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jeudi 22 avril 2021

Source des tempêtes, le livre de l'énigme, tome 1, Nathalie Dau

 Cela fait plusieurs années que je n'ai pas lu de roman de Nathalie Dau dont j'aime pourtant particulièrement les thèmes et la poésie de ses écrits. Source des Tempêtes me faisait envie depuis un bon moment et j'ai enfin franchi le pas.

 Source des tempêtes, le livre de l'énigme, tome 1, Nathalie Dau

Editeur : Les Moutons Electriques
Collection : La bibliothèque voltaïque
Année de parution : 2016
format : AZW

A lire si :
- Vous aimez les écrits type mémoires
- Vous voulez un récit qui prend son temps (mais n'est pas dépourvu d'action)
- Vous voulez un univers mystérieux

A ne pas lire si : 
- Vous voulez beaucoup beaucoup d'action et de combat

Présentation de l'éditeur :

Les ténèbres ont un cœur de lumière.Je l’ai su quand j’ai vu l’enfant dans la tempête. J’ai entraperçu l’azur de sa magie étrange et intense, mon univers s’est métamorphosé. Moi qui me sentais si seul, si désespéré, j’ai découvert soudain pourquoi j’étais venu au monde : pour protéger celui qu’on m’a donné pour frère. Un frère pas tout à fait humain, pas tout à fait possible. Le protéger des autres et de lui-même : des décisions qu’il voudrait prendre afin de résoudre sa maudite Énigme. Car ce petit est doué pour se mettre – nous mettre – en péril ! Mais j’ai la faiblesse de croire que je suis plus têtu que lui.

Mon avis

Comme je le disais, cela fait longtemps que je n'ai pas lu de romand de Nathalie Dau. Pourtant, j'aime beaucoup ses univers et la manière dont elle a de me faire rêver rien qu'en la lisant. Source des Tempêtes ne déroge pas à la règle. J'ai été prise dans le récit rapidement, et même si j'ai mis du temps à le lire, j'ai pleinement profité de celui-ci.

Nous y suivons le jeune Cerdric, fils de Dame Nérasia et du magicien brulé, le dernier membre des magiciens bleus. L'ordre auquel appartenait son père a été pourchassé, détruit mais pas totalement. Une prophétie annonce qu'un nouveau bleu apparaitra et qu'il sera la somme des Rêves, le plus puissant magicien voué à l'Equilibre. Kéral Asulen disparait juste après avoir engendré son fils. Un fils qui va se révéler Réfractaire (incapable de magie) qui plus est. Elévé loin de sa mère qui lui vaut une haine farouche, sans amour, Cerdric connait un début dans le monde pour le moins compliqué. Ce n'est que lorsqu'il va découvrir qui est son père et surtout rencontré celui-ci que sa vie va changer. Car, bien que rendu magiquement stérile, il a engendré l'enfant de la prophétie avec une femme rive (une autre race d'humain (que j'ai un peu assimilé à des elfes personnellement même si pas tout a fait physiquement ressemblant), que les hommes assimilent d'ailleurs ici à des sous-hommes, juste bon pour être esclaves (et fort souvent esclaves sexuels surtout puisque l'union rive-homme n'est pas sensé être féconde)). Le jeune Ceredwan va alors tout devenir pour Cerdric. Il va se faire protecteur de son petit frère et tout faire pour rester avec lui...

Le roman est assez long à se mettre en place. Il est écrit sous forme de mémoires, celle de Cerdric, et commence par la naissance de celui-ci. Autant dire que la première partie peut être un peu ennuyeuse et notre protagoniste assez pleurnichard. Bon la vie n'a pas été non plus totalement tendre avec lui, on pourrait le comprendre. Tout s'emballe vraiment lorsqu'il rencontre enfin son père et surtout son jeune frère. Ceredwan est un enfant surdoué, possédant en lui les âmes des derniers mages bleus. Son drac (ce qui donne la magie aux gens) est surement l'un des plus puissants du monde mais il n'arrive pas du tout à le contrôler. A partir de leur rencontre, l'histoire se met réellement en place.

Alors, oui, c'est un premier tome et oui, comme nous sommes sur de la fantasy avec de jeunes protagonistes, c'est (j'allais dire forcément) un tome initiatique. Vous savez à quel point je peux avoir du mal avec ça, vu que je trouve souvent que c'est du vu et revu. Ici, c'est effectivement quelque chose qu'on a pu déjà voir, et pas n'importe où. L'histoire de Cerdric, le personnage aussi m'a parfois fait pensé à Fitz de Robin Hobb. Attention, ils sont bien différent l'un de l'autre, hein. Mais il y a quelque chose dans son évolution qui m'a fait pensé à l'Assassin Royal. Cerdric n'en reste pas moins un personnage plutôt sympathique à suivre, sauf qu'en il pleurniche sur son sort, ce qui lui arrive quand même régulièrement (je pense que c'est pour ça qu'il me fait penser à Fitz d'ailleurs, c'est un de ses pires défauts dans les trois trilogies). 

Mais surtout, l'histoire est "calme". Il n'y a pas de guerres, pas de batailles (quelques escarmouches quand même), pas de gros complots politique (une bonne grosse prophétie quand même). C'est une fantasy assez douce, parfois comtemplative que nous avons là. De quoi se plonger réellement dans l'univers, mieux le comprendre, le contempler. C'est assez appréciable en fait. Surtout que Nathalie Dau nous offre là quelque chose de fort sympathique à découvrir que se soit par la magie, le décors mais aussi la violence sourde qui y règne. J'ai adoré toute la mythologie qu'elle a mise en place dans ce premier roman et j'ai très envie de voir ce que ça va donner dans sa suite. Et puis, il y a toute une histoire de dualité et d'équilibre fort appréciable aussi. La dualité, on la ressent beaucoup entre le monde des hommes qu'a connu Cerdric, très froid, ordonné et souvent cruel, et celui où évolue son frère, plus proche de la magie avec ses fées, sa liberté, sa sauvagerie. De même, elle est présente dans les religions qui gouvernent le monde, puisqu'elles sont coupées en deux entre les déités du Chaos et celle de l'Ordre. C'est aussi le cas entre les humains et les rives (qui comme je l'ai dit, sont considéré comme des objets par les premiers). Et dans tout ça, on a Ceredawn qui doit incarner l'Equilibre, le point médian entre tout cela. Autant dire que le pauvre gamin a le poids du monde sur ses épaules et que ni son apparence (il est à moitié rive et ça se voit), ni son pouvoir ne vont l'aider.

Pourtant, si j'ai apprécié l'histoire et l'univers, il reste deux trois points qui m'ont un peu dérangé. Le premier, c'est Ceredawn lui-même. Enfin, plutôt sa façon d'être et de penser. Il a neuf ans. Alors, ok, il a en lui les âmes de six vieux mages morts mais tout de même. Sa manière de parler ne va pas avec lui. Il est trop mature, trop réfléchi, pas assez gamin. C'est perturbant à certain moments où il se conduit comme un gosse de son âge pour ensuite nous sortir une tirade d'un vieux de soixante pige. Parfois, Cerdric fait franchement gamin face à lui alors qu'il est le plus vieux. Ensuite, il y a quelques scènes qui m'ont un peu dérangé, une entre les deux frères, où la réaction de Ceredawn n'était pas celle attendu, une autre entre trois autres personnages qui m'a vraiment mise mal à l'aise. Si la première m'a semblé presque trop gratuite, la seconde, je peux la comprendre mais ça reste violent et perturbant (alors, oui, je parle justement d'un viol là et j'aurais apprécié y être un peu plus "préparée" avec un TW par exemple ou avoir une scène moins explicite).

Au final, c'est un premier tome que j'ai apprécié. J'ai aimé l'univers, sa mise en place et les personnages. J'ai aussi apprécié que malgré la présence certaine d'une notion de dualité ultra présente, le roman ne fasse finalement pas dans le manichéisme (on aurait pu s'y attendre pourtant avec l'Ordre et le Chaos, et ben pas du tout). J'espère pouvoir lire prochainement la suite (mais étrangement, je ne trouve pas le roman en numérique alors que ça fait bien un an qu'il est sorti dans la collection Hélios, je trouve ça bizarre).

jeudi 25 septembre 2014

Les Terres qui rêvent, Les Contes Myalgiques, tome 1, Nathalie Dau

Je crois l'avoir déjà dit, j'aime beaucoup l'écriture de Nathalie Dau. Cela faisait un bon moment que je voulais lire les Contes Myalgiques, sans toutefois franchir le pas, tellement ses textes m'impressionnent. Voilà à présent chose faite, du moins pour le tome 1.

Les Terres qui rêvent, Les Contes Myalgiques, tome 1, Nathalie Dau

Edition : Griffe d'encre
Collection : Recueil
Année de parution : 2007
Nombre de pages : 161

A lire si :
- Vous aimez les nouvelles
- Vous aimez les écritures travaillées, poétiques
- Vous aimez les contes

A ne pas lire si :
- Vous voulez de la nouvelle contemporaine, avec un langage plus "courant"
- Vous ne voulez que du conte de fées.

Présentation de l'éditeur :

Il était une fois... Des récits fantastiques qui empruntaient au patrimoine folklorique mondial et à la mythologie incisive de leur conteuse. Comme ils aimaient les belles histoires, ils se marièrent et enfantèrent un beau recueil.
Laissez-les vous convier à un voyage entre ombre et lumière, où le merveilleux se mêle à l'affliction, où les épreuves forgent des âmes de miel comme de fiel.
Qu'ils soient issus de légendes indiennes, sibériennes, celtiques ou provençales, ces contes vous enchanteront et vous terrifieront, vous apaiseront et vous lancineront.
N'espérez par sortir indemne d'une plongée dans l'univers de Nathalie Dau : ses créatures féeriques ne vous veulent pas que du bien.

Mon avis :

Comme souvent avec les recueils de nouvelles, surtout quand lorsque celui-ci, ils sont riches en textes de qualité, je vais faire un avis nouvelles par nouvelles avant d'en faire un plus général.

La femme, la sorcière et l'amour
Le premier conte de ce recueil est un conte nous entrainant aux Indes. Une femme ne supporte pas la mort de son mari. Elle va alors tenter le tout pour le tout pour retrouver son époux, aider en cela par une sorcière qu'elle a aidé, il y a très longtemps. C'est un très beau conte sur l'amour, mais aussi sur la souffrance que l'on peut endurer à cause de lui. 

Bonne année !
Bonne année est un conte court mais terriblement efficace sur l'amour pour les siens mais aussi sur le besoin d'être reconnu pour ce que l'on est. Il fonctionne particulièrement bien et est plein d'émotion

Aenor
Avec Aenor, nous partons en bretagne. Aenor est une fée, veillant sur un cap afin que la mer ne déverse pas sa fureur dessus. Un roi tombe amoureux d'elle et part vivre cet amour, s'installant dans la tour de la jeune fée. Mais voilà, elle tombe enceinte et tout s'écroule. C'est un très beau conte, dans la pure tradition. Il fonctionne grâce à ses personnages et à leur sentiment mais aussi grace à toutes les oppositions qu'il met en œuvre.  De plus, il garde vraiment son aspect de conte traditionnel jusque la fin, qui même si elle est convenue, fonctionne très bien.

Chicanerie
De chicanerie, je ne retiens en fait que le fait que se soit un poème. Il est joli, poétique (pour un poème, cela reste normal), bien écrit. Mais je crois être passé très à côté.

Le violon et la fée
Le violon et la fée reste la nouvelle dont j'attendais le plus, tant j'ai pu en attendre parler. Elle a d'ailleurs remporté le prix Merlin en 2006. C'est un très beau conte, il n'y a pas à dire. Prenant place dans un monde plus contemporain, il nous fait suivre la vie de deux hommes exilés en Lorraine suite à la guerre dans leur pays. Leurs vies vont se rejoindre lorsque le malheur va abattre sur eux. Le Violon et la Fée nous apprend à surmonter ses peurs, son handicap, à garder la foi. Il traite aussi de part son décors et son époque de la guerre et de l'industrialisation ainsi que des ravages que les deux peuvent faire.

Le siestophage
Ici, le conte nous apprend à ne pas se fier aux apparences. Une morale que tout le monde connait avec le fameux "l'habit ne fait pas le moine". Elle pourrait paraitre ennuyeuse, ou du moins déjà vu, mais ce n'est pas le cas, grâce à l'écriture de Nathalie Dau.

Faux Pas
Alors ce conte là m'a fait rire. Déjà parce que généralement, lorsque les personnages principaux d'un conte sont des trolls, je suis presque toujours sure de rire. Ici, il est à nouveau histoire d'amour. Mais aussi de jalousie. L'amour avec celui interdit d'un troll et d'une elfe, et de jalousie puisque le chaman est carrément jaloux de l'amoureux. Le texte est frais, amusant et même si sa morale se laisse voir rapidement, la fin est tout de même bien vu. Bref, les trolls, ça reste toujours aussi drôle pour moi.

