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mercredi 13 mai 2020

Bilbo le Hobbit, J.R.R. Tolkien

L'avantage du mois de la fantasy, c'est que je ressors des bouquins que je voulais relire depuis pas mal de temps. Bilbo en fait parti. C'est un des plus vieux livres de ma bibliothèque personnelle. D'ailleurs, je peux vous dire que je l'avais payé 35 francs et que la dernière fois que je l'ai lu était en 1999. Autant dire que ça me rajeunit pas du tout.

Bilbo le Hobbit, J.R.R. Tolkien

Editeur : le Livre de poche
Collection : Jeunesse
Année de parution  : 1992
Titre en VO : The Hobbit
Année de parution en VO : 1937
Nombre de pages : 400

A lire si :
- Vous aimez les grandes aventures
- Vous aimez les nains

A ne pas lire si :
- Vous n'aimez pas les voyages
- Vous voulez voir des elfes

Présentation de l'éditeur : 

Bilbo, comme tous les Hobbits, est un petit être paisible qui n'aime pas être dérangé quand il est à table. L'aventure tombe chez lui comme la foudre : un magicien et treize nains barbus viennent lui parler de dragon, de trésors et d'expédition périlleuse au-delà des montagnes.
Le miracle, c'est qu'il les suivra et qu'il affrontera tous les dangers, sans jamais perdre son humour, même s'il tremble plus d'une fois !

Challenge mois de la fantasy

Un livre de Tolkien ne peut que prendre place dans le challenge et remplir un bon nombre de catégorie. Bilbo entre donc dans : 
- La fureur de Smaug, qui porte le nom du dragon du livre
- Tolkien, roi de la fantasy, je suppose qu'il n'y a pas besoin d'expliquer pourquoi
- Peter Jackson et sa trilogie (que je n'ai toujours pas vu)
-Elfe, Nain, chevalier, choisis ton camps, et pour moi, ici ça sera les nains, bien sûr
- Le Chant de Pippin grâce aux nombreuses chansons du livre

Mon avis

Je n'ai pas lu le Hobbit depuis des années. La dernière fois, c'était donc en 1999 et j'avais treize ans (et déjà lu au moins deux fois son ainé, le Seigneur des Anneaux). D'ailleurs, c'était aussi la seule fois (alors que j'ai lu et relu le SdA). Lorsque j'ai relu la trilogie il y a quelques temps, je m'étais dit qu'il serait sympa de relire aussi ce roman-là et puis, j'ai oublié. Il faut dire qu'il m'a beaucoup moins marqué que le SdA. Il était temps de le relire.

Le Hobbit raconte donc l'histoire de Bilbo. Une histoire que l'on connait un peu si l'on a déjà lu le SdA, puisque les évènements de ce roman y sont parfois relaté, dont un, le plus important, celui qui a fait que Bilbo se retrouve en possession de l'Anneau Unique. Mais le Hobbit ne s'arrête pas juste à cette aventure là. D'ailleurs, elle est presque anecdotique par rapport à tout ce qu'il se passe durant cette aventure. 

S'il existe bien un livre qui illustre la maxime "l'important c'est le voyage et non la destination", je crois que c'est bien le Hobbit. C'est un livre de voyage (initiatique) où l'arrivée compte finalement très peu. Imaginez donc, vous êtes une personne tranquille, qui ne rêve que de passer sa vie dans sa maison, son petit village sans jamais en sortir, sans jamais avoir le moindre problème, la moindre péripétie. Et puis, un vieux magicien se pointe chez vous, y amène treize nains et vous annonce que vous allez les suivre parce que, ben, il en a décidé ainsi. Sans trop savoir pourquoi, vous les suivez, tout en vous demandant si l'idée était bien bonne, surtout qu'au bout du chemin, il y a un dragon féroce. Et bien, c'est ce qu'il arrive à Bilbo Baggins (alors, ma traduction par Francis Ledoux garde les noms VO des persos et des lieux, ce qui en soit n'est pas plus mal). Et durant ce voyage, il va découvrir ce qu'il est réellement au fond de lui (et qui n'est pas un Hobbit tranquille rêvant de passer sa vie à la maison). 

