vendredi 1 août 2014

Anthologie Lancelot, Collectif

Je suis récemment tombée sur la couverture de Lancelot, anthologie pour Zone France et j'avoue qu'elle m'a légèrement tapé dans l’œil. Comme cela faisait longtemps que je ne m'étais pas plongé dans les légendes Arthurienne, je me suis dis pourquoi pas. En plus, je connais mal Lancelot, lui préférant Arthur ou Perceval.

Anthologie Lancelot, Collectif

Editeur : ActuSF
Collection : Les trois souhaits
Année de parution : 2014
Format : epub

A lire si :
- Vous aimez les nouvelles
- Vous voulez vous plonger dans l'histoire de Lancelot
- Vous voulez du mythique mais pas que

A ne pas lire si:
- Vous n'aimez pas du tout Lancelot
- Vous ne voulez que de la légende Arthurienne, sans remaniement

Présentation de l'éditeur :

L'anthologie du Festival Zone Franche 2014.
Lancelot est le plus grand des chevaliers de la Table ronde mais aussi celui dont le destin est le plus tragique lorsqu’il trahit Arthur, son roi, en tombant amoureux de Guenièvre.
Loyal, pur et traître, il ne cesse de nous interroger depuis des siècles, se réinventant à chaque époque.
Neuf auteurs confirmés de l’imaginaire se sont emparés de sa figure pour lui inventer de nouvelles aventures, donnant un éclairage nouveau à ce personnage résolument moderne. Neuf éclats de son âme. Et un peu de la nôtre.


Mon avis :

Comme je le disais, Lancelot n'est pas forcément le chevalier de la Table Ronde que j'apprécie le plus. Je le vois toujours "trop". Trop preux, trop bon, trop gentils, trop fort, trop traitre... Il faut dire qu'il n'a pas toujours le beau rôle, il est le traitre, le destructeur. Pourtant, Lancelot a une histoire complexe, qui peut donner lieu à multiples interprétations lorsqu'on sort des sentiers battus. C'est ce que vont faire les auteurs de cette anthologie. Ils vont reprendre le mythe et le réécrire à leur manière, donnant, du moins pour moi, plus de profondeur et de nuances au personnage.

Le Donjon Noir, Nathalie Dau 
Commençons l'anthologie par une auteure que j'apprécie beaucoup beaucoup. On le sait, j'aime Nathalie Dau, j'aime son écriture, j'aime ce qu'elle fait. Rien que pour elle, j'aurais pris l'anthologie (et aussi pour Jeanne-A Debat, Anne Fakhouri, Franck Ferric). Dans le Donjon Noir, Guenièvre est la fille de Vivian, elle est donc une fée et surtout elle est particulièrement volage. Lancelot a été kidnappé par Vivian après que Merlin ait donné Guenièvre à Arthur, comme une vengeance. Elle l'envoie à Camelot pour protéger sa fille. Mais comme nous le savons tous, il va tomber amoureux d'elle. La nouvelle ouvre de manière vraiment bonne l'anthologie, nous offrant dès le départ un aperçu du monde d'en dessous, celui des fées et surtout montrant que la relation entre les deux amants est bien plus complexe que ce qu'on pourrait penser. L'influence des fées se fait plus présente que dans le mythe Arthurien et personnellement, cette version-là me plait beaucoup. L'écriture de Nathalie Dau, toujours aussi belle et poétique, m'a tout autant enchanté que son histoire et sa réécriture de la légende.

Lancelot-Dragon, Fabien Clavel
Ici, Lancelot a été banni de Camelot. Il parcourt les routes, sans vraiment savoir où il va. Banni, rejeté, notre héros n'en mêne pas bien large. Il va se retrouver alors confronter à la quête du Graal, alors qu'il cherche juste à disparaitre. Nous retrouvons dans cette nouvelle un peu plus l'aspect chrétien de la recherche du Graal, mais il est confronté aussi à l'aspect païen de la religion. Lancelot va nous apparaitre alors abattu, vraiment plus sombre. Il va douter, va tomber plus bas aussi pour finalement nous montrer ses plus grandes faiblesses. Lancelot-Dragon est une nouvelle qui parle de chute mais aussi de rédemption. Elle est, je trouve, particulièrement efficace et vraiment bien écrite. Et je dois dire que je préfère ce genre de Lancelot-là à celui plus "pur" que l'on peut connaitre.

Le meilleur d'entre eux, Lionel Davoust
Lancelot revient de Jérusalem, les mains vides. Le royaume va mal, très mal, entre maladie et guerre, les gueux sont proches de la révolte. Dans cette nouvelle, Arthur est au courant pour Lancelot et Guenièvre. D'ailleurs, ils les laissent faire, les comprend. Cette nouvelle est assez loin du mythe et de l'aspect religieux de celui-ci. Les chevaliers savent que la quête est plus importante que le Graal lui-même, elle entretient l'espoir. Mais voilà, tout s'étiole, la quête n’intéresse plus, la Table Ronde est sur le point de disparaitre. Lancelot sait comment remédier à tout cela, quitte à tout perdre. Je dois dire que j'ai beaucoup aimé toute la nouvelle, la façon dont elle est écrite, mais surtout ce qu'elle véhicule, la manière dont elle montre ce que la foi peut pousser à faire pour garder l'unité dans un groupe, un royaume. Elle remet aussi Lancelot à sa place, au centre de l'histoire de la Table Ronde. Au final, c'est une nouvelle vraiment très intéressante et elle fait partie de celles que j'ai préféré dans l'anthologie.

Le Vœu d'Oubli, Armand Cabasson
Cette fois, nous retrouvons le chevalier après avoir été banni. Il s'est plongé dans les eaux de la rivière Léthé pour oublier. Il va alors parcourir le monde, se faisant main armée pour qui veut de lui. Trois règles régissent à présent sa vie, il ne doit pas revenir en Angleterre, ne doit pas ne plus être chevalier et surtout il ne doit pas se souvenir. Mais voilà que tout semble vouloir le ramener en sa patrie et surtout que tout semble vouloir faire en sorte qu'il se souvienne de sa vie passée. La nouvelle nous montre donc Lancelot guerrier qui cherche à lutter contre lui-même au final. Quoiqu'il fasse, même en ayant oublier, il reste le Lancelot de la cour de Camelot. C'est un texte entrainant et très intéressant de part son sujet. Malheureusement, je le trouve trop court, l'idée est bonne mais il lui manque quelque chose.

Je crois que Chevalerie y sera, Anne Fakhouri
J'avais déjà lu une nouvelle de l'auteure dans l'anthologie Reine et Dragon. J'avais beaucoup aimé son style et je dois dire qu'ici aussi il a fait mouche avec moi. Cette fois, nous suivons le chevalier Gauvain à la recherche de Lancelot. D'ailleurs, Lancelot n'apparaitra pas dans cette histoire, du moins pas physiquement. C'est un texte dense, il couvre à lui seul une bonne partie de la vie de Lancelot, revécu par Gauvain, Hector, Lionel et Bohort. La nouvelle nous montre comment ils voyent Lancelot, mais aussi comment Lancelot se voit lui-même et autant dire que la différence entre ses deux visions est énorme. C'est aussi un texte qui nous montre comment le mythe existe par le regard des autres, par leurs rêves, plus précisément celui des enfants. Au final, c'est une nouvelle surprenante, très bonne et profonde aussi, l'un de mes préférés.

La Tête qui Crachait des Dragons, Thomas Geha
Cette fois, nous voilà entrainer dans un royaume de Logres fantastique, ravagé par les Dragons. Une fois de plus, Lancelot n'est pas vraiment le héros de la nouvelle, il s'agit de Lohengrin, le fils de Perceval. Celui-ci est mandé par Arthur pour retrouver Lancelot, seul à pouvoir libéré Albion des Dragons. La nouvelle nous entraine dans un monde dur, fantasy avec une grande partie d'onirisme. Le texte nous propose une réflexion sur le pouvoir de l'esprit, la folie, le tout avec une belle écriture et une aventure pleine de rebondissement. Un seul regret pour cette nouvelle, elle est peut-être un peu trop courte.