Lucine
Lucine est un conte bien sombre, qui mêle sensualité, sorcellerie et vengeance et bien d'autres choses fort peu agréable. C'est l'histoire d'une jeune princesse abusée par son père. La femme ici semble avoir le mauvais rôle pour les autres, elle les attire, les "force" à commettre le pire. Et pourtant, elle n'est au final que prisonnière de ceux-ci qui se cachent derrière des préceptes erronés. Contre la loi des Mâles, elle ne peut rien si ce n'est fuir et préparer sa vengeance. Pourtant, je me demande encore si après la fin de la nouvelle, Lucine est réellement libre à présent.

Désespérée
Passons à présent à un conte sur la mort. A vrai dire, comme il faut le lire en entier pour bien le comprendre, plus particulièrement grace à sa fin, je n'en parlerais pas trop. Je dirais juste qu'il ne ressemble pas vraiment à toute autre nouvelle lu sur la mort.

Demain les Trottoirs
Voilà le conte le plus contemporain du recueil et pourtant l'ambiance féerique y est bien présente. Nous y suivons Queue d'rat, enfant SDF qui va rencontrer une fée. C'est un conte qui aurait pu bien se finir, mais la vie a fait de l'enfant un être hargneux et surtout vengeur (dans le mauvais sens du terme). Du coup, il ne sera pas profité de sa chance, ou plutôt si, mais celle-ci va se voir obscurcir par ses sentiments. C'est un conte très beau même si très sombre. Pour tout dire, il m'a fait penser, un peu à la Petite fille aux Allumettes.

Vale Frater 
Pour ce dernier conte, nous voilà partie chez les inuits. Une sorcière vient durant trois nuits tout les cent ans pour prendre la vie de trois jeunes gens. C'est encore une nouvelle fois un très beau texte, ou l'on passe par dessus les apparences et les préjugés. Il faut le lire jusqu'au bout pour comprendre les actions de la sorcière. 


Voilà, c'est donc fini pour les avis succints sur les onze contes Myalgiques. Passons maintenant à un avis plus général. Enfin parlons surtout de l'écriture de Nathalie Dau. Parce que c'est elle qui fait que les nouvelles prennent ce ton si résolument féerique. L'auteure joue avec les mots, son langage est recherché tout en restant accessible à tous. Elle crée des ambiances magnifiques où les fées et autres créatures de l'imaginaire viennent nous rendre visite alors que les thèmes qu'elle choisi. Et je pense que c'est pour cela qu'à chaque fois, elle fait mouche avec moi. J'aime la poésie de ses mots et les personnages qu'ils tissent. J'aime aussi voir que l'on peut traiter de sujet grave (inceste, esclavage, vengeance, mort) tout en gardant cette note féerique et un certain espoir pour la victime.

Au final, je suis encore une fois tombée sous le charme de Nathalie Dau et de ses mots. Le recueil est bien construit et l'on sent une certaine unicité dans les nouvelles. Même si j'en ai plus apprécié que d'autres, je dois bien dire que dans l'ensemble, il est très bon.

vendredi 1 août 2014

Anthologie Lancelot, Collectif

Je suis récemment tombée sur la couverture de Lancelot, anthologie pour Zone France et j'avoue qu'elle m'a légèrement tapé dans l’œil. Comme cela faisait longtemps que je ne m'étais pas plongé dans les légendes Arthurienne, je me suis dis pourquoi pas. En plus, je connais mal Lancelot, lui préférant Arthur ou Perceval.

Anthologie Lancelot, Collectif

Editeur : ActuSF
Collection : Les trois souhaits
Année de parution : 2014
Format : epub

A lire si :
- Vous aimez les nouvelles
- Vous voulez vous plonger dans l'histoire de Lancelot
- Vous voulez du mythique mais pas que

A ne pas lire si:
- Vous n'aimez pas du tout Lancelot
- Vous ne voulez que de la légende Arthurienne, sans remaniement

Présentation de l'éditeur :

L'anthologie du Festival Zone Franche 2014.
Lancelot est le plus grand des chevaliers de la Table ronde mais aussi celui dont le destin est le plus tragique lorsqu’il trahit Arthur, son roi, en tombant amoureux de Guenièvre.
Loyal, pur et traître, il ne cesse de nous interroger depuis des siècles, se réinventant à chaque époque.
Neuf auteurs confirmés de l’imaginaire se sont emparés de sa figure pour lui inventer de nouvelles aventures, donnant un éclairage nouveau à ce personnage résolument moderne. Neuf éclats de son âme. Et un peu de la nôtre.


Mon avis :

Comme je le disais, Lancelot n'est pas forcément le chevalier de la Table Ronde que j'apprécie le plus. Je le vois toujours "trop". Trop preux, trop bon, trop gentils, trop fort, trop traitre... Il faut dire qu'il n'a pas toujours le beau rôle, il est le traitre, le destructeur. Pourtant, Lancelot a une histoire complexe, qui peut donner lieu à multiples interprétations lorsqu'on sort des sentiers battus. C'est ce que vont faire les auteurs de cette anthologie. Ils vont reprendre le mythe et le réécrire à leur manière, donnant, du moins pour moi, plus de profondeur et de nuances au personnage.

Le Donjon Noir, Nathalie Dau 
Commençons l'anthologie par une auteure que j'apprécie beaucoup beaucoup. On le sait, j'aime Nathalie Dau, j'aime son écriture, j'aime ce qu'elle fait. Rien que pour elle, j'aurais pris l'anthologie (et aussi pour Jeanne-A Debat, Anne Fakhouri, Franck Ferric). Dans le Donjon Noir, Guenièvre est la fille de Vivian, elle est donc une fée et surtout elle est particulièrement volage. Lancelot a été kidnappé par Vivian après que Merlin ait donné Guenièvre à Arthur, comme une vengeance. Elle l'envoie à Camelot pour protéger sa fille. Mais comme nous le savons tous, il va tomber amoureux d'elle. La nouvelle ouvre de manière vraiment bonne l'anthologie, nous offrant dès le départ un aperçu du monde d'en dessous, celui des fées et surtout montrant que la relation entre les deux amants est bien plus complexe que ce qu'on pourrait penser. L'influence des fées se fait plus présente que dans le mythe Arthurien et personnellement, cette version-là me plait beaucoup. L'écriture de Nathalie Dau, toujours aussi belle et poétique, m'a tout autant enchanté que son histoire et sa réécriture de la légende.

Lancelot-Dragon, Fabien Clavel
Ici, Lancelot a été banni de Camelot. Il parcourt les routes, sans vraiment savoir où il va. Banni, rejeté, notre héros n'en mêne pas bien large. Il va se retrouver alors confronter à la quête du Graal, alors qu'il cherche juste à disparaitre. Nous retrouvons dans cette nouvelle un peu plus l'aspect chrétien de la recherche du Graal, mais il est confronté aussi à l'aspect païen de la religion. Lancelot va nous apparaitre alors abattu, vraiment plus sombre. Il va douter, va tomber plus bas aussi pour finalement nous montrer ses plus grandes faiblesses. Lancelot-Dragon est une nouvelle qui parle de chute mais aussi de rédemption. Elle est, je trouve, particulièrement efficace et vraiment bien écrite. Et je dois dire que je préfère ce genre de Lancelot-là à celui plus "pur" que l'on peut connaitre.

Le meilleur d'entre eux, Lionel Davoust
Lancelot revient de Jérusalem, les mains vides. Le royaume va mal, très mal, entre maladie et guerre, les gueux sont proches de la révolte. Dans cette nouvelle, Arthur est au courant pour Lancelot et Guenièvre. D'ailleurs, ils les laissent faire, les comprend. Cette nouvelle est assez loin du mythe et de l'aspect religieux de celui-ci. Les chevaliers savent que la quête est plus importante que le Graal lui-même, elle entretient l'espoir. Mais voilà, tout s'étiole, la quête n’intéresse plus, la Table Ronde est sur le point de disparaitre. Lancelot sait comment remédier à tout cela, quitte à tout perdre. Je dois dire que j'ai beaucoup aimé toute la nouvelle, la façon dont elle est écrite, mais surtout ce qu'elle véhicule, la manière dont elle montre ce que la foi peut pousser à faire pour garder l'unité dans un groupe, un royaume. Elle remet aussi Lancelot à sa place, au centre de l'histoire de la Table Ronde. Au final, c'est une nouvelle vraiment très intéressante et elle fait partie de celles que j'ai préféré dans l'anthologie.

Le Vœu d'Oubli, Armand Cabasson
Cette fois, nous retrouvons le chevalier après avoir été banni. Il s'est plongé dans les eaux de la rivière Léthé pour oublier. Il va alors parcourir le monde, se faisant main armée pour qui veut de lui. Trois règles régissent à présent sa vie, il ne doit pas revenir en Angleterre, ne doit pas ne plus être chevalier et surtout il ne doit pas se souvenir. Mais voilà que tout semble vouloir le ramener en sa patrie et surtout que tout semble vouloir faire en sorte qu'il se souvienne de sa vie passée. La nouvelle nous montre donc Lancelot guerrier qui cherche à lutter contre lui-même au final. Quoiqu'il fasse, même en ayant oublier, il reste le Lancelot de la cour de Camelot. C'est un texte entrainant et très intéressant de part son sujet. Malheureusement, je le trouve trop court, l'idée est bonne mais il lui manque quelque chose.

Je crois que Chevalerie y sera, Anne Fakhouri
J'avais déjà lu une nouvelle de l'auteure dans l'anthologie Reine et Dragon. J'avais beaucoup aimé son style et je dois dire qu'ici aussi il a fait mouche avec moi. Cette fois, nous suivons le chevalier Gauvain à la recherche de Lancelot. D'ailleurs, Lancelot n'apparaitra pas dans cette histoire, du moins pas physiquement. C'est un texte dense, il couvre à lui seul une bonne partie de la vie de Lancelot, revécu par Gauvain, Hector, Lionel et Bohort. La nouvelle nous montre comment ils voyent Lancelot, mais aussi comment Lancelot se voit lui-même et autant dire que la différence entre ses deux visions est énorme. C'est aussi un texte qui nous montre comment le mythe existe par le regard des autres, par leurs rêves, plus précisément celui des enfants. Au final, c'est une nouvelle surprenante, très bonne et profonde aussi, l'un de mes préférés.

La Tête qui Crachait des Dragons, Thomas Geha
Cette fois, nous voilà entrainer dans un royaume de Logres fantastique, ravagé par les Dragons. Une fois de plus, Lancelot n'est pas vraiment le héros de la nouvelle, il s'agit de Lohengrin, le fils de Perceval. Celui-ci est mandé par Arthur pour retrouver Lancelot, seul à pouvoir libéré Albion des Dragons. La nouvelle nous entraine dans un monde dur, fantasy avec une grande partie d'onirisme. Le texte nous propose une réflexion sur le pouvoir de l'esprit, la folie, le tout avec une belle écriture et une aventure pleine de rebondissement. Un seul regret pour cette nouvelle, elle est peut-être un peu trop courte.

Les Gens de Pierres, Franck Ferric
Voilà un petit moment que je n'avais rien lu de Franck Ferric. Dans sa nouvelle, il nous parle du temps après la bataille de Camlann, et donc après qu'Arthur, quasiment mort, soit amené à Avalon. Le royaume n'est plus ce qu'il était, les chevaliers ne sont plus que cinq et leurs âmes quasi morte. En parallèle, il va nous conter la légende de la Dame de Shalott. A savoir que suivant les versions du mythe, Elaine de Shalott est amoureuse de Lancelot sans que cet amour soit réciproque et que dans d'autres, elle est la mère de Galaad qu'elle eut avec Lancelot après s'être fait passé pour Guenièvre (il semblerait pourtant que les deux Elaine soient bien différentes l'une de l'autre). Ici, l'auteur a préféré la version où la jeune femme est enfermé dans un tour avec pour seul moyen de voir l'extérieur un miroir. Miroir dans lequel elle regarde Camelot et plus particulièrement Lancelot. La nouvelle se compose donc de courts chapitres, alternant la vie d'Elaine dans sa tour et celles des chevaliers à Camelot. Je ne sais pas si j'ai bien tout compris de la nouvelle et de sa forme. Pour moi, les passages à Camelot ne sont finalement que ce qu'Elaine voit dans le miroir. Pourtant, j'aurais cru que vu par elle, les chevaliers ne seraient pas si aigris, épuisés par la vie qui continue tant bien que mal. Du coup, je me pose vraiment la question. C'est un texte finalement très bon, mais dans lequel on peut avoir du mal à entrer.

Lance, Jeanne-A Debats
Quel plaisir de retrouver une nouvelle fois ce mois-ci, Navarre, le vampire de Jeanne A-Debats. Cette fois, nous voici en 1936. Navarre doit récupérer Lancelot en Avalon car seul lui peut tenir la Lance du Destin, seule capable de tuer le Dragon réveillé par les Nazis. Autant dire que la rencontre entre l'être le plus pur existant au monde et notre cher vampire n'est pas des plus reposantes. Encore moins lorsqu'ils doivent sauver la fille d'un juif, peuple pas vraiment apprécié ni par l'un ni par l'autre. Bref, une aventure une nouvelle fois jubilatoire de Navarre. J'ai beaucoup apprécié la manière dont Lancelot est traité ici. On le voit d'abord de la manière "normale", chevalier éblouissant, galant etc... Or, petit à petit, on découvre un homme carrément à côté de la plaque, puisque plus dans son temps, limite raciste, encombrant pour Navarre et finalement pas si chevaleresque que ça. Du coup, le côté chevalier en prend un grand coup, surtout quand Navarre va découvrir certaines choses sur les aventures de Lancelot. Et au final, le chevalier va se révéler ne pas être celui que l'on pense. Le tout est servi, comme toujours avec les aventures de Navarre, par de l'humour, de l'action, pas mal de cynisme aussi et une écriture qui me plait toujours autant.

Pourquoi dans les Grands Bois, Aimé-je à m'égarer, Karim Berrouka
La dernière nouvelle de l'anthologie sort de ce qu'on a pu lire jusque là par son ton humoristique. Karin Berrouka la place dans l'univers de son livre Fée, Weed et Guillotines, dont il fait d'ailleurs la pub en plein milieu de la nouvelle. L'équipe de la BCE part enquêter sur un massacre en forêt bretonne commis apparemment par un vieil ermite avec une épée. Il s''avère qu'il s'agit ni plus ni moins de Lancelot, qui vit là depuis un moment en quête de tranquillité. Tranquillité que vient régulièrement troublé Gauvain, qui lui en veut pas mal à tel point qu'il cherche à le tuer. La nouvelle en elle-même est amusante, bien qu'elle cache une réflexion qui l'est un peu moins sur la force d'un amour trop grand. L'humour y est présent du début à la fin. Seul problème pour moi, les personnages principaux, à savoir les simples humains de la BCE m'ont semblé trop loin du personnage de Lancelot. Et au final, ce sont vraiment les monologues du chevalier puis le combat, autant verbal que physique entre Lancelot et Gauvain qui m'ont le plus plu. Pourtant, cela n'a pas gâché mon plaisir de découvrir Karim Berrouka et surtout a attisé mon envie de lire son livre, dont le titre m'intrigue depuis déjà un moment.

Enfin, l'anthologie se termine avec un Postface de Lucie Chenu. Attention, ceci est un vrai postface, un de ceux qu'il vaut mieux lire à la fin si on ne veut pas perdre l'essence des nouvelles. Il permet de faire la liaison entre les différents thèmes des nouvelles, mais aussi de les remettre pour certaines dans le contexte des légendes arthuriennes (comme pour la nouvelle de Franck Ferric où elle explique l'importance des Elaine dans la vie du chevalier.

Pour conclure le tout, je dois bien dire qu'après cette lecture, ma vision de Lancelot a un peu changé. Je le trouve toujours "trop" mais déjà un peu plus humain et finalement drôlement complexe et humain. Bref, Lancelot est une anthologie vraiment très bonne, bien foutue et agréable à lire.

jeudi 31 juillet 2014

Mythologica, numéro 3, Spécial Steampunk

Il est rare que j'achète des revues littéraires. Pas que je n'aime pas, juste que souvent, je me dis que je ne lirais pas tout et que c'est bien dommage. C'est un peu comme les magazines modes ou lifestyle en fait. Pourtant, quand j'ai vu ce numéro spécial Steampunk à la librairie, je n'ai pas résisté. Surtout lorsque j'ai vu qu'il y avait une interview de Cécile Duquenne, une nouvelle de Jeanne-A debat, du Nathalie Dau et j'en passe.

Mythologique, numéro 3, Spécial Steampunk

Editeur : Mythologica
Collection : revue
Parution : mai 2014
Nombre de pages :

A lire si :
- Vous voulez un dossier sur le Steampunk
- Vous voulez des nouvelles
- Vous voulez des interview sympas
- Vous voulez des avis

A ne pas lire si :
- Vous n'aimez pas les grosses revues

Présentation de l'éditeur :

Pour son troisième numéro Mythologica vous entraine au cœur des vapeurs et des brumes de l'univers Steampunk. Ce genre à part gagne de plus en plus ses lettres de noblesse et il fallait bien lui consacrer un numéro pour découvrir toute sa densité. Etienne Barillier dirige ici avec brio un dossier tout en goggles, vapeur et mécanismes étranges, à découvrir de toutes urgences...

Mon avis

Côté nouvelles
Dans la Brume mécanique, Johan Heliot
Cette nouvelle débute la revue. Il s'agit du préquelle de la trilogie de la Lune de l'auteur, qui j'avoue m'intrigue depuis quelques temps (et que je cherche dans son édition omnibus, très belle). Nous voilà après  la bataille de Sedan, gagné par Napoléon III. Dans cette nouvelle uchronique, nous suivons Petit Jo, jeune homme engagé dans l'armée française à bord d'un vapoméca. Lorsque celui-ci est attaqué par ceux qui peuplent la brume, l'équipage doit fuir pour sauver sa peau. Petit Jo va alors faire une découverte importante pour lui. Je dois bien dire que j'ai vraiment beaucoup aimé cette immersion à la fois dans l'uchronie et dans le Steampunk. Autant dire que cette nouvelle nous met de suite dans l'ambiance vapeur. De plus, Johan Héliot a un style que j'apprécie beaucoup, très clair et imagé. Une nouvelle bien sympathique donc dont que j'ai beaucoup apprécié.

Ovogenèse du Vampire, Jeanne-A Debats
La seconde nouvelle de ce Spécial Steampunk m'offre le retour de Navare, vampire déjà rencontré dans Métaphysique du Vampire chez Ad-Astra. Et quel bonheur de le retrouver. Je dois bien dire que j'aime beaucoup Lazare. Ici, il va faire un petit bond dans le passé grâce à des Oeufs de Fabergé pour éviter le pire. Nous nous retrouvons donc dans le Londres de 1888, sale et vieux, surtout par rapport à notre époque. Encore une nouvelle fort appréciable, surtout avec ce genre de héros et qui nous montre que le Steampunk peut prendre plein de visage, même celui du surnaturel. L'écriture de Jeanne-A Debats a encore fait mouche avec moi.

Chroniques des Terres Mixtes, Chapitre 2, Nathalie Dau
Je ne parlerais que très peu de ce chapitre 2 puisque justement, je n'ai pas pu lire le début. Du coup, l'histoire, qui est tout de même lisible et compréhensible sans le chapitre 1, ne m'est pas apparu tout à fait. Que cela ne tienne, je me suis une nouvelle fois perdue dans la poésie et l'enchantement de l'écriture de Nathalie Dau.

La Nina D'Aiqua, Luis Astafoli (traduite par Jacques Fuentealba)
Cette nouvelle ne s'inscrit pas dans la thématique Steampunk de la revue. Ici, c'est une nouvelle fantastique mettant en scène un homme ayant un le don de s'approprier les femmes qu'ils touchent. Nous allons découvrir le pourquoi mais aussi ce que cela va entrainer dans la vie de cet homme. C'est une belle nouvelle, qui se lit facilement. Le suivi que nous avons du héros est très bon, on le voit aller jusqu'à la déchéance puis vient l'amour, le vrai et ensuite, la libération. C'est vraiment bien foutu comme histoire, à coup de flashback raconté qui ne sont pas lourd ou gênant pour la suite. Bref, j'ai beaucoup aimé.

Lost in a foreign place, Li-Cam
Comme la précédente, cette nouvelle ne s'inscrit pas dans la thématique Steampunk, c'est à nouveau une nouvelle fantastique. Cette fois, nous voilà embarqué dans un hôtel japonais. Le narrateur de l'histoire est un journaliste travaillant à la rubrique des septiques d'un magazine sur le surnaturel. Il va faire une bien étrange rencontre. J'ai bien aimé la nouvelle, assez courte je dois dire. En fait, j'ai apprécié le dépaysement qu'elle offre, puisque nous sommes au japon et que les mœurs et coutumes sont assez différentes des nôtres, même lorsque cela concerne les fantômes. D'ailleurs, la nouvelle se base sur cela.

Côté Dossier
Dossier Steampunk
Lorsque comme moi, on a déjà lu Steampunk ! d'Etienne Barillier, on peut avoir peur d'une redite, puisque le dossier de ce numéro trois est écrit en grande partie par l'auteur du guide. Et c'est effectivement le cas dans la partie qu'il écrit. C'est le cas sans l’être, en fait. Parce qu'il ne condense pas les 356 pages de Steampunk !, parce qu'il raconte à nouveau la création du Steampunk en littérature mais d'une autre manière, parce qu'il y met des anecdotes et que mieux, il rajoute des choses non dites dans Steampunk !. J'ai aussi apprécié qu'il parle cette fois de toute la partie Romance, YA du Steampunk où celui-ci ne sert finalement qu'au décors et pas forcément à autre chose. Dommage par contre qu'il est un avis si tranché. Bref, que se soit pour ceux qui ne connaissent pas ou pour ceux qui ont lu le guide, cela reste particulièrement interessant.
De plus, Mythologica ne se contente pas de faire un dossier sur le Steampunk en littérature, non, on va s'attaquer au genre dans tous ses états, du livre à la musique, en passant par les films, les costumes mais aussi le jeux de rôle. Cela en fait un dossier assez complet, très agréable à lire puisque parsemé d'interview ou de témoignage (dans la partie JdR surtout).
Au final, ce dossier permet une bonne approche de ce que peu être le Steampunk.

La partie Foulards Rouges/Cécile Duquenne
Elle commence avec une présentation de la série qui donne envie de la lire (même lorsque s'est déjà fait). Présentation comportant le monde, les personnages et un peu de l'histoire mais pas trop pour ne pas spoiler. Ensuite, nous passons à l'interview de Cécile Duquenne que j'ai trouvé vraiment intéressante. Elle permet de voir un peu plus l’œuvre de Cécile mais aussi la manière dont elle a travaillé sur la série en elle-même.

Côté Focus
Le focus nous entraine dans les jeux de rôles et de jeux de cartes de l'univers Star Wars. Je dois avouer que je ne suis pas du tout une spécialiste en jeux de rôles ou de cartes (même si j'ai eu joué à Warhammer ou à Magic lorsque j'étais bien plus jeune, et cela occasionnellement lorsque nous faisions des réunions entre cousins), du coup, je me suis un peu sentie perdu en lisant le focus. Je n'en parlerais pas trop non plus, ayant peur de dire quelques bêtises. Par contre, c'est couillon, ça m'a un peu redonné envie de m'y remettre.

Côté Critiques/Extraits
Mythologica nous offre pas mal de critiques, que se soit de films, de livres, de mangas, de musique ou encore de jeux vidéos, ainsi que deux extraits de livre parus ou à paraitre. Beaucoup sont en accord avec le thème de la revue, d'autres plus accès sur la SFFF. En tout cas, elle donne pas mal envie de lire les bouquins présentés.


Au final, Mythologica est une revue que j'ai apprécié. Déjà par le thème de ce numéro trois, mais aussi par tout le contenu. J'apprécie qu'elle mêle tous ou presque tous les supports de la SFFF, pas seulement les supports littéraires. Elle est bien conçue, claire et agréable à lire (malgré quelques coquilles par contre). Je pense vraiment que je vais me pencher un peu plus sur elle, surtout que l'on peut la trouver à la fois en papier et en numérique.





lundi 8 octobre 2012

Anthologie Reines et Dragon, collectif

Non je ne fais pas une entorse à mon défi perso, j'ai aussi le droit de lire à côté. Et puis, une nouvelle par ci par là ça ne fait jamais de mal

Reines et Dragons, Collectif

Editeur : Mnemo
Collection : Imaginales
Année de parution : 2012
Pages : 204

A lire si : 
-Vous aimez les nouvelles
- Vous ne voulez que de la fantasy
- Vous aimez les dragons et les reines

A ne pas lire si :

- La fantasy à dragon vous ennui


Présentation de l'éditeur

D'un univers à l'autre, de l'exaltation aventureuse à la retenue intimiste, tout l'éventail de la fantasy se déploie, porté par sa créature la plus légendaire et par sa figure la plus complexe, Drégonjon et son Elfrie, Chuchoteurs du dragon, Reines protectrices ou vengeresses, Sœur de la Tarasque, Eveilleuse entre deux mondes, Déesses aux deux visages : vivez les frissons de l'épopée et de l'émotion, assistez à la confrontation de ces Reines et Dragons.

Mon avis

Comme toujours lorsqu'il s'agit d'une antho ou d'un recueil, je vais faire ça par nouvelle.

1. Le Dit du Drégonjon et de son Elfrie - Chantal Robillard
Une première nouvelle fort sympathique à lire (à haute voix de préférence, en tout cas, ma fille a adoré que je le fasse). C'est un texte particulièrement musical et qui semble drôle mais dont le thème est pour le moins sérieux. J'ai beaucoup aimé

2. Chuchoteurs du Dragon - Thomas Geha
Dans cet univers, le Dragon choisit sa reine. Celle-ci doit alors l'écouter et faire ses volontés sur Terre. Une nouvelle assez sympa mais aussi assez prévisible finalement. J'ai tout de même beaucoup apprécié l'écriture de son auteur (que je ne connais pas d'ailleurs)

3. Orphëa - Adrien Tomas
Nous voilà parti pour une chasse au dragon tout ce qu'il y a de plus normale. La Reine décide qu'elle épousera celui qui tuera le dragon responsable de la mort du roi. C'est un texte assez classique, bien traité et dont la fin est assez surprenante. Quoique, je trouve qu'elle en dévoile un peu trop, cette fin.


4. Au coeur du Dragon - Anne Fakhouri
Ici les dragons sont des bêtes sauvages comme les autres et les humains doivent fouiller dans leur déjections pour trouver des pierres précieuses afin finalement de gagner leur nom leur d'une cérémonie. J'ai beaucoup aimé la désacralisation des dragons dans ce texte ainsi que l'histoire d'amour et le triangle amoureux qu'on y trouve. L'univers est vraiment formidablement construit et j'aurais voulu en avoir plus. Une très belle découverte pour moi.


5. La Grande déesse de Fer de la miséricorde ou Achab est amoureux - Justine Niogret
Premier étonnenement, le titre au début de la nouvelle n'est pas le même que celui marqué au dessus des pages de celle-ci. Du coup, j'avoue me demander quel est le vrai titre. Ici, nous suivons un dialogue entre Reine, chasseuse de baleine au lance-tartine et Dragon, patron de café. J'ai aimé les personnages, leur façon de voir le monde. J'ai apprécié l'écriture de Justine Niogret. Par contre, j'avoue que je vais la relire très prochainement parce que je pense ne pas avoir tout compris là-dedans.


6. Morflam - Pierre Bordage
Je suis ravie d'avoir retrouvé Pierre Bordage dont j'avais adoré les Derniers Hommes. Pourtant, c'est la nouvelle qui m'a le moins plus sur les douze. L'héroine bien que bien construite est anthipatique à souhait, caractérielle et égoïste (tout ce que j'aime quoi). J'ai aussi trouvé que l'univers n'était pas assez développé, ce qui est bien dommage. On ajoute à cela l'impression de déjà vu (une reine va combattre un dragon pour finalement découvrir qu'il n'est pas besoin de le tuer pour vaincre), et vraiment j'ai eu du mal. C'est dommage parce que l'écriture de Bordage est vraiment très bien.

7. Azr'Khila - Charlotte Bousquet

Cela faisait un moment que je voulais lire un texte de Charlotte Bousquet, voilà chose faite. Je découvre un texte fort, dans un univers tout aussi fort où violence et esclavage sont plus que présent. J'ai aimé la montée en puissance de la tension dans ce texte. J'ai aussi aimé la fin, qui nous plonge dans un univers un peu plus onirique qui nous fait douter de ce qu'il a pu se passer.

8. Où vont les Reines - Vincent Gessler
Encore une bonne nouvelle, que j'ai beaucoup aimé. Une jeune princesse enceinte est envoyé aux dragons et découvre les secrets de ces ancêtres. J'ai aimé la poésie de ce texte, l'évolution de l’héroïne et la magie de l'univers. C'est un texte d'introspection vraiment bien foutu. J'ai aussi aimé le message qu'il véhicule, surtout que je suis mère et qu'il parle vraiment des mères.

9. Le Monstre de Westerham - Erik Wietzel
La reine est en exil, elle doit sauver son peuple de n'importe quelle manière. Partie à la recherche d'un artefact magique, elle découvre un dragon. Dragon qui lui est venu pour essayer d'égaler sa soeur, petite peste qui a redonné espoir à son peuple. J'ai beaucoup aimé les dragons de ce texte, d'ailleurs, lors de la première partie, je n'avais pas compris qu'ils étaient dragons. J'ai aimé la manière dont Ertik Wietzel les a personnifié. Le texte est emplie de faux semblants, de mensonges. C'est aussi un texte très triste, avec une fin, bien que prévisible, qui m'a beaucoup touché.

10. Under a Lilac Tree - Mathieu Gaborit
Une nouvelle qui se situe dans Paris et qui semble assez contemporaine. On y suit l'Eveilleuse, jeune femme qui rêve et surtout qui voit l'autre monde, celui des légendes et des petits êtres. Le mélange monde tangible et monde onirique a vraiment bien fonctionné sur moi, la poésie qui s'en dégage est vraiment magnifique. Par contre, j'avoue avoir eu un peu de mal avec la fin, trop rapide à mon gout, beaucoup trop. Par contre, elle m'a vraiment donné envie d'en découvrir plus sur son auteur.

11. Cet oeil brillant qui la fixait - Nathalie Dau
J'avoue, j'ai pris ce recueil surtout pour cette nouvelle, enfin son auteur. Vous avez du comprendre que j'aime beaucoup Nathalie Dau, découverte il y a peu. Elle nous livre à nouveau un magnifique conte qui a encore une fois fait mouche sur moi. La poésie de la prose de cette auteure me touche réellement.

12. Les soeurs de la Tarasque - Mélanie Fazi
La nouvelle avec le ton le plus contemporain de l'histoire. Sur une île, des jeunes filles entre quatorze et quinze ans sont choisies afin que l'une d'elle devienne la reine d'un Dragon sous peine de voir l'île détruite à tout jamais. On y suit Rachel, jeune élue qui n'aime pas le Dragon, n'aime pas sa condition d'élue. Lorsque son amie est choisie, elle continue à se poser des questions sur l'amour, l'idolatrerie... J'ai aimé le mélange contemporain et vieille légende. J'ai aussi aimé le fait que Rachel ne soit pas comme toutes les autres, amoureuse du Dragon.  A la place, elle est amoureuse de son amie et ne veut pas la perdre.   Je crois que c'est l'une des nouvelles que j'ai le plus apprécié dans ce recueil.

Au final, Reines et Dragons est vraiment un recueil sympathique et pas du tout ennuyeux. Je n'avais jusque là jamais lu de recueil de fantasy, pensant que je risquais de m'y ennuyer, j'avais tord. Après bien sur, certaines nouvelles m'ont plus touché que d'autres mais il m'a permis de découvrir de nouveaux auteurs que je lirais certainement très prochainement.

lundi 3 septembre 2012

Contes Myalgiques II, Raven Party, Nathalie Dau

Vous devez le savoir, j'aime bien lire parfois juste une nouvelle et pas forcément tout le recueil dont elle est issue. Ce n'est pas vraiment le cas ici. En fait, en numérique, Nathalie Dau a carrément décidé de publier son recueil en petits morceaux, soit une nouvelle ou deux à chaque fois. Voici donc mon avis sur la première partie, qui été en téléchargement gratuit lorsque je l'ai prise.