Il y a beaucoup de chose que j'aime dans le roman. La plume de Tolkien, même si elle me semble moins compliqué que dans le SdA. Il faut dire qu'il a été écrit pour divertir les enfants de l'auteur. Et il arrive parfaitement à remplir sa mission. On y ressent bien la partie un peu "conte de fées" avec les péripéties du Hobbit et des nains contre le dragon (mais sans princesse à la clef). L'aventure s'y prête terriblement, avec ses trolls, ses gobelins, ses aigles géants et j'en passe. Mais il n'y a pas que le côté jeunesse à prendre en compte. D'ailleurs, comme dans un certain nombre de livre fantasy (et une bonne partie des livres SFFF), on se rend compte que la limite entre jeunesse et adulte est tout de même bien faible. On s'en rend compte de part les thèmes que traitent le Hobbit, l'initiation du héros durant son voyage, la découverte de soi, mais aussi la renonciation à la convoitise. On s'en rende compte aussi si l'on connait un tant soit peu les légendes nordiques et plus précisément celle de Beowulf (que Tolkien a longuement étudié, sur laquelle il y a aussi pas mal écrit et qui finira donc par beaucoup l'inspirer. 

Mais si j'aime beaucoup ce qu'il se passe dans le roman, j'ai un peu plus de mal avec les personnages. On commence par les nains, qui, si on oublie Thorïn, sont tous les mêmes ou presque. J'ai toujours du mal à savoir qui et qui, et le fait qu'ils soient treize n'aident en rien (l'un d'eux est tout de même roi, un autre est le père de Gimli, un autre tentera de reconquérir la Moria (et on retrouvera sa tombe dans le SdA))(mais tout cela ne sera finalement dévelloper que plus tard, avec l'écriture du SdA). Je trouve d'ailleurs qu'à part Bilbo, Gandalf et Thorïn, fortement reconnaissable, la plupart des personnages n'ont rien de bien remarquables. C'est pour moi un défaut, surtout que Tolkien n'est pas avare en nom. On se trouve souvent perdu entre qui et qui. 

Cela n'en reste pas moins un classique à lire et à apprécier. Il est bourré d'humour, d'aventures, de chansons, de nains et de trésors. Pour moi qui est souvent lu le SdA, il est aussi amusant de voir à quel point ce Hobbit semble être une sorte de brouillon. Un brouillon bien foutu qui ne fait que présager de ce que sera sa plus grande suite. C'est aussi un parfait livre en plein confinement (alors oui, je sais, nous sommes en déconfinement mais, j'ai la chance de pouvoir continuer à rester chez moi en télétravail alors du coup, j'en profite et je reste à la maison encore un moment). En conclusion, lisez donc le Hobbit. 


mardi 28 avril 2020

La Troisième Balle, Leo Perutz

Cela faisait longtemps que je n'ai pas lu de livre provenant du catalogue de Zulma ni un Perutz. Or, j'avais la Troisième Balle depuis pas mal de temps dans la PAL. Il était temps de le sortir de là.

La Troisième Balle, Leo Perutz

Editeur : Zulma
Collection : Poche Z-A
Année de parution : 2015
Titre en VO : Die dritte Kugel
Année de parution en VO : 1925
Nombre de pages : 336

A lire si :
- Vous voulez un livre se basant sur un fait historique
- Vous aimez les aventures
- Vous n'avez pas peur de vous perdre dans la chronologie

A ne pas lire si :
- Vous voulez un texte parfaitement clair
- Vous aimez vous attacher aux personnages

Présentation de l'éditeur :

À la conquête du trésor des Aztèques, Cortez œuvre sans relâche pour la gloire de Charles Quint. Franz Grumbach, lui, voue une haine féroce aux conquistadors et à leurs inquisiteurs. Il choisit son camp : ce sera celui de Grand Roi Montezuma. Seul ou presque, rebelle sans arme, Grumbach s’en remet au Diable, qui le dote d’une arquebuse et de trois balles… Premier roman de Leo Perutz, la Troisième Balle est une œuvre baroque, savamment construite, où ne cessent de se télescoper le réel et l’imaginaire fantastique en un labyrinthe haletant, irrésistible.

Mon avis

Lire un Perutz est toujours un peu compliqué. Je trouve ses livres particulièrement exigeant. Pas forcément compliqué (et encore), mais exigeant parce qu'un peu complexe. Ce premier roman de l'auteur ne fait pas exception à la règle, je l'ai trouvé même plus exigeant que les deux autres que j'ai pu lire de l'auteur. Peut-être parce qu'il se situe dans une époque qui n'est ni celle de l'auteur ni celle du lecteur. Nous voici durant la conquête d'une partie de l'Amérique du Sud par les espagnols, plus précisément à la suite de l'Armada de Cortez. Ensuite, parce que le narrateur n'est pas clairement présenté et qu'il n'est pas le même au premier et dernier chapitre par rapport à tout le reste. 

C'est d'ailleurs une chose qui m'a un peu perturbé au départ. Le narrateur principal semble être un espagnol de l'armada de Cortez. Mais bien qu'il existe et que parfois, nous tombons sur ses pensées (c'est ultra rare tout de même), sur un "je" de narration ou un "nous" qui l'englobe, il est plus souvent un narrateur omniscient qui voit et sait tout. C'est assez perturbant en réalité, surtout dans les passages où il fait quelque chose tout en parlant des pensées d'un autre personnage. Quand à celui du premier et dernier chapitre, il est tellement perturbé par ce qu'il se passe durant l'histoire de notre narrateur qu'il est parfois un peu compliqué à suivre. Mais, on s'y fait, autant à l'un qu'à l'autre (j'ai fini par oublier que nous avions un conteur en fait, c'était plus simple).

Le roman nous raconte l'histoire de Grumbach, un ancien rhingrave (une sorte de prince) allemand, exilé dans le nouveau monde. L'homme et ses proches ont liés des amitiés avec les aztèques et jouissent d'une vie plutôt bonne jusqu'à l'arrivée des espagnols, auxquels Grumbach voue une sérieuse haine. Par un étrange concours de circonstance, il va se retrouver dans le camp de Cortez à faire ami-ami avec les espagnols pour mieux les tromper. N'arrivant pas à grand chose, il va faire un pacte avec le diable. Mais en tentant de l'abuser, il fait tomber le malheur sur lui. L'arquebuse et les trois balles que le diable lui a promis vont devenir sa perte.

Si le Diable est bien de la partie, ce n'est pas lui l'ennemi, ni l'être diabolique. Perutz profite de son récit pour montrer les horreurs dont sont capables les hommes en tant de guerre, d'occupation de territoire et de recherche de trésors légendaires. La folie, que ce soit celle de Grumbach, de Cortez ou de leurs hommes, est extrêmement présente dans tout le roman. Elle peut être mise en parallèle avec ce qu'il se passa durant la première guerre mondiale (l'auteur y était participé en tant que soldat, il "profita" d'une blessure pour écrire le présent roman). C'est vraiment quelque chose de présent, qui marque. Cette folie, les diableries des hommes et des religions aussi. Car la religion est particulièrement présente dans le roman. On y retrouve les querelles des luthériens et des catholiques jusqu'au Nouveau Monde.

La guerre, la religion, la folie font du roman quelque chose de dense et fort. C'est le point fort du roman avec l'ajout du fantastique et la partie historique. Malheureusement, si tout cela m'a passionné, j'ai eu beaucoup plus de mal avec les personnages. Ils n'ont rien, mais alors rien, d'attachant. Rien que fait que l'on va s'attacher un peu plus à l'un ou l'autre. Ils sont là parce qu'il faut des personnages et puis voilà. En fait, c'est un peu comme si on lisait un compte-rendu. Je crois que c'était l'effet que cherchait l'auteur, ne pas mettre les personnages eux-même en avant mais bien son discours. C'est aussi pour cela qu'il va utiliser des scènettes de la vie du camps de Cortez et non un roman totalement linéaire.

J'avoue que je ne sais pas trop si j'ai vraiment aimé ou pas. Je suis assez mitigée sur cette lecture, là où j'ai bien plus aimé la Neiges de Saint-Pierre ou le Maître du Jugement Dernier. C'est un bon roman qui demande d'être concentré dessus. Il n'est pas fait pour que l'on s'attache à ses personnages mais pour que l'on comprenne le discours de l'auteur derrière. Je ne suis pas sûre d'y être parfaitement arrivé, je dois l'avouer.

mercredi 15 janvier 2020

Rêves de Femmes : six nouvelles, Virginia Woolf

Je n'ai encore jamais lu de nouvelles de cette chère Virginia Woolf. Lorsque j'ai trouvé ce petit recueil à la librairie, je me suis dis que c'était l'occasion ou jamais (en vrai, j'ai une de ses nouvelles dans un de ses essais à la maