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mardi 15 février 2022

l'Hiver de la Sorcière, Winternight, tome 3, Katherine Arden

 Je n'ai pas pu tenir plus longtemps. Je m'étais dis que je lirais le troisième tome de Winternight à la fin de l'hiver, juste pour faire durer la saison un peu plus. Et puis, non, je ne peux pas. J'ai trop aimé les premiers tomes pour atteindre. 

l'Hiver de la Sorcière, Winternight, tome 3, Katherine Arden

Editeur : Folio SF
Collection : .
Année de parution : 2021
Titre en VO : Winternight, book 3: The Winter of the Witch 
Année de parution en VO : 2019
Nombre de pages : 576

A lire si 
- Vous aimez les contes russes
- Vous aimez l'hiver

A ne pas lire si 
- Vous vous attendez à un conte sauce disney
- Vous n'aimez pas l'hiver

Présentation de l'éditeur : 

Moscou se relève difficilement d’un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu’un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale. Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s’annoncent? Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d’autant qu’une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus’.

Mon avis

Comme je le disais, j'ai adoré les deux premiers tomes de Winternight. C'est une série qui me parle beaucoup, autant pour l'hiver que pour les esprits. Du coup, je me suis replongée dans l'histoire de Vassia le cœur léger et le sourire aux lèvres. Sourire qui a vite disparu au vu des premiers chapitres. Ne vous inquiétez pas, j'aime toujours autant, c'est surtout que les dits premiers chapitres sont assez durs. On se trouve pile poils après la fin de La fille dans la Tour. Moscou a été incendié, les tatars sont en fuites et Vassia, blessée, a retrouvé Olga dans le terem. Malheureusement, rien n'est fini. Mené par le père Konstantin, la foule veut sa mort. Après certains évènements dont je ne parlerais pas pour ne pas trop spoiler (sans déconner, c'est compliqué), elle est finalement sauvé par l'Ours, envoyé par Morozko. Mais ce geste a des conséquences. Libre, l'Ours va semer le chaos en s'alliant (si on peut appeler ça une alliance) à Konstantin. Pendant ce temps, Vassia va découvrir qui elle est...

Katherine Arden fait fort avec ce dernier tome. Mais vraiment. Le début est prenant, absolument terrible et plein de rebondissement. Je n'ai pas réussi à lâcher le livre pendant plus de trois cent pages et encore, c'est bien parce que je tombais de sommeil. On trouve dans cette première moitié tout ce qui a fait le charme du premier tome, l'Ours et le Rossignol. Une fois que Vassia se trouve dans le domaine de la Minuit, pas celui du Lac, c'est la magie du conte de fée qui prend vie sous nos yeux. Surtout, nous voici enfin de celle que je trouvais peut-être un peu trop absente, la Baba Yaga. J'attendais son arrivée avec grande impatience, persuadée qu'elle serait là, après tout Vassia porte le nom d'une des héroïnes de conte qui la rencontre. Elle n'a pas forcément un grand rôle (du moins dans le tome, pour l'histoire, c'est encore autre chose) et je suis déçue que la maison n'est pas de pates de poulet mais elle est bien là. Outre l'apparition de la Baba Yaga, c'est toute la partie "féérique" que j'ai aimé la-dedans. Surtout, elle offre un petit peu de répit à notre héroine. Parce que ça ne dure pas. La seconde partie nous ramène à quelque chose de plus terre à terre, l'invasion Tatare. Le roman rejoint alors l'Histoire. La touche féérique et conte est toujours là mais c'est surtout sur l'humain que se penche alors l'autrice.

Vassia, dans ce tome et plus que jamais doit trouver sa place. Elle se voit en réconciliatrice forcée entre païens et chrétiens, troisième entité entre Morozko (qu'on ne voit que trop peu) et son frère, Medved. Elle est toujours au milieu et cette situation ne lui plait guère. Surtout elle est si attachée à la Rus' que ses choix ne sont pas toujours bons. Elle parle souvent avec son cœur et parfois, ça lui joue des tours. Mais elle apprend de ses erreurs et tente, quoiqu'il se passe, de sauver la Rus', que se soit d'abord de l'Ours, puis des Tatars. A ses côtés, on trouve toujours un Sacha prêt à tout pour ses sœurs et son pays. Lui aussi est souvent tiraillé entre Vassia et Dimitri. Je l'ai trouvé tellement bon dans ce tome, il casse enfin cette impression de "saint" que j'avais de lui. Pour continuer dans la famille, je regrette un peu que l'on laisse finalement de côté Olga et Maria qui étaient pourtant si prometteuses (elles ont pourtant des rôles essentiels, mais elles n'apparaissent que peu). Un personnage que j'ai été ravie de vraiment découvrir, c'est Medved, l'Ours. Il a un rôle des plus importants et j'ai adoré qu'il ne soit pas maléfique, que, comme son frère, il soit tout en nuance. D'ailleurs, tous les personnages sont nuancés à merveille. Ni trop gentils, ni trop méchant, avec des motivations que l'on peut comprendre (ou pas) de chaque côté. 

Au final, j'ai été très triste en lisant le début du roman et puis à nouveau en lisant la fin. La série est tellement bien. Cette trilogie est à découvrir, surtout si vous aimez l'hiver, le froid, les vieilles légendes et les contes toujours joyeux. J'ai vraiment tout aimé dedans, l'ambiance, les personnages, la magie. C'est tellement beau et poétique à lire. Bref, un vrai coup de coeur.

samedi 12 septembre 2020

L'Ours et le Rossignol, Winternight, tome 1, Katherine Arden

Vous savez quoi ? Instagram est une source sans fin de souhait livresque. C'est pire que les blogs ou Livvradict. Si ça permet de faire de jolies découvertes, ça n'arrange pas du tout mon porte-monnaie. Bref, c'est donc sur Bookstagram que j'ai découvert cette série et que j'ai eu envie de la lire.

L'Ours et le Rossignol, Winternight, tome 1, Katherine Arden

Editeur : Folio
Collection : SF
Année de parution : 2020
Titre en VO : The Bear and the Nightingale
Année de parution en VO : 2017
Nombre de pages : 464

A lire si 
- Vous aimez les contes russes
- Vous aimez l'hiver

A ne pas lire si 
- Vous vous attendez à un conte sauce disney
- Vous n'aimez pas l'hiver

Présentation de l'éditeur : 

Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Mon avis

J'avoue que j'aurais pris ce roman même sans Bookstagram en le voyant dans ma librairie. La couverture est juste trop trop belle (forcément, c'est une Aurélien Police). Et en plus d'être belle, elle va parfaitement avec l'intérieur du roman. On y retrouve toute l'ambiance de l'histoire en un seul coup d’œil. Elle a vraiment un côté très féerique, très conte. Bref, je l'aime beaucoup beaucoup. Et j'aime aussi beaucoup beaucoup ce début de trilogie.

Nous voici donc en Russie, en plein hiver. Dounia, vieille nourrice, raconte le conte de Gel aux enfants. Cette même nuit, Marina, l'épouse de Piotr lui annonce qu'elle est à nouveau enceinte, qu'elle veut cette fille et qu'elle veut qu'elle soit comme sa grand-mère. Or, la dite grand-mère était considérée comme une sorcière, une femme capable de voir les esprits. Et cela finit par arriver. Elle met au monde Vassilissa, dite Vassia, puis meurt. Ce que nous allons suivre, c'est l'histoire de Vassia, la fille capable de voir les esprits, la sorcière, la fille de l'Hiver.

Vassia, c'est la petite fille qui fuit les activités qu'on lui impose pour se rendre dans la forêt ou jouer avec ses frères, c'est celle que tout le monde aime mais que quand même il lui faudrait un modèle maternel pour être une "vraie" fille. Alors, Piotr va chercher une épouse à Moscou et les ennuis vont commencer. Il va ramener, plutôt contraint d'ailleurs, Anna, la fille du Grand-Prince que l'on dit folle. En fait, tout comme Vassia, elle voit les esprits, mais dans son esprit, ils sont les démons, là où Vassia les voit pour ce qu'ils sont. Il va aussi ramener un cadeau pour Vassia, un magnifique pendentif venant de Gel lui-même, la plaçant sous sa protection. Mais Dounia cache le cadeaux et Anna, comme les Belle-mères des contes, ne supportent pas Vassia. L'arrivée du père Konstantin, le nouveau prête du domaine, ne va rien arranger. Dans la forêt, l'Ours s'éveille et avec lui la peur et la mort. 

Le roman devient un immense conte russe où folklore et légende viennent se mêler. Il n'y a pas besoin de connaitre les contes ou le nom des esprits et dieux de la mythologie russe et plus particulièrement slave pour suivre. L'autrice a étudié la littérature russe et a vécu à Moscou. Elle connait un minimum son sujet et cela se sent. On ne se contente pas des contes les plus connues (Ivan et le loup n'est que nommé par exemple, tout comme Vassilissia la Belle). D'ailleurs, on en retrouve quelqu'un dans ce que vit Vassia elle-même. Concernant le Folklore, il est présent et pas qu'un peu donc. On retrouve forcément le Domovoï, l'esprit des maisons slaves, mais aussi une Roussalka ou encore le Liéchi (esprit de la forêt) et quelque autre. On ajoute à ça qu'une bonne partie se déroule l'hiver. Cela donne une merveilleuse ambiance au roman, assez froide et en même temps belle et poétique.

On ajoute à cela des personnages qui ne sont pas totalement cliché. Vassia est un savant mélange entre l'héroïne de conte et la jeune femme "normale". On retrouve en elle la fille un peu à l'écart du monde, celle qui n'est pas apprécié par sa belle-mère, qui n'est pas tout à fait belle mais qui a ce petit truc qui fait qu'on se retourne vers elle. Et puis, finalement, on se rend vite compte que Vassia, si on exclut le fait qu'elle voit les esprits, c'est une jeune femme comme les autres, peut-être à peine plus sauvage. C'est surtout quelqu'un de très lucide. Konstantin, lui, est un prête qui peint des icônes. Il voue sa vie à Dieu et à sa religion jusqu'à ce qu'il rencontre Vassia et Anna (Anna qui semble être un double miroir de sa belle-fille au final). A partir de là, rien ne va plus aller. Il va faire peur aux villageois, se sentir attirer par Vassia, sera frustré à mort par bien des choses et finira par se détourner sans s'en rendre compte de sa propre foi. Mais à côté de ça, je trouve que certains personnages auraient mérité d'être un peu plus développé, comme les frères de Vassia (il semble qu'on en sera plus sur Sacha dans le tome suivant) ou son père. Je sais bien que si on garde la notion de conte, ça reste finalement assez normal. Mais j'aime quand tout est devellopé. 

Une autre chose que j'ai apprécié et dont je n'ai pas encore parlé, c'est la religion et les mythes. Vassia vit dans un monde où les gens sont chrétiens (orthodoxe plus précisément) mais où ils croient encore aux esprits de la nature et des maisons. Ainsi les deux cohabitent et aucun ne semble prévaloir sur l'autre. Cela se voit dans la demeure de Vassia avec ses icônes bien présentes et les offrandes au Domovoï par exemple. Mais, c'est aussi une époque où les vieilles croyances commencent à disparaitre. Ainsi, Anna pense que les esprits qu'elle voit sont des démons qui lui veulent du mal. L'arrivée de Konstantin à Lesnaïa Zemlia, le  village de Vassia, va tout changer. On va se retrouver avec une dualité entre les deux croyances qui n'a rien de bon. J'ai aimé la manière dont tout cela est mené par l'autrice. Jamais elle ne va mettre l'un en avant plus que l'autre dans les croyances de Vassia. Les deux sont importants. J'apprécie beaucoup ce message, cette manière de voir (mais je pense que ça vient tout bonnement de ma propre spiritualité)(du coup, le roman fait partie de ces livres de fantasy, à l'instar de Terremer de Le Guin, qui nourrissent mon moi intérieur).

Au final, c'est un presque coup de coeur. Presque parce que je le trouve parfois un peu lent, surtout vers le début. J'ai aimé son ambiance, son folklore, ses personnages. C'est une magnifique découverte et j'attends à présent impatiemment que le second tome sorte en poche (la série est finie en GF, chez Denoël). N'hésitez surtout pas à plonger dans cette forêt russe, vous ne serez pas déçu !