Contes Myalgiques, Raven Party, Nathalie Dau

Pour la couverture, j'ai mis celle des Contes Myalgiques dont est tirée la nouvelle

Editeur : Griffes d'Encre
Collection  : /
Année de parution : 2012 pour la version numérique, 2010 pour la version papier
Format : Epub

A lire si :
- Vous aimez les formats nouvelles
- Vous aimez les vieilles légendes

A ne pas lire si :
- Vous n'aimez pas les nouvelles
- La revisite des vieilles légendes


Présentation de l'éditeur :

Il rôde. Dans les galeries du bassin houiller, le touffu des forêts sauvages et la noirceur des sentiments. Dans la souffrance et puis les larmes, les cauchemars du quotidien, le désespoir, la solitude… et la peur qui pousse à le voir là où il ne s’est pas tenu. La rancœur qui l’invoque. La vengeance qui lui livre son dû. Il rit, aussi, de la folie et de ses farces. Des illusions, des accidents, des maux. Du Mal. Et il attend. Armé de ses atouts.
PS : Ceci est la présentation pour tout le recueil.


Mon avis

Raven Party est donc une nouvelle tirée du receuil Les contes Myalgiques 2 de Nathalie Dau. J'ai découvert l'auteur il y a peu avec Les débris de Chaudron et j'avais vraiment aimé sa façon d'écrire et de revisiter les vieilles légendes et la mythologie. 

Dans Raven Party, elle revoit le mythe de la chasse sauvage. Nous suivons deux jeunes femmes, en partance pour une rave. Malheureusement, elles se perdent en chemin et heurte quelque chose. Suite à l'accident, l'une d'elle va découvrir les membres de la chasse sauvage et être prise au piège.

J'ai aimé le mélange entre notre époque et celle des vieilles légendes. Je trouve personnellement que cela rajoute un petit plus, une manière de mieux entrer dans l'histoire. Cette façon de faire permet aussi de passer quelques messages un peu écologique (la destruction de la forêt et ce que cela entraine) mais aussi d'ancrer l'histoire dans un monde que nous connaissons.

 Par contre, j'ai eu plus de mal avec les personnages "humains" de la nouvelle. On apprend peu sur elles et elles ne sont finalement là que pour mettre en place la chasse. Ce détails ne m'a donc pas vraiment perturbé dans ma lecture. J'ai à l'inverse grandement aimé le corbeau de l'histoire. C'est un personnage très énigmatique.

L'écriture de Nathalie Dau est toujours aussi poétique, les mots semblent dansés sous sa plume. Je trouve d'ailleurs que le format nouvelle se prête particulièrement bien à sa manière d'écrire. J'ai été ravie de pouvoir lire à nouveau sa prose.

Cette lecture de Raven Party m'a donné envie de lire les autres contes Myalgiques. Je sens que je ne vais pas tarder à les acheter.


dimanche 10 juin 2012

Les débris du Chaudron, Nathalie Dau

Second livre du challenge 100 SFFF francophone pour moi. 

Les débris du Chaudron, Nathalie Dau

Editeur : Argemmios
année de parution :  2008
Pages : 210

A lire si :
- Vous aimez la mythologie celte (et surtout galloise)
- Vous aimez les histoires d'amour immortelles

A ne pas lire si
- vous n'aimez pas les histoires de réincarnations

Présentation de l'éditeur

L’amour et la vengeance ont l’art de traverser les âges, et ce d’autant plus lorsque les dieux sont impliqués.
Pour certains mortels, cela signifie un héritage lourd à porter, mêlé de malédiction.
Ainsi en va-t-il d’Augusta Quinn et d’Alwyn Archtaft. Destinés à réparer le chaudron de Kerridwen, afin de permettre le retour de la déesse, ils devront compter avec Affang, le terrible démon des eaux, qui les poursuivra de sa haine.
Mais en cette fin de XXème siècle, un dieu veille et se souvient. Capable d’arpenter les lieux d’ici et d’ailleurs, Kernunnos, sous l’un ou l’autre de ses avatars, permettra à la réalité de rattraper le mythe... et de le dépasser. 

Mon avis 

 Le choix de ce livre a été très simple pour moi, le nom de Kerrydwen me renvoyant directement à mon amour pour la mythologie celte. Or cette mythologie là me plait beaucoup et il faut le dire, je ne connaissais pas l'histoire de Kerrydwen autant que je l'aurais voulu. Du coup, c'était une évidence pour moi, il me fallait lire ce livre.

Les débris du chaudron nous amène en premier hors du temps et nous raconte l'arrivée de Kerrydwen et de Kurnennos en Gwynned. Là nous assistons à la victoire de la jeune femme sur une vielle sorcière et à son ascension en temps que reine puis à sa déchéance à cause de son dernier fils. Cette histoire est entrecoupée par celles de deux familles subissant une malédiction en liant avec le chaudron brisé de la déesse Kerrydwen.

J'ai beaucoup apprécié cette manière dont est conté l'histoire. D'abord, on en apprend plus sur la déesse, son époux et ses enfants puis on découvre leurs héritiers et la malédiction qui plane sur eux. Les différentes époques se mélangent facilement au fils des chapitres jusqu'au milieu du livre environ où les deux époques se mélangent enfin.

Les deux époques sont portés par un seul et même personnages, lien entre les deux, Kernunnos, le dieu cornu mais aussi par les enfants de la Déesse et leur incarnation. Ce sont réellement les liens entre les deux époques mais aussi les héros de la partie "moderne" du livre. 

Le fait que les personnages soient des réincarnations et donc par là de "simples" humains à la base m'a beaucoup plus. Il permet de ne pas avoir des héros déjà surpuissants et surtout ennuyeux parce qu'ils savent tout. Ici ce n'est donc pas le cas, et on apprend avec eux les tenants et aboutissement de l'histoire. Dans la partie "mythologique", on découvre des dieux et déesses plutôt humains dans leur comportements. Et leur déchéance n'en est que plus dure.

Je ne parlerais pas vraiment des personnages en tant que tel, il faut réellement les découvrir pour comprendre ce qu'ils sont, ce qu'ils vont être.

Passons à présent au style de l'auteur. Et quel style ! Nathalie Dau n'écrit pas des romans, elle écrit des chansons très longues. Non vraiment, elle a cette écriture chantante et poétique digne d'un barde. Le roman ne s'en lit que plus facilement et nous plonge encore plus dans l'univers des Débris du chaudron. 

Pour moi, les débris du chaudron est un véritable coup de cœur et je le conseille à tous ceux qui aime la mythologie celte.