas pour me déplaire en ce moment. Du coup, Gabrielle n'est pas forcément la seule à réfléchir sur sa vie. Le lecteur aussi se prend au jeu (je me suis prise au jeu quoi).

Au final, j'ai beaucoup aimé ce livre, l'histoire peut paraitre lente (il n'y a pas beaucoup d'action, les personnages soliloques régulièrement et les quelques dialogues sont souvent de très longs monologues)(oui, ça peut faire penser à du Virginia Woolf dit comme ça, et finalement, on en est pas si loin, en fait), mais l'aventure vaut plus que le coup d'être lu. C'est beau, très poétique et assez dans l'air du temps. Bref, une très belle découverte.

samedi 26 septembre 2015

La Mer, Yoko Ogawa

Je n'ai pas lu d'auteur japonais depuis 2014. Disons que jusque là, je n'avais pas trouvé grand chose de bien inspirant. Les japonais ont une littérature plus particulière, je dirais, par rapport aux occidentaux. C'est souvent très étrange à lire mais aussi souvent très beau. Suffit de trouver le bon livre, le bon auteur (ce qui n'avait pas été le cas avec Love and Pop par exemple et qui a fait que je n'ai donc pas lu de roman japonais depuis). Peut-être que Yoga Ogawa va me réconciler avec les livres japonais autre que les mangas.

La Mer, Yoko Ogawa

Editeur : Babel
Collection :
Année de parution : 2013
Titre en VO : (海 Umi
Année de parution en VO : 2006
Nombre de pages : 147

A lire si :
- Vous aimez les nouvelles
- Vous voulez des histoires poétiques

A ne pas lire si :
- Vous voulez des textes longs
- Vous voulez des histoires terre à terre ou carrément fantastique


Présentation de l'éditeur :

Un enfant révèle l'existence d'un instrument de musique unique au monde.
Dans un bureau de dactylographie, une employée s'attache à la portée symbolique des caractères de plomb de sa machine.
Avec discrétion, un jeune garçon se mêle au groupe qui ce jour-là visite sa région. Dans l'autocar, un vieux monsieur très élégant s'intéresse à l'enfant. Cet homme est un ancien poète...
Une petite fille devenue muette retrouve sa voix devant la féerie d'une envolée de poussins multicolores...
Un recueil de nouvelles poétiques et tendres dans lequel le lecteur retrouve l'univers rêveur de Yoko Ogawa, cette proximité entre les différentes générations ; ces héritages spirituels soudainement transmis à un inconnu et ces êtres délicats qui libèrent les souvenirs effacés en offrant un coquillage, une aile de libellule, une mue de papillon...

Mon avis

J'avoue avoir été attiré au départ par le titre du recueil (la mer, mon grand amour), mais surtout par sa couverture, aux couleurs si douce et à l'étrangeté poétique. Ce genre de couverture me plait énormement et comme bien souvent, je finis par attraper le bouquin sans même me demander si ce qu'il contient. J'avoue que souvent, ça pose problème, les découvertes ne sont pas forcément à la hauteur. Mais souvent mon gout pour une couverture est récompensé par l'intérieur du livre. Est-ce le cas ici ? Nous allons voir.

Comme toujours, on commence avec les nouvelles et mes avis dessus

La Mer
La première nouvelle nous amène à la suite d'un jeune homme rencontrant pour la première fois sa belle-famille. La rencontre est assez "tendue" comme peut l'être toute première rencontre avec sa belle-famille, on ne sait pas trop quoi dire, on se sent un peu trop guindé. Heureusement, la grand-mère est là pour détendre un peu tout ça lors du repas. Et puis, vient le soir, et le voilà qui doit dormir avec le frère cadet de son amie. Et là, une espèce de magie s'opère lorsque le garçon lui parle d'un certain instrument de musique unique au monde. Nous avons du coup dans cette nouvelle une bonne partie de quotidien que nous avons presque tous déjà rencontré mélangé à une poésie subtile, un petti truc un peu étrange qui met de la couleur et de la bonne humeur dans l'histoire. C'est beau et simple à la fois.

Vienne
Cette fois, c'est une jeune femme que nous suivons. Elle a enfin pu se payer ce voyage à Vienne dont elle rêve et elle compte bien en profiter. Mais c'est sans compté sur Kotoko, la vieille dame qui partage sa chambre d'hotel et qui est là pour retrouver un amour perdu. Kotoko va entrainer la narratrice dans la maison de retraite où son amour se meurt. Ici aussi, nous sommes en pleine poésie, même si l'histoire au final, est plutôt triste. Triste mais en même temps pleine d'espoir, je ne serais trop expliquée pourquoi sans dévoiler la fin de la nouvelle

Le bureau de dactylographie japonaise Butterfly
Dans cette nouvelle, la narratrice vient d'être embauchée dans un bureau de dactylographie japonaise du nom de Butterfly. Elle y tape des comptes rendus scientifiques. Un jour, l'un des caractères se casse et elle va alors faire la rencontrer du gardien des caractères. L'homme voue un amour au divers caractères qui rapidement intrigue la narratrice. C'est une nouvelle fois une nouvelle très poétique, qui vante l'amour des mots. Mais il y a aussi une touche d'érotisme dans la nouvelle qu'on n'a pas encore rencontré dans le recueil. D'ailleurs, la fin est particulière ambigüe.

Le crochet argenté
Cette nouvelle, et la suivante, sont les plus courtes du recueil. Seulement deux ou trois pages. Dans le crochet argenté, la narratrice se souvient de sa grand-mère alors qu'elle regarde une vieille femme crochetée dans le train. C'est une nouvelle sur le souvenir, très jolie bien que courte.

Boites de pastilles
L'autre courte nouvelle du recueil. Cette fois, c'est un chauffeur de bus scolaire que nous suivons. L'homme ne sait pas trop comment se débrouiller avec les enfants, surtout s'ils pleurent, pourtant, sa méthode est particulièrement efficace. C'est malheureusement la nouvelle qui m'a le moins plu.

Le camion de Poussin
Le camion de poussin est la nouvelle la plus longue et aussi celle que j'ai préféré. On y découvre un monsieur qui vient d'aménager dans sa nouvelle chambre chez une veuve. Elle a pris sous son aile sa petite fille, une fillette qui ne parle plus depuis la mort de sa mère. Petit à petit, une étrange amitié va naître entre les deux tout ça grâce au passage d'un camion de poussins multicolores. C'est à nouveau une très belle nouvelle, toujours aussi poétique. L'amitié entre l'homme et la fillette est terriblement touchante. Et puis, la fin est juste merveilleuse.

La guide
Cette fois, le narrateur est un jeune garçon d'une dizaine d'année. Il se voit obligé d'accompagner sa mère, guide, dans l'une de ses excursions parce qu'elle a peur de le laisser seul. Il fait la connaissance d'un vieux monsieur avec qui il va passer la journée. Encore une fois, c'est une histoire d'amitié qui va naitre entre les deux, en plus de cela, il y a aussi la relation mère-enfant, particulièrement touchante en fait. C'est une nouvelle très optimiste je trouve.

Au final, le recueil m'a vraiment beaucoup plu. Il y a dedans cette étrangeté que l'on ne trouve que dans les écrits orientaux, ce mélange de poésie et de quotidien, d'optimisme teinté de passéisme. Bref, c'est beau, c'est super bien écrit, très fluide. Le seul défaut que je trouverais serait parfois la fin des nouvelles, tellement étrange par rapport au reste et parfois à la première lecture, qui ne semble pas raccord.



mercredi 17 septembre 2014

Bord de Mer, Véronique Olmi

Bord de Mer est resté un moment dans ma PAL, parce que j'avais un peu peur de le lire. Il m'avait était recommandé par ma libraire, avec un avertissement, ne pas le lire le soir, avant de dormir. Je ne l'ai pas écouté. J'aurais du, j'avoue

Bord de Mer, Véronique Olmi

Editeur : Babel
Collection : /
Année de parution : 203
Nombre de pages : 128

A lire si :
- Vous voulez une écriture proche du langage courant
- Vous voulez une histoire triste

A ne pas lire si :
- Vous ètes déjà déprimé
- Vous ne voulez pas voir la misère

Présentation de l'éditeur : 

Elle vit seule avec ses deux petits garçons et pour la première fois les emmène en vacances. Cette escapade doit être une fête, elle le veut, elle le dit, elle essaie de le dire.
Ensemble ils vont donc prendre le car, en pleine nuit, sous la pluie. Les enfants sont inquiets : partir en période scolaire, partir en pleine semaine, partir en hiver à la mer les dérange. Mais demain tout ira bien, demain ils seront heureux. Demain il fera beau et ils verront la mer. 
Dans une langue âpre, empreinte de poésie, de tendresse et de révolte, Véronique Olmi compose une histoire simple et bouleversante. Car ce roman est un véritable cri - dérangeant, terrifiant, déchirant.

Mon avis : 

Ma libraire, parce que je lis Despentes, était persuadée que je pourrais livre ce livre, que j'avais les "tripes" pour le faire. Elle m'avait prévenue dès la première fois où elle m'avait parlé de Bord de Mer. Il est dur, ce livre. Très dur. Et puis surtout il ne faut pas le lire ni quand ça ne va pas, ni le soir juste avant de dormir. Forte de ses conseils qui résonnaient dans ma tête le dimanche après-midi lorsque j'ai pris le livre dans l'étagère dédiée à la PAL, je me suis lancée. Sauf que j'ai oublié le dernier et j'ai donc fini le livre hier soir, avant de dormir...

L'écriture de Véronique Olmi porte l'histoire. Celle d'une femme en souffrance, vivant dans la misère, perdue. C'est cette femme qui nous parle, avec ses mots à elle, ses expressions, ses défauts de langage. On plonge direct dans sa vie, sans en savoir plus sur elle. Elle monte dans un car, avec ses deux enfants et direction une ville côtière. On ne sait ni d'où elle part, ni où elle va. On reste dans le flou à ce niveau. Elle va nous raconter deux jours (peut-être plus, peut-être moins, ici aussi nous sommes dans le flou), deux jours qu'elle espère bon, beau et heureux, pour elle, pour Stan et pour Kevin. 

Au fur et à mesure, nous allons découvrir cette femme, ses angoisses, sa misère. Véronique Olmi n'a pas choisi une femme ordinaire pour son histoire. Elle a choisi une mère célibataire, dépressive, mal dans sa peau et dans son époque. Une femme qui semble avoir tout contre elle. Peut-être trop d'ailleurs. Je dois dire que j'ai souvent eu l'impression de tomber dans un misérabilisme un peu trop forcé. Rien ne va pour elle, vraiment rien. Et surtout, j'ai eu aussi cette impression qu'elle ne fait rien pour arranger les choses. Je sais bien qu'à un moment donné, dans une vie, cela peut-être dur, je sais aussi que certaines personnes (et pas que des femmes) finissent par tout laisser tomber et se replient sur elles-mêmes. Mais là, c'était un peu trop pour moi. Peut-être parce que je préférerais fermer les yeux sur tout cela ? Ou peut-être parce qu'à notre époque, cela existe trop et que les médias s'emparent trop facilement de ce genre d'histoire ? Je ne sais pas. En tout cas, je pense que ce que cherchait à faire Véronique Olmi avec ce personnage là a fonctionné sur moi. Je ne suis pas sortie indifférente de ma lecture, loin de là même. Elle m'a dérangée, m'a perturbée. La misère humaine me touche, encore plus lorsque des enfants se trouvent à devoir la subir. Surement parce que je suis mère.

Et c'est surement parce que justement je suis mère que j'ai été bouleversé par le livre. Malgré son misérabilisme trop présent. Le sort de cette mère perdue m'a touché, son angoisse aurait pu un jour être la mienne. Malgré tout ce qu'elle traverse, malgré le fait qu'elle abandonne petit à petit, il reste toujours son amour pour ses enfants, même lorsque ceux-ci se font durs avec elle, même lorsqu'ils l'énervent. Attention spoiler à partir de là. Et bien que j'ai vu venir la fin très rapidement, bien que je me suis doutée du geste qu'elle allait finir par faire, bien que je désapprouve totalement le dit geste, j'ai compris cette femme et pourquoi elle avait fait tout cela. Fin du spoiler.

Au final, j'ai été dérangé par ma lecture, trop criante de vérité peut-être. J'avoue que je ne conseillerais pas cette lecture à qui a l'âme sensible, parce qu'elle est dure. Bord de Mer est un bon livre, un de ces livres qui ouvrent les yeux sur certains aspects de la vie. Je ne pourrais que redonner les conseils de ma libraire sur ce livre, ne pas le lire lorsqu'on déprime et surtout pas avant de se coucher. Malgré une lecture plus divertissante juste après, j'ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil cette nuit, tant l'image de la fin m'a hanté.