lundi 26 juin 2017

Mémoires d'une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir

A trente et un ans, je me lance enfin pour lire du Simone de Beauvoir. Je voulais découvrir la femme par ses écrits. Et quoi de mieux pour ce début de découverte que les mémoires de ses jeunes années ?

Mémoires d'une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir

Editeur : Folio
Collection : /
Année de parution : 2008
Nombre de pages : 473

A lire si :
- Vous voulez découvrir Simone de Beauvoir
- Vous aimez les autobiographies

A ne pas lire si :
- Vous aimez quand il y a beaucoup de dialogue

Présentation de l'éditeur : 

Je rêvais d'être ma propre cause et ma propre fin ; je pensais à présent que la littérature me permettrait de réaliser ce vœu. Elle m'assurerait une immortalité qui compenserait l'éternité perdue ; il n'y avait plus de Dieu pour m'aimer, mais je brûlerais dans des millions de cœurs. En écrivant une œuvre nourrrie de mon histoire, je me créerais moi-même à neuf et je justifierais mon existence. En même temps, je servirais l'humanité : quel plus beau cadeau lui faire que des livres ? Je m'intéressais à la fois à moi et aux autres ; j'acceptais mon "incarnation" mais je ne voulais pas renoncer à l'universel : ce projet conciliait tout ; il flattait toutes les aspirations qui s'étaient développées en moi au cours de ces quinze années.

Mon avis

Simone de Beauvoir est particulièrement connue pour son engagement féministe, sa vie avec Sartre et bien sûr son oeuvre littéraire et philosophique. Mais si je connais tout cela (enfin pas vraiment son oeuvre puisque je n'avais pour l'instant rien lu d'elle), elle restait pour moi un mystère. Alors pour la connaitre, j'ai voulu commencé non par un de ses romans mais par ses premières mémoires. Parce qu'elle en a écrit d'autres. Mémoires d'une jeune fille rangée relate sa vie de sa naissance à la fin de ses études, soit jusqu'à ses vingt et un ans.

Il est souvent compliqué de donner son avis sur des mémoires. Soit on apprécie le personnage soit pas du tout. L'auteur se livre,  livre ses souvenirs, parfois les enjolive, parfois pas. C'est un exercice difficile pour lui mais aussi finalement pour le lecteur. On se demande ce qui est vrai, ce qui a pu être ajouté par la suite, si les souvenirs sont exacts. On cherche l'auteur au moment de l'écriture avec ses idées plus mûres, avec le contexte de l'époque d'écriture. J'aime les autobiographie personnellement pour tout cela. Non pour découvrir la vérité sur certaines années de l'auteur, mais pour voir comment il se souvient de tout cela, comment plus tard, il se voit.

Il y a dans ce livre beaucoup de la Simone de Beauvoir plus âgée, dans la manière dont elle écrit, dont elle voit les choses, dont elle se revoit. Au lieu d'une succession de faits et gestes, marquant ou non, elle part d'une chose, parfois anodine, pour développer sa pensée. Ici, nous ne connaîtrons pas complètement son enfance, son adolescence. Nous ne suivrons pas ses pas, du moins pas tous. Et c'est assez appréciable de la voir porter son jugement d'adulte sur l'enfant qu'elle a été. Sans parler du fait que je préfère largement lire ses interrogations que ce qu'elle a pu faire.

Surtout que de part sa formation de philosophe, elle s'interroge beaucoup sur pas mal d’événements de sa vie. Sans parler du fait qu'elle a toujours cherché sa vérité sur la vie. La jeune Simone, ses interrogations, la manière dont elle voit le monde, tout cela est vraiment passionnant. J'ai aimé voir comment elle a construit sa pensée, au fur et à mesure des années, des rencontres aussi. J'ai adoré son amitié avec Zaza, la distance et en même temps le rapprochement suivant les époques de leur vie. J'ai aimé voir la jeune Simone un peu trop élitiste quant à ses amitiés, voire juste quant aux gens qu'elle croise. Elle m'a souvent rappelé une autre personne (moi-même en fait) qui se jugeait supérieure aux autres parce qu'elle se passionnait pour la littérature et des questionnements plus métaphysiques que les jeunes de son âge. Je crois d'ailleurs que c'est cela que j'ai le plus aimé en cette Simone de Beauvoir jeune. Une certaine ressemblance avec celle que j'ai été, sans aller dire en même temps que je suis comme elle. J'ai aimé retrouvé les mêmes problèmes chez elle que chez moi à l'adolescence, cette quête d'une vie qui mérite d'être vécu et n'ont pas subie. Et c'est amusant de se dire que quelques 80 ans plus tôt, les préoccupations de la jeunesse n'était pas si loin des nôtres.

Pour finir, parlons un peu de la Simone de Beauvoir féministe qui commence à voir le jour dans ses lignes. Elle, fille de la bourgeoisie dont le seul rôle semble être de faire un bon mariage (arrangé de préférence), se révolte contre tout cela. Elle veut être l'égale des hommes. A une époque où cela n'est pas si simple, elle va pourtant essayer et même parfois y arriver. Et même si elle ne met alors pas le mot, on sent la féministe en elle. Son féminisme se construit petit à petit parfois par à coup. Elle le voit alors comme une lutte contre ses parents, contre sa classe sociale, contre une vie qui ne lui rapporte rien. En fait rien ne la prédestiné à être la féministe que l'on connait. Des parents bourgeois, une mère pratiquante et parfaitement soumise à son mari, qui inculque à ses filles la même éducation qu'elle a pu avoir, une famille où l'homme est toujours vu comme le supérieur. Ce sera surement les paroles de son père, qui lui disait qu'elle avait un cerveau d'homme, qui la menera dans cette quête de l'égalité hommes-femmes.

Au final, je sors de ma lecture avec une grande opinion de la jeune Simone de Beauvoir et de l'autrice qu'elle est devenue. J'ai adoré son écriture, sa manière de voir les choses, de se revoir aussi, sans en faire forcément trop. Elle livre son enfance sans trop l'enjoliver, voire même en étant très critique sur elle-même. Cette première approche de Beauvoir a été un plaisir et je compte bien la lire encore et encore (j'ai le choix, des romans, d'autres mémoires...). 




vendredi 23 juin 2017

Thé entre amies, Gourmandises, épisode 1, Jessy K. Hyde

Vous le savez, je lis peu de romance. Mais celle-ci avec son format sériel, son univers victorien, sa jolie couverture m'attirait quand même. De la romance F/F (première fois d'ailleurs pour moi), du thé, du victorien et même une petite touche de steampunk, ça pouvait me plaire, nous sommes d'accord. Est-ce que c'est le cas ? C'est ce que nous allons voir.

Thé entre amies, Gourmandises, épisode 1, Jessy K. Hyde

Editeur : Pandorica
Collection : /
Année de parution : 2017
Format : AZW

A lire si :
- Vous voulez de la romance F/F victorienne
- Vous aimez le thé !
- Vous voulez une romance qui ne fait pas de la romance pour de la romance

A ne pas lire si :
- Vous n'aimez pas le format sériel

Présentation de l'éditeur :

Depuis son mariage, Émilie Tréval est une épouse modèle et une femme aimante, soucieuse de plaire à son mari et le satisfaire... mais cela ne suffit pas, il ne lui témoigne aucune passion.
Elle va faire la connaissance de la sulfureuse Alba, qui va rapidement combler le vide affectif d’Émilie et lui faire découvrir amour et plaisir inédits. Dans un Londres alternatif, industriel et victorien, l’heure du thé se fait gourmande et sensuelle.

Mon avis

Je l'avoue, jusque là, je ne voulais pas lire de romance homosexuelle. Pas parce que justement elles le sont, mais plutôt à cause du bon gros stéréotype. Je suis plus que pour les romances F/F ou M/M mais il faut que ce soit bien fait et pas que ça tombe comme un gros cheveux sur la soupe. Alors forcément, je vais souvent à reculons dans ce genre de lecture. Et même si de prime abord, celle-ci devait me plaire, ben, je suis partie à reculons quand même. On ne se refait pas. Et puis en fait, j'ai vite faire demi-tour pour me plonger dedans.

Pourtant, dès le premier paragraphe, je fut conquise. L'écriture est pleine de détails, agréable. On découvre notre héroïne, Emilie Tréval, vingt quatre ans, quelques soucis dut à son mariage et son envie de le faire repartir du bon pied et si possible dans le lit conjugal. Une héroïne qui ressemble assez aux autres héroïnes de romance finalement, douce, peu sûre d'elle quand à ses sentiments (enfin pas tous). Alors qu'elle veut faire une surprise à son époux en l'attendant sur le quai de la gare, elle va rencontrer Alba de Guise, duchesse de son état, qui lui fait grande impression. Lorsque la duchesse l'invite à venir boire le thé chez elle, Emilie accepte, sans se douter qu'elle va en apprendre bien plus sur être femme que ce qu'elle ne pense. La duchesse de Guise s'est mise en tête d'aider Emilie après avoir vu sur le visage de celle-ci la tristesse que lui confère son statut d'épouse délaissée. Elle décide donc de faire l'éducation sexuelle de la jeune fille, du moins si celle-ci accepte. Une proposition qui ne déplaît pas à Emilie malgré de nombreux doutes. C'est ainsi que la jeune femme va découvrir le plaisir qu'elle peut avoir sans forcément passer par un homme.

Les deux personnages principaux sont intéressants bien que pour l'instant nous n'en savons pas grand chose sur la duchesse de Guise (si ce n'est qu'elle est remariée et que sa réputation est apparemment sulfureuse). Nous nous concentrons plus sur Emilie et sa découverte du plaisir. Quant aux maris, de l'une et de l'autre, nous ne les voyons que fort peu. Nous restons vraiment sur les deux femmes. Après, je trouve que leur relation va un peu vite. Mais le format sériel de quatre épisodes se lisant en à peine plus d'une heure y est pour beaucoup. Et étrangement, moins qui apprécie la lenteur dans les relations, je dois bien avouer que là, cette rapidité ne me gêne pas (justement parce que c'est un format sériel court). Et puis, malgré la rapidité, c'est bien fait.

J'ai parlé déjà de l'écriture de l'autrice, je vais en reparler. L'environnement victorien de la série empêche certaines choses que l'on peut retrouver dans la romance plus contemporaine et ici il se retrouve parfaitement respecté. Pas de vulgarité mal placé, pas de descriptions crue. Tout est dans le détail, la retenue aussi. Les descriptions, nombreuses, sont agréables à lire (le parc à côté de la gare par exemple). Tous les sens sont à l'appel, rendant le tout très vivant. De plus, les scènes plus érotiques du livre sont plus dans la suggestion, dans le ressenti une fois de plus. Ce n'est pas crue, ce n'est pas ultra imagée. Non, il y a beaucoup de place pour l'imagination de lecteur. C'est vachement agréable, je dois dire.

Autre chose d'agréable dans ce premier épisode et qui je suppose restera dans les trois autres, ce sont les thèmes assez féministes. Alba ne va pas apprendre à Emilie le plaisir sans son consentement. Elle le répétera d'ailleurs souvent, elle dirige mais c'est Emilie qui commande. Un non est un non, pas un oui déguisé. Quelque chose que certain auteur de romance (pas que d'ailleurs) devrait prendre en compte, pas mal d'homme aussi d'ailleurs... Si c'est le principal thème sur lequel je m'attarderais, sachez qu'il y en a d'autre, tout aussi intéressant. Mais je vous laisse les découvrir.

Pour finir, ce premier épisode m'a donc beaucoup plu. Il est agréable à lire, explicite sans trop l'être non plus, avec une touche féministe qui me plait beaucoup. Je vais lire les trois autres épisodes durant l'été (petit plaisir estival donc) du coup (oui, le premier date d'avril et les autres sont déjà sortis, je suis donc en retard). Bref, de la romance érotique agréable et pas niaise, dans un beau décors, que demander de plus ?

lundi 19 juin 2017

Rêver, Franck Thilliez

Ce roman, ça fait un moment qu'il est dans ma PAL numérique. A tel point que j'ai interdit les collègues de travail d'en parler jusqu'à ce que je le lise, soit bien six mois si ce n'est plus après eux. Mais enfin, ils vont pouvoir le faire !

Rêver, Franck Thilliez

Editeur : 12/21
Collection : /
Année de parution : 2016
Format : AWZ

A lire si : 
- Vous voulez une héroine atypique
- Vous aimez Thilliez
- Vous aimez les romans où la chronologie n'ait pas respecté

A ne pas lire si :
- Vous voulez du linéaire
- Vous voulez être très très surpris

Présentation de l'éditeur : 

Abigaël souffre d'une narcolepsie sévère qui lui fait parfois confondre la réalité avec ses reflets chimériques. De nombreux mystères planent autour de la jeune psychologue, notamment concernant un accident dont elle est miraculeusement sortie indemne.

Mon avis

De Franck Thilliez, je n'avais lu jusque là que deux romans, avec Sharko et Lucie. J'avais beaucoup aimé et le lire sans ses personnages fétiches me disait bien. Sans parler du fait que les collègues m'avaient parlé de la chronologie non linéaire et que le thème du rêve m'inspirait vachement. 

Et pour tout dire, il commence plutôt pas mal, ce Rêver. Une héroïne psychologue et narcoleptique, un kidnappeur d'enfants dont on ne sait rien, des gendarmes sur la brèche... On démarre en plus de cela sur les chapeaux de roue avec ce qui doit être un passage de la fin de l'aventure avant de revenir un peu plus tôt et enfin de lire le tout début. 

J'apprécie beaucoup les livres à la chronologie non linéaire parce que souvent, ils surprennent. J'aime avoir un élément sans trop comprendre d'où il sort sur le coup et puis le remettre à sa place. Une petite gymnastique de l'esprit super intéressante la plupart du temps. Et là, au début, du moins, c'est super motivant. On découvre Abigaël, sa maladie, l'enquête sans trop en savoir plus. On découvre le tout petit à petit. Sauf qu'on en découvre peut-être un peu trop dès le début. C'est comme ça qu'à moins d'un tiers du début, je comprenais rapidement ce qu'allait donné l'enquête personnelle d'Abigaël mais aussi l'enquête officielle, dites Merveille 51. C'est quelque chose d'un peu dommage que le livre soit du coup prévisible. Parce qu'en découvrant trop rapidement certains éléments de l'histoire, le lecteur devient un peu moins réceptif. Ce qui fut mon cas pour ce roman. Du moment où j'ai compris ce qui allait se passer, j'ai pris un certain recul avec le livre et un peu moins de plaisir. 

Sans parler du fait que je suis la seule sur les quatre collègues de boulot à l'avoir lu à avoir vu tout cela. Je pense que je suis déçue parce que justement, eux ont été surpris. Après, ma longue expérience livresque entre aussi en jeux. Je sais que la plupart du temps dans les thrillers et policiers l'antagoniste apparaît très rapidement (chez Agatha Christie par exemple, il est généralement là dès le premier chapitre). Ici, ça ne loupe pas, ils apparaissent très tôt et on les remarque très facilement. Et ça m'a beaucoup ennuyée donc. 

Pourtant, même si j'avais compris qui étaient les antagonistes et une bonne partie du déroulement de l'histoire, j'ai dévoré le livre grâce à une Abigaël qui sombre vers la folie doucement. Alors, ce n'est pas ultra original chez l'auteur (Sharko et Henebelle en sont le meilleur exemple) mais perso, j'aime bien ces personnages. Surtout que là, c'est plutôt bien foutue et qu'on comprend petit à petit pourquoi elle parait si désorientée au tout début (qui finalement est presque la fin). Un traitement intéressant mettant en scène la narcolepsie de manière à ce qu'elle explique une bonne partie des choses mais pas tout. La maladie de la psychologue est présente, devient même un personnage à part entière mais surtout n'est pas là gratuitement dans le roman. Elle entre réellement en compte dans les enquêtes, tout comme son traitement. Mais je n'en dirais pas plus, sinon je vais spoiler (bon par contre, on comprend assez rapidement que le Propydol va avoir une bonne place dans le roman). 

Et comme je parle des personnages, j'avais envie de râler un petit peu. Si Abigaël, en tant que personnage principal, est bien foutue, ce n'est pas le cas des autres personnages. Je suis assez déçue de voir que Frédéric, gendarme et compagnon de la jeune femme, n'est pas plus présent, idem pour Freddy, le kidnappeur qu'on ne verra que très peu sous ses traits là et qui en plus de ça fait tout cela pour des raisons quelque peu triviale (et surtout bien stéréotypées pour le coup). Aucun autre personnage n'a l'importance d'Abigaël alors qu'au final, même si elle est le PP, les autres ne sont pas là juste pour la déco non plus. C'est un défaut que je trouve souvent dans les thrillers et il est dommage que Thilliez soit tombé dedans.

Au final donc, une héroïne sympathique mais qui n'arrive pas à être mise en valeur par l'histoire. Pire, une histoire qui devait être mise en valeur par sa chronologie non linéaire et qui ne l'est pas tant le lecteur devine trop de chose dès le début (je suis persuadée qu'avec un déroulement linéaire, j'aurais été bien plus surprise). Bref, un roman qui avait tout pour plaire et qui retombe un peu comme un soufflé. C'est bien dommage, les thèmes étaient plus que sympathiques et les enquêtes interessantes. Bref, un rendez-vous pas tout à fait manquer tout de même avec Thilliez et ce Rêver.

lundi 12 juin 2017

Where the Eagle Cry, Les Foulards Rouges, saison 3 épisode 7, Cécile Duquenne

J'ai fini cet ultime épisode ce matin. Et j'ai déjà averti Cécile Duquenne que c'était vraiment pas cool de me faire pleurer de bon matin. Je n'aime pas dire adieu à des univers que j'aime autant. C'est pas sa faute. 

Where the Eagle Cry, Les Foulards Rouges, saison 3 épisode 7, Cécile Duquenne

Editeur : Bragelonne
Collection : Snark
Année de parution : 2017
format : epub


A lire si : 
- Vous avez lu et aimé la première et la seconde saisons
- Vous voulez une série qui mélange les genres avec bonheur

A ne pas lire si :
-... (toujours pas trouvé pourquoi il ne faudrait pas les lires, les Foulards Rouges)
- Par contre, si vous n'avez pas lu les deux premières saisons, autant éviter (tout comme de lire mes avis d'ailleurs)

Présentation de l'éditeur :

Découvrez la fin de l’incroyable périple de Lara et Renaud dans la troisième et ultime saison des Foulards Rouges ! Une épopée qui vous emmène loin, très loin par-delà les étoiles, et qui mêle magie, uchronie, steampunk, mystère et amour avec brio.

Mon avis

Purée que je n'aime pas les fins. Mais vraiment pas. Les Foulards Rouges, c'est une aventure qui a débuté pour le lecteur le 19 février 2014. Déjà. Depuis, nous avons eu trois saisons qui dépotent toutes graves, des aventures, des rires, des larmes, des personnages qu'on avait vraiment envie de suivre tous les mois. Pour son autrice, ça a débuté bien plus tôt, logique, et je suppose qu'elle est un peu dans le même état que le lecteur. Triste et en même temps super heureux. Parce que là, trois heures après avoir lu la dernière partie, je suis juste triste et heureuse. 

Je ne sais pas trop comment continuer mon avis. J'ai envie de parler de ces trois ans de Foulards Rouges, de l'attente des épisodes ou des extraits que l'autrice nous donner parfois sur Twitter, de l’excitation qui ne quittait pas ma lecture, de cette impression que les Foulards Rouges faisaient presque partie de la famille. Il est rare de ressentir ça pour un "simple" bouquin, pour des personnages de papier. Pourtant ça arrive, quelque fois. Et les Foulards Rouges font parti de ces romans qui marquent. 

Mais imaginez tout de même. En février 2014, on découvrait Lara Carax, son caractère de cochon et sa vie sur Bagne. On découvrait aussi Bagne par la même occasion, planète aride où rien ne pousse. Petit à petit, au fil des épisodes, la quête de liberté de la jeune femme et de Renaud, ainsi que des autres Foulards. On les a suivi dans leur évasion, puis sur Terre et enfin de retour à Bagne. On a tremblé avec eux, on s'est posé pas mal de question, on a été soulagé parfois. Bref, trois ans à vivre des émotions avec eux, cela laisse forcément une trace.

Et nous en arrivons à la fin. Une fin que je ne voulais pas forcément tant j'étais bien avec eux. Mais une fin nécessaire. Une fin surprenante aussi dans un sens. Alors que Cécile a maltraité ses personnages durant trois saisons, elle finit par leur offrir leur liberté. Enfin. Mais cela ne se fait pas dans la douceur. Les premiers couinements de ma part sont arrivés rapidement, avec la découverte du prix à payer pour avoir gagné. Un prix dur, mais nécessaire. Après tout, nous n'allions tout de même pas avoir un Happy End merveilleux, cela ne serait pas aller avec le reste. Et puis l'autrice répond à pas mal de question que l'on a pu se poser durant les trois saisons. Et enfin, la fin, la vraie. Celle qui m'a fait venir les larmes. Je vous dirais pas, mais elle va si bien aux Foulards Rouges cette fin. Mais vraiment. 

Alors voilà. Sur des touches un peu plus gaies que les fins des deux premières saisons, nous achevons notre voyage sur Bagne. Pas de cliffhanger de la mort qui tue (qu'est-ce que j'ai pu râlé pendant trois ans avec ça), pas de grosses batailles (du moins pas au sens combat avec mort et sang, parce que finalement, c'est une bataille que nous offre cet ultime épisode). Mais une liberté trouvée et toutes les questions, les difficultés que cela implique. Une belle fin pour les Foulards Rouges donc, mais aussi une manière de ne pas fermer la porte de l'univers. Qui sait, peut-être que Cécile Duquenne reviendra à Bagne pour nous parler de cette libération ou peut-être même sur Terre.

Pour conclure, un petit mot à Cécile Duquenne. Merci. L'aventure a été géniale et j'ai été plus que ravie de la suivre. 

dimanche 11 juin 2017

Alliances, La Roue du Temps, Tome 16, Robert Jordan

Voilà un an et plus que je n'ai pas lu de tome de la Roue du Temps. Autant dire que ma relecture du cycle va me prendre des années. Mais finalement j'aime bien aussi. Surtout quand je me rends compte que Bragelonne et moi, nous en sommes au même point (le tome ayant été publié l'année dernière). Ce qui veut dire que je ne vais pas pouvoir augmenter mon rythme de lecture pour la série mais que je devrais arriver à ne pas trop attendre pour avoir les derniers tomes qu'il me manquent !

/!\ Comme toujours, ça va spoiler à tout va.

Alliances, La Roue du Temps, Tome 16, Robert Jordan

Editeur : France Loisir
Collection : Fantasy
Année de parution : 2009
Titre en VO : The Wheel of Time, book 08: The Path of Daggers
Année de parution en VO : 1998
Nombre de pages : 566

A lire si :
-Vous avez aimé les premiers tomes
- Vous voulez du mystère, des complots, de la magie...

A ne pas lire si
- Vous ne voulez pas de livre initiatique
- Vous n'aimez pas que les personnages soient dispersés dans le monde

Présentation de l'éditeur : 

Egwene tente de renforcer son emprise sur le siège de l'Amyrlin mais elle ne se doute pas du prix à payer. De son côté, alors qu'il doit préparer une bataille contre les Seanchan, Rand al'Thor lutte pour ne pas devenir fou : la voix de Lews Therin résonne de nouveau dans sa tête...

Mon avis

/!\ Comme toujours, ça va spoiler à tout va.

Je ne ramerais pas trop aujourd'hui sur le découpage des tomes. Disons que pour une fois, il m'arrange, je n'ai presque pas vu Perrin, mais pas du tout Mat non plus. Alliances se concentrent sur Egwene et les Aes Sedai rebelles ainsi que sur Rand avec un chapitre sur Perrin (un seul, je suis aux anges). Commençons comme toujours par un petit résume.

On commence avec Egwene et les rebelles de Salidar. La jeune femme a fort à faire. Personne ne la prend au sérieux dans son rôle et Lelaine et Romanda compte bien la faire danser au son de leur propre musique. Pas de chance pour elles, Egwene n'a plus grand chose de l'adolescente un peu naïve du début. Entre son passage chez les Sagettes et les conseils de Siuan et ceux de Bryne, elle a tout d'une grande Amyrlin. Du moins, si personne ne découvre ses plans avant. Pour cela, elle va devoir sceller quelques alliances de plus et surtout prouver aux Aes Sedai qu'elle est bel et bien leur Amyrlin. Pendant ce temps, Rand doit faire face aux nobles dissidents mais surtout aux Seancheans. Comme toujours, il part un peu bille en tête, amenant ses ennemis avec lui pour vaincre les envahisseurs. S'il doit faire face à quelques difficultés avec les nobles, ce n'est rien face au saidin qui fait des siennes. Encore pendant ce temps, après avoir utilisé la Coupe des Vents, Elayne, Nyneave et les autres se rendent à Caemlyn afin que la fille héritière récupère son trône...

Alliances est un demi-tome assez compliqué à suivre tant il y a de personnages. Heureusement, ils gravitent tous autour de quelqu'uns de nos héros et on réussit à se souvenir à peu près de qui et qui (et cela même au milieu ou à la fin du bouquin d'ailleurs). Divisé entre trois groupes, nous allons suivre un peu les conséquences qu'à pu avoir l'usage de la Coupe des Vents.

Le roman se partage aussi en deux entre la création d'Alliances (pas toujours bonnes d'ailleurs) et l'action. Côté Egwene, on avance comme on peut. L'utilisation de la Coupe des Vents a réussi, la neige est bien là. La lenteur du trajet vers la Tour Blanche va permettre à notre Amyrlin de se préparer un peu mieux et surtout de mettre à mal celles qui voudraient la mettre en laisse. Je dois avouer que j'adore cette Egwene-là. Elle est capable de se montrer aussi féroce que peut l'être Rand ou que l'était Moiraine. Egwene est pour moi l'un des personnages qui grandit le plus rapide et qui le fait bien. Elle sait qui elle est, tout elle vient et ce qu'elle veut. Elle est peut-être là par le fruit du hasard mais elle ne compte pas se laisser marcher sur les pieds. J'aime cette jeune femme qui combat avec ses propres armes et n'hésite pas à se mettre dans des situations périlleuses pour le bien de tous. En fait, elle devient petit à petit le pendant féminin de Rand, entourée par un nid de guêpes dont elle doit se sortir comme elle le peut, le tout sans la folie du jeune homme et avec des méthodes un peu moins expéditives (et encore).

En parlant de folie et de Rand, on trouve dans ce tome le retour de Lews Therin et un Rand pas loin de plonger. Le saidin fait un peu n'importe quoi et lui avec. J'apprécie Rand généralement, mais quand il est comme ça, j'ai juste envie de lui mettre des baffes. Il faut dire que Jordan en fait souvent le parfait petit con. En même temps, je serais persuadée de devenir folle, j'aurais des ennemis de tous côtés, je crois que je finirais par réagir comme lui. En tout cas, il continue dans la démesure pendant un bon moment, et bien qu'il semble être particulièrement sur de lui face aux autres, ce n'est plus du tout le cas. Les faiblesses de Rand, ce qui le rend humain, reviennent en force. S'il le cache à son entourage, Jordan ne nous le cache pas à nous lecteur. Et du coup, Rand redevient soudainement bien plus sympathique.

Par contre une qui l'est un peu moins, c'est Elayne. Souvent je me retrouve à adorer un personnage dans un tome et à ne pas pouvoir le voir en peinture dans un autre. C'est le cas pour la demoiselle. C'est bien dommage vu qu'on a quelques chapitres avec elle, Nynaeve, Aviendha et Brigitte. Or, ils sont centrés sur Elayne et sur son envie de rependre son trône. Alors qu'elle est entouré d'une groupe de femme disparates et surtout prêt à se déchiqueter, elle ne pense qu'à elle. Dommage, vu qu'il se passe tout de même deux trois choses qui mériterait un peu plus de considération. Comme la mort d'Adelaes qui semble presque normale sur le coup (une mort qui prendra petit à petit son importance mais dans le tome suivant), ou encore le fait que des femmes de la famille avoue qu'elles sont des novices en fuite (depuis trois cent ans quand même pour l'une d'elle). Je sais que rien n'est anodin chez Jordan, mais j'aurais préféré qu'il se concentre moins sur Elayne dans ces moments-là.

Pour finir, Alliances est donc un demi-tome en demi-teinte pour moi. Chose de sûre, il porte bien son nom et les pions se déplacent petit à petit sur le grand échiquier du monde. Si nous n'en sommes pas encore à la Dernière Bataille, nous nous en approchons dangereusement et tout le monde doit être sûr de ceux qui les entourent. Les Alliances se font et se défont au grès du temps. J'ai parfois eu l'impression d'avancer bien moins vite dans ce tome que dans le précédent (ce qui pourtant n'est pas le cas, loin de là). Il n'était pas celui dont je me souvenais le plus et ne le sera toujours pas.

mardi 6 juin 2017

Bioshock : Rapture, John Shirley

Avant toute chose, sachez que je n'ai jamais joué à Bioshock. Du coup, je me suis aventurée dans cette lecture sans rien savoir. Juste parce que le livre fait partie du mois du Cuivre et que la couverture très art nouveau me plaisait beaucoup. Et cette lecture m'a plu et m'a donné envie de jouer au jeu. (il est sortit en 2007 et je n'ai pas la moindre idée de s'il tourne sous mac, faudra que je regarde ça de plus près).

Bioshock : Rapture, John Shirley

Editeur : Bragelonne
Collection : Le Mois du Cuivre
Année de parution : 2016
Titre en VO : Bioshock : Rapture
Année de parution en VO : 2011
Format : AZW

A lire si :
- Vous aimez les utopies qui tournent mal
- Vous n'avez pas peur de vous perdre entre personnages et les dates
- Vous voulez un huis-clos

A ne pas lire si :
- Vous voulez de la romance
- Vous voulez du tout beau tout propre
- Vous avez du mal avec le côté un peu trop documentaire

Présentation de l'éditeur : 

C’était la fin de la seconde guerre mondiale. Le New Deal du président Roosevelt avait redéfini la politique américaine. Les impôts avaient atteint un pic sans précédent. Les bombardements de Hiroshima et Nagasaki avaient créé la peur de l’annihilation totale. La montée d’agences gouvernementales secrètes avait rendu la population méfiante. Le sentiment de liberté des États-Unis s’était étiolé… Et nombreux étaient ceux qui voulaient retrouver cette liberté. Parmi eux, un grand rêveur, un immigré qui s’était élevé des plus profonds abysses de la pauvreté pour devenir l’un des hommes les plus riches et les plus admirés au monde. Cet homme s’appelait Andrew Ryan, et il avait la conviction que les grands hommes méritaient ce qu’il y avait de mieux. Alors il se mit en quête de l’impossible, une utopie libre de tout gouvernement, de toute censure, de toute restriction morale sur la science, où ce qu’on donnait on le recevait en retour. Il a créé Rapture, la lumineuse cité sous les mers. Mais l’utopie a été frappée d’une terrible tragédie. Voici comment tout a commencé… et tout a fini.

Mon avis

Comme dit en introduction, je ne suis pas du tout au courant de l'histoire de Bioshock, le jeu. Je partais donc totalement "vierge" de toute information, me demandant un peu ce que cela allait donner. Bon, après lecture, je me suis tout de même renseignée, et il s'avère que le livre se situe donc avant le jeu.

On se retrouve en fin de seconde guerre mondiale. Les USA ont largués les bombes atomique sur le japon, les populations ont peur, sont méfiantes. C'est avec un climat de plus en plus tendu qu'il faut vivre. Or, cela, Andrew Ryan ne le veut pas. Il a un rêve, créer une cité sous la mer où aucune règle ne viendrait ternir sa vision du monde. Une utopie fantastique pour qui veut évoluer dans la vie. Ce qu'aurait du être les USA avant le New Deal de Roosevelt. Ainsi va donc naître l'héroïne du roman, la ville de Rapture, dont nous allons connaitre l'histoire à travers quelques personnages, Ryan, Bill, Sullivan, Fontaine et d'autres.

Car la ville est bel et bien l'héroïne du livre, bien plus que les personnages qui la peuplent.  Mais parlons d'eux avant de parler d'elle. Le panel couvert par l'auteur est assez hétéroclite bien que principalement masculin. Oui, j'aurais voulu que les femmes ait de plus grand rôle, mais je ne peux pas tout avoir, n'est-ce pas ? Bref, des personnages nombreux et qui ne se ressemblent pas vraiment. On retrouve Ryan, richissime entrepreneur qui va donner naissance à Rapture, en faire une utopie secrète. Bill, employé de Ryan, confident aussi qui petit à petit va se rendre compte du désastre qui s'annonce, Fontaine, le "méchant" de l'histoire, Brigid Tenenbaum, scientifique ayant travaillé avec les nazis (et certainement pour moi le personnage qui aurait mérité plus de concidération), Sullivan, chef de la sécurité... Tous vont permettre de voir Rapture sous ses divers visages, et autant dire que ce n'est pas toujours très beau.

Si la ville se présente comme une utopie parfaite au départ, il s'avère qu'elle ne va pas le rester longtemps. Le fait qu'il n'y ait pas de règles pour réguler le marché ou la science va faire perdre la tête à plus d'un. Rapidement, les plus pauvres deviennent encore plus pauvres tandis que les plus riches s'enrichissent encore plus. Là où tout le monde aurait du avoir sa chance, le fossé se creuse de plus en plus. Et forcément quand les inégalités sont là, les contestations aussi. Entre un Ryan qui ne veut surtout pas modifier sa belle utopie malgré le désastre qui arrive, un Fontaine qui profite de tout cela pour prendre la ville de force, des scientifiques à l'esprit tordu, une psy communiste, plus personne ne sait vraiment qui suivre. Et rien ne s'arrange lorsque Fontaine aider par Tenenbaum et un autre scientifique inventent les plasmisdes, des produits capable de donner des pouvoirs surhumains aux hommes.

Je dois bien dire que j'ai adoré voir la ville descendre petit à petit dans les Enfers. C'est plutôt bien fait, surtout qu'on découvre les points de vue de personnages moins importants dans l'histoire mais qui éclaire un peu mieux la dite descente. Voir la belle utopie vouait à l'échec n'est pas nouveau mais je trouve ici que c'est plutôt bien fait, bien que pour moi, il reste quelques points noirs (parce que je n'ai pas joué au jeu ?). D'ailleurs, parfois, j'aurais voulu un peu plus de mystère et moins de fait annoncer froidement. C'est quelque chose que je reproche un peu à l'auteur, pas assez de sentiment. IL est parfois trop "documentaire". Pourtant, l'histoire de la création et de la chute de Rapture aurait surement pu être conté d'une manière plus romanesque (et je ne parle pas de romance ou que sais-je d'autre, juste un peu plus de sentiments, de n'importe quel sentiment). IL n'en reste pas moins que l’enchaînement des événements, qui courent sur plusieurs années est bien foutu et qu'on suit la chute de la cité sans le moindre problème. 

Finalement, ce Rapture a été une bien bonne découverte. J'ai vraiment apprécié le livre qui se lit bien et pousse à réfléchir sur quelques petites choses, comme la morale scientifique, le monde des affaires et surtout la place de l'homme dans son environnement et ce qu'il se passe quand il se prend pour un Dieu. Bref, passionnant, instructif aussi. Tout ce que j'apprécie dans un bouquin. Sans parler de l'esthétisme très rétro-futur, art nouveau de la ville qui transparait dans la couverture mais aussi dans les descriptions de Rapture. Quel dommage qu'il me parait si court (pourtant, il est dense comme roman) et qu'il manque un peu trop de sentiment. 

dimanche 4 juin 2017

Mr Gwyn, Alessandro Baricco

Baricco me manquait. Du coup, je n'ai pas tiré au sort pour ma nouvelle lecture comme je peux le faire souvent, et j'ai pris le premier Baricco qui me tombait sous la main. C'est tombé sur Mr Gwyn.

Mr Gwyn, Alessandro Baricco

Editeur : Folio
Collection ; /
Année de parution : 2015
titre en VO : Mr Gwyn
Année de parution en Vo : 2011
Nombre de pages : 215

A lire si :
- Vous aimez les personnages un peu spéciaux
- Vous aimez les tranches de vies

A ne pas lire si :
- Vous avez du mal avec la grossophobie 
- Vous espérez lire les portraits que dresse Gwyn

Présentation de l'éditeur :

Romancier britannique dans la fleur de l'âge, Jasper Gwyn a à son actif trois romans qui lui ont valu un honnête succès public et critique. Pourtant, il publie dans The Guardian un article dans lequel il dresse la liste des cinquante-deux choses qu'il ne fera plus, la dernière étant : écrire un roman. Son agent, Tom Bruce Shepperd, prend cette déclaration pour une provocation, mais, lorsqu'il appelle l'écrivain, il comprend que ça n'en est pas une : Gwyn est tout à fait déterminé. 
Simplement, il ne sait pas ce qu'il va faire ensuite. Au terme d'une année sabbatique, il a trouvé : il veut réaliser des portraits, à la façon d'un peintre, mais des portraits écrits qui ne soient pas de banales descriptions. Dans ce but, il cherche un atelier, soigne la lumière, l'ambiance sonore et le décor, puis il se met en quête de modèles. C'est le début d'une expérience hors norme qui mettra l'écrivain repenti à rude épreuve. Qu'est-ce qu'un artiste ? s'interroge Alessandro Baricco, dans ce roman intrigant, brillant et formidablement élégant.
Pour répondre à cette question, il nous invite à suivre le parcours de son Mr Gwyn, mi-jeu sophistiqué mi-aventure cocasse. Et, s'il nous livre la clé du mystère Gwyn, l'issue sera naturellement inattendue.

Mon avis

Mr Gwyn est un personnage un peu particulier. Un matin, le voilà qui décide qu'il n'écrira plus. Et pour sceller ce pacte avec lui-même, il publie un article des choses qu'il ne fera plus jamais. La dernière, c'est donc écrire des romans. Une décision qui consterne son agent et quelques lecteurs. A partir de là, Jasper Gwyn pense qu'il va pouvoir commencer une nouvelle vie. Il s'en va pendant quelques temps avant de revenir sur Londres et au détour d'une conversation, de décider qu'il sera un copiste. Il va copier les gens. Faire leur portrait par écrit.

L'idée de départ est interessante et le déroulement du roman tout autant. Nous allons suivre Gwyn a la découverte de son nouveau métier, découvrir l'homme étrange qu'il est. En même temps, Baricco en profite pour écrire au sujet de l'écrivain, cet étrange personne, et plus particulièrement au final de l'artiste. Il fait ça avec toute la poésie que je lui connais. Cette partie-là du roman, qui finalement l'occupe tout entier est vraiment passionnante. J'ai réellement ressentie ce qui peut à un moment où un autre faire un artiste, un écrivain. Il n'y a pas à dire, Baricco aime son métier et le lui rend bien. Encore plus lorsqu'on se rend compte que les portraits qu'écrit Gwyn, et que nous ne lirons pas (sauf peut-être dans Trois Fois dès l'Aube qu'il faut que je sorte du coup de ma PAL), ressemble surement beaucoup à ce que l'auteur lui-même peut écrire. 

De plus, entre le personnage de Gwyn, passablement perché quand même, celui de son agent, Tom, qui cherche à tout prix à le refaire écrire des romans et Rebecca, assistante de Tom et surtout premier modèle de Gwyn, Baricco nous offre des portraits différents et pour les deux premiers plutôt bien fait. Pour la troisième, je vais y revenir. Surtout que c'est un personnage que j'ai beaucoup aimé, la lectrice, amie, qui ferait beaucoup de chose pour l'écrivain qu'elle apprécie. Elle aurait pu être parfaite, elle l'est en réalité, si Baricco ne s'était pas "amusée" avec son physique.

Mais ce livre, plein de qualité à mes yeux, a un défaut que je n'arrive pas à laisser passer. Il faut dire que lorsque je suis tombée sur ce paragraphe-là, juste à la moitié du livre, j'ai eu une grande envie de le refermer et de ne pas le rouvrir. Ce n'est pas le physique de Rebecca en lui-même, loin de là. Rebecca est grosse. Et pour moi, c'était juste génial. Une grosse, héroïne d'un livre. C'est rare. Mais voilà, il a fallu que Baricco, cet auteur que j'apprécie, dont je loue la manière d'écrire, s'adonne à de la bonne vieille grossophobie avec elle. Sans parler d'une bonne dose de patriarcat (seul les hommes ont des noms de famille par exemple, et ce sont eux qui dominent le livre). Un paragraphe et me voilà à me demander pourquoi ?. Mais vraiment. J'aurais tellement aimer que ce paragraphe-là soit démonté juste après. Sauf que non. Du tout. Je n'arrive pas à croire que ce soit vraiment là ce que pense Baricco des gros.

Et vraiment, ce paragraphe-là a faillit gâcher toute ma lecture. Parce que plus qu'autre chose, il m'a touché et pas dans le bon sens. Ce qu'il écrit, c'est ce que j'ai pu entendre, que les grosses ne méritent pas l'amour, juste les connards. Qu'elles devraient déjà être bien contente d'avoir un homme. Ce qu'il a de très con en plus de ça, c'est qu'il n'apporte rien ce paragraphe. Du tout. Et que sans lui, l'histoire aurait été encore meilleure du coup pour moi. Parce que sans lui, Baricco dressait un parfait portrait de Rebecca, et des autres personnages. Avec la finesse et la poésie qui le caractérise. Alors, je sais très bien que ce paragraphe risque grandement de ne toucher personne d'autres que les gros et les grosses, il n'empêche que je fais partie de cette population-là et que j'aurais préféré ne pas avoir à le lire. 

Pourquoi ? Parce que le livre aurait été un coup de coeur. Parce que la poésie de Baricco est toujours là, son sens de l'observation, sa vision de la nature humaine est bien là. Parce que Gwyn et lui aurait pu être les mêmes personnes. Mais voilà, pour moi, ça gâche tout. J'ai lu la fin du roman avec appréhension, me demandant ce que j'allais encore me prendre dans la tête. Et je suis surement passée à côté d'une bonne partie du roman. Alors que j'ai aimé l'histoire, la surprise de la fin aussi (qui n'en était pas vraiment une d'ailleurs). Quel dommage. 

Monsieur Baricco, la prochaine fois que vous voulez utiliser une personne grosse dans vos romans, renseignez-vous avant, je vous prie. Ne nous sommes pas des Rebecca en puissance. Nous sommes comme vous et les autres personnes. Pas juste un corps gros, une difformité. Voilà, c'est tout.