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lundi 24 avril 2023

La maison hantée, Shirley Jackson

 Oui, je ne m'éloigne jamais beaucoup de la SFFF, même quand je dis que j'ai besoin de lire autre chose. Bref, il y a un moment, j'ai récupéré une liste de livres sur des maisons hantées, et bien sûr, la maison hantée en faisaient partie (le Tour d'écrou de Henry James aussi, mais j'ai oublié de faire la chronique ici)(d'ailleurs, merci à Malone Silence pour les recommandations). Alors, ça donne quoi, la maison hantée ?

La maison hantée, Shirley Jackson

Editeur : Rivages/Noir
Collection : 
Année de parution : 2016
Titre en VO : The Haunting of Hill House
Année de parution en VO : 1959
Nombre de pages : 288

A lire si : 
- Vous aimez les romans psychologiques
- Vous voulez de la maison hantée mais pas trop

A ne pas lire si : 
- Vous vous attendez à avoir très peur

Présentation de l'éditeur : 

Construite par un riche industriel au XIXe siècle, Hill House est une monstruosité architecturale, labyrinthique et ténébreuse, qui n’est plus habitée par ses propriétaires. On la dit hantée. Fasciné par les phénomènes paranormaux, le docteur Montague veut mener une enquête et sélectionne des sujets susceptibles de réagir au surnaturel. C’est ainsi qu’Eleanor arrive à Hill House avec ses compagnons. L’expérience peut commencer. Mais derrière les murs biscornus, les fantômes de la maison veillent et les cauchemars se profilent…

Mon avis

Je ne vais pas vous mentir, je m'attendais à un roman un minimum plus terrifiant. Je ne sais pas trop pourquoi, d'ailleurs. J'avais eu la même chose avec le Tour d'écrou de Henry James. Je crois que c'est à cause de la série the Haunting of, sur Netflix, qui reprend librement les deux romans (mais que je n'ai toujours pas vu). Mais la Maison Hantée, sans être terrifiant, n'est pas forcément de tout repos. Et finalement, j'en suis plutôt contente, parce que je préfère ce genre là de roman.

Un été, le docteur Montagu décide de faire venir des gens ayant subi des phénomènes paranormaux à Hill House, une étrange maison perdu dans les collines et dite hantée. Il invite donc Eleanor Vance, qui aurait subi déjà subi un épisode de poltergeist alors qu'elle était enfant, Theodora qui serait télépathe ainsi que Luke Sanderson, qui lui fait parti de la famille de la propriétaire de la demeure. Tous les quatre doivent passer plusieurs semaines dans la maison et y noter toutes leurs impressions. Mais, entre les dimensions étranges de la maison qui la rendent inconfortable et son étrange ambiance, les esprits vont vite s'échauffer.

J'ai adoré l'ambiance du roman. On est sur du néo gothique, avec cette maison biscornue, âgé de plus de 80 ans et construite par un industriel qui ne semblait pas tout à fait saint d'esprit. Dès le départ, Hill House fait peur, mais étrangement, elle n'apparait pas tout à fait comme un cauchemar. Plutôt une sorte de parenthèse dans la vie bien trop rigide d'Eleanor, notre personnage point de vue. Les deux se répondent, d'une certaine façon. C'est assez compliqué à expliquer, mais en fait, la maison et la jeune femme ont peut-être plus de point en commun qu'on ne veut bien le croire. D'ailleurs, l'autrice va plus se pencher sur la psychologie de son héroïne que sur le fait que la maison ne soit hantée. Petit à petit, on va découvrir Eleanor par elle-même, ce qui va peut-être nous enduire en erreur parfois. Car nous avons là un personnage complexe, que nous avons parfois du mal à comprendre. Eleanor est comme une enfant, une enfant parfois capricieuse. Et si "l'ennemie" est la maison pour les trois autres locataires, ce sont eux, qui petit à petit vont devenir les ennemis d'Eleanor. On comprend alors, que si Hill House n'est pas hantée au sens propre du terme, elle hante et possède ceux qui y viennent. 

Autre chose que j'ai apprécié, c'est le côté maison hantée pas si hantée que ça, avec l'apparition de Mrs Montagu, l'épouse du docteur. Jackson part vraiment sur cette idée que la maison n'est peut-être pas si hantée que ça, et que vraiment, ce sont les personnes qui y vivent qui la rende si terrifiante et particulière. Alors que Eleanor, Luke, Theodora et le docteur sont témoins de phénomènes étranges, Mrs Montagu et son acolyte qui se disent tous deux mediums ne sont témoins de rien. Leurs interactions sont même plutôt amusantes, détendant l'atmosphère, avant la fin du roman. En fait, leur présence et leurs expériences surnaturelles (ils utilisent une planchette par exemple), ne semble pas affecté le moins du monde ce qui se trouve dans la maison. Et pendant qu'ils font "les zouaves", les quatre autres, eux, vivent toujours des choses étranges. Le contraste est assez saisissant à partir de là. Et je crois vraiment que c'est à partir de là que j'ai commencé à frissonner un peu.

Au final, le roman n'est pas aussi terrifiant que je l'aurais cru, mais il fonctionne particulièrement bien. J'ai adoré l'aspect psychologique que l'on retrouve tout le long. Le fait qu'Eleanor semble si connecté à la maison aussi. Bref, ce fut un roman vraiment sympa à lire, que j'ai d'ailleurs dévoré en deux jours. 


jeudi 15 décembre 2022

Station Eleven, Emily St John Mandel

 Voilà longtemps que je voulais mettre la main sur ce roman. J'avais, du coup, assez peur qu'il finisse par ne pas être à la hauteur de ce que j'attendais de lui. On va voir si c'est le cas (spoiler, c'était bien).

Station Eleven, Emily St John Mandel


Editeur : Rivage
Collection : Poche
Année de parution : 2018
Titre en VO : Station Eleven
Année de parution en VO : 2014
Nombre de pages : 473

A lire si :
- Vous voulez un roman pré et post "apocalypse"

A ne pas lire si :
- Les pandémies vous font peur.

Présentation de l'éditeur : 

Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord.
Centré sur la pandémie mais s’étendant sur plusieurs décennies avant et après, Station Eleven entrelace les destinées de plusieurs personnages dont les existences ont été liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme en jouant Le Roi Lear. Un mystérieux illustré, Station Eleven, étrangement prémonitoire, apparaît comme un fil conducteur entre eux…

Mon avis

Un soir, durant la représentation du Roi Lear, Arthur Leander décède d'une crise cardiaque. Cet évènement marque le début du livre mais aussi son point central. Ce soir là, une pandémie de grippe mortelle commence. La maladie est foudroyante : il ne lui faudra que quelques jours (heures, même) pour conquérir le globe et décimer une bonne partie de la population. Les survivants, pas assez nombreux pour pouvoir faire fonctionner les installations modernes, vont d'abord fuir les grandes villes, marcher pendant des mois, des années, puis se regrouper et créer de petites communautés. Environ vingt ans plus tard, nous suivons Kirsten, membre de la Symphonie Itinérante, et petit role enfant dans la pièce durant laquelle Leander trouva la mort. Elle ne sera pas la seule, puisque nous allons voyager dans le temps, autour de personne ayant connu Arthur, découvrant, petit à petit ce qu'il a pu se passer avant et après la pandémie.

Je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps, c'est le genre de livre que j'aime. Celui qui fait la part belle à ses personnages, à leurs pensées, qui sait les mettre en valeur. J'ai aimé beaucoup de chose chez lui, sa chronologie, ses personnages, leur lien souvent tenu en fait, la manière dont l'autrice insuffle toujours de l'espoir dans son texte, une sorte de lumière qui ne les quitte presque jamais même au plus mal.  Station Eleven tient son nom d'un illustré (une bande dessinée) créé par Miranda, la première femme d'Arthur Leander. Ces deux premiers volumes vont être comme un fils rouge dans l'histoire, en plus d'Arthur lui-même. Chacun des personnages que l'on va suivre, Arthur, Miranda, Elisabeth (la deuxième épouse d'Arthur), son fils, Clark (meilleur ami d'Arthur), Kirsten, ou encore Jeevan (ex paparrazzi, ex journaliste people, futur secouriste), tous ont eu connaissance de l'illustré, tous ont connu Arthur. Au fur et à mesure de l'histoire, ils vont tous plus ou moins interagir ensemble, avant ou après la mort d'Arthur. Et j'ai vraiment aimé pouvoir les suivre sur autant d'années. J'ai adoré pouvoir découvrir comment ils en sont arrivés là où ils en étaient au moment où on les découvre. Cela permet de se plonger vraiment dans leur psyché. Ainsi, quand on rencontre le prophète, et que l'on découvre son passé, on comprend peut-être un peu mieux pourquoi il est ce qu'il est à l'an 20. De même pour Kirsten ou pour Clark. 

Autre chose que j'ai aimé, ce sont tous les tropes apocalyptique que l'on retrouve, qui sont largement identifiables et qui sont utilisés pour faire avancer l'histoire. Non parce qu'on retrouve tout de même le fameux prophète qui pense que c'est grâce à Dieu qu'il est toujours vivant. Où plutôt des prophètes, comme nous le fait remarquer un personnage. On retrouve aussi les communautés repliées sur elles-même, qui ne communique pas avec les autres, et j'en passe. Ca nous donne un cadre bien connu, peu original qui permet de faire la part belle aux personnages. Comme quoi, on en revient toujours à eux, d'une manière ou d'une autre. Et c'est ça que j'adore dans ce roman. Mais vraiment. On est sur du classique sans l'être. Le sentiment de familiarité est présent, nous met en confiance pour mieux nous perdre par la suite. Et même si on finit par deviner ce qu'il va se passer, que se soit avant ou après la pandémie, on prend un réel plaisir à suivre les personnages.

Au final, j'ai donc clairement beaucoup aimé Station Eleven. Je trouve le roman lumineux en fait, et ça malgré son côté post et pré apocalypse. Par contre, j'avoue que je ne lis plus les romans avec ce genre de pandémie de la même manière depuis l'arrivée du covid. On a beau dire, mais ça aura quand même changer bien des choses, celle-là de pandémie. En tout cas, je recommande beaucoup beaucoup le roman.

mardi 19 mai 2015

Shutter Island, Denis Lehane

Crois-le ou pas, j'ai failli voir le film tiré du livre en entier. Sauf que ce soir-là, j'étais tellement naze que je me suis endormie devant... Donc, je n'ai vu que les vingt premières minutes... C'est déjà mieux que d'habitude non ?? (je suis très livre dont on a tiré un film en ce moment, je trouve)

Shutter Island, Denis Lehane

Editeur : Rivages
Collection : Noir
Année de parution : 2008
Titre en VO : Shutter Island
Année de parution en VO : 2003

A lire si :
- Vous voulez un thriller psychologique
- Vous aimez quand c'est compliqué

A ne pas lire si :
- Vous n'avez rien d'un insulaire
- Vous aimez quand c'est quand même plus simple

Présentation de l'éditeur 

Nous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments à l'allure sinistre. C'est un hôpital psychiatrique pour assassins. Le Marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule ont été appelés par les autorités de cette prison-hôpital car l'une des patientes, Rachel Solando, manque à l'appel. Comment a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre incohérente d'une malade ou cryptogramme ? Progressivement, les deux policiers s'enfoncent dans un monde de plus en plus opaque et angoissant, jusqu'au choc final de la vérité.

Mon avis

Donc comme je disais, je n'ai pas vu le film en entier. Par contre, je me souviens que le début, sans être réellement angoissant, il m'avait quand même bien plongé dans l'ambiance. C'est légèrement glauque, j'avais trouvé (à moins que ce ne soit la fatigue). Et le glauque, on le retrouve bien dans le livre, et cela, finalement dès le début.

Début qui est donc un prologue se passant en 93. Si tout semble allait pour le mieux, la fin de celui-ci commence surtout à nous mettre sur la voie (encore plus si on le relit après avoir fini le livre). Juste après, direction les années 50 et l'île, Shutter Island en compagnie de celui qui sera notre personnage principal, Teddy Daniels. L'homme est marshal et est envoyé sur l'île pour retrouver une patiente enfuie. Rapidement, il va se rendre compte que tout ne va pas dans le meilleur des mondes, qu'on les contre, lui et son coéquipier, qu'on leur cache quelque chose. Il va donc mener son enquête, plus une autre, en sous-marin.

Dès le début, l'angoisse monte. Il faut dire que Shutter Island n'a rien d'idyllique. Prison mais surtout hopital psychiatrique, on y enferme les détenus les plus violents des états-unis. Si on ne voit pas cette violence là rapidement, il n'en reste pas moins que les patients/prisonniers sont pour le moins flippant pour la plupart. Mais peut-être un peu moins que le personnel lui-même, ou du moins la vision qu'en a Daniels. On ajoute à cela une tempête dévastatrice, un jeu de piste à base d'énigme et voilà qu'on est pris dans l'histoire sans pouvoir en sortir. Et rapidement, on commence à se poser des questions sur Daniels lui-même. L'homme a vécu des événements traumatisants (la guerre, la mort de sa femme) et semble souffrir tout de même d'une certaine paranoïa. Vite persuadé qu'il y a complot, il va peu à peu sombrer. 

Si le roman se base sur l'évolution de son personnage avec un twist final qui laisse tout de même pas mal planer le doute (à vous de vous faire une opinion sur Daniels), il n'en est pas moins une critique de ce qui a pu se faire pour faire avance la psychiatrie dans les années 50. Alors, oui, on peut se dire que l'auteur a pu exagérer pour les besoins de son histoire. Sauf que ce qu'il décrit à réellement exister à certain degrés. Il a été prouvé que des expériences furent faites sur des détenus atteints de maladie mentale (et pas qu'aux Etats-Unis). Du coup, ça rend tout de même tout cela encore plus angoissant et surtout on se rend compte que les fous ne sont pas forcément ceux que l'on pense. Enfin, là j'avoue que j'extrapole tout de même un peu. 

Shutter Island est donc un très bon thriller qui ne m'aura duré que deux jours, même pas. Lehane réussit à ne nous donner que quelques indices à la fois, faisant monter la tension de plus en plus sans nous lâcher. Ce qui fait que effectivement, on enchaîne les chapitres sans le moindre problème, voulant toujours en savoir plus. Si nous ne voyons que la psychologie de Daniels, les autres personnages n'en sont pas moins intéressants, même si parfois, il manque de profondeur. J'aurais par exemple, voulu plus en voir du Directeur qui ne parlera qu'une fois mais qui le fera d'une manière marquante. Tout comme le docteur Sheehan, apparaissant bien tard et qui est finalement la clef de voûte de toute l'histoire.

Vous aurez donc compris que j'ai vraiment beaucoup aimé le livre et que la prochaine fois que le film passera à la télévision, je ferais en sorte de ne pas m'endormir devant !