Les Gens de Pierres, Franck Ferric
Voilà un petit moment que je n'avais rien lu de Franck Ferric. Dans sa nouvelle, il nous parle du temps après la bataille de Camlann, et donc après qu'Arthur, quasiment mort, soit amené à Avalon. Le royaume n'est plus ce qu'il était, les chevaliers ne sont plus que cinq et leurs âmes quasi morte. En parallèle, il va nous conter la légende de la Dame de Shalott. A savoir que suivant les versions du mythe, Elaine de Shalott est amoureuse de Lancelot sans que cet amour soit réciproque et que dans d'autres, elle est la mère de Galaad qu'elle eut avec Lancelot après s'être fait passé pour Guenièvre (il semblerait pourtant que les deux Elaine soient bien différentes l'une de l'autre). Ici, l'auteur a préféré la version où la jeune femme est enfermé dans un tour avec pour seul moyen de voir l'extérieur un miroir. Miroir dans lequel elle regarde Camelot et plus particulièrement Lancelot. La nouvelle se compose donc de courts chapitres, alternant la vie d'Elaine dans sa tour et celles des chevaliers à Camelot. Je ne sais pas si j'ai bien tout compris de la nouvelle et de sa forme. Pour moi, les passages à Camelot ne sont finalement que ce qu'Elaine voit dans le miroir. Pourtant, j'aurais cru que vu par elle, les chevaliers ne seraient pas si aigris, épuisés par la vie qui continue tant bien que mal. Du coup, je me pose vraiment la question. C'est un texte finalement très bon, mais dans lequel on peut avoir du mal à entrer.

Lance, Jeanne-A Debats
Quel plaisir de retrouver une nouvelle fois ce mois-ci, Navarre, le vampire de Jeanne A-Debats. Cette fois, nous voici en 1936. Navarre doit récupérer Lancelot en Avalon car seul lui peut tenir la Lance du Destin, seule capable de tuer le Dragon réveillé par les Nazis. Autant dire que la rencontre entre l'être le plus pur existant au monde et notre cher vampire n'est pas des plus reposantes. Encore moins lorsqu'ils doivent sauver la fille d'un juif, peuple pas vraiment apprécié ni par l'un ni par l'autre. Bref, une aventure une nouvelle fois jubilatoire de Navarre. J'ai beaucoup apprécié la manière dont Lancelot est traité ici. On le voit d'abord de la manière "normale", chevalier éblouissant, galant etc... Or, petit à petit, on découvre un homme carrément à côté de la plaque, puisque plus dans son temps, limite raciste, encombrant pour Navarre et finalement pas si chevaleresque que ça. Du coup, le côté chevalier en prend un grand coup, surtout quand Navarre va découvrir certaines choses sur les aventures de Lancelot. Et au final, le chevalier va se révéler ne pas être celui que l'on pense. Le tout est servi, comme toujours avec les aventures de Navarre, par de l'humour, de l'action, pas mal de cynisme aussi et une écriture qui me plait toujours autant.

Pourquoi dans les Grands Bois, Aimé-je à m'égarer, Karim Berrouka
La dernière nouvelle de l'anthologie sort de ce qu'on a pu lire jusque là par son ton humoristique. Karin Berrouka la place dans l'univers de son livre Fée, Weed et Guillotines, dont il fait d'ailleurs la pub en plein milieu de la nouvelle. L'équipe de la BCE part enquêter sur un massacre en forêt bretonne commis apparemment par un vieil ermite avec une épée. Il s''avère qu'il s'agit ni plus ni moins de Lancelot, qui vit là depuis un moment en quête de tranquillité. Tranquillité que vient régulièrement troublé Gauvain, qui lui en veut pas mal à tel point qu'il cherche à le tuer. La nouvelle en elle-même est amusante, bien qu'elle cache une réflexion qui l'est un peu moins sur la force d'un amour trop grand. L'humour y est présent du début à la fin. Seul problème pour moi, les personnages principaux, à savoir les simples humains de la BCE m'ont semblé trop loin du personnage de Lancelot. Et au final, ce sont vraiment les monologues du chevalier puis le combat, autant verbal que physique entre Lancelot et Gauvain qui m'ont le plus plu. Pourtant, cela n'a pas gâché mon plaisir de découvrir Karim Berrouka et surtout a attisé mon envie de lire son livre, dont le titre m'intrigue depuis déjà un moment.

Enfin, l'anthologie se termine avec un Postface de Lucie Chenu. Attention, ceci est un vrai postface, un de ceux qu'il vaut mieux lire à la fin si on ne veut pas perdre l'essence des nouvelles. Il permet de faire la liaison entre les différents thèmes des nouvelles, mais aussi de les remettre pour certaines dans le contexte des légendes arthuriennes (comme pour la nouvelle de Franck Ferric où elle explique l'importance des Elaine dans la vie du chevalier.

Pour conclure le tout, je dois bien dire qu'après cette lecture, ma vision de Lancelot a un peu changé. Je le trouve toujours "trop" mais déjà un peu plus humain et finalement drôlement complexe et humain. Bref, Lancelot est une anthologie vraiment très bonne, bien foutue et agréable à lire.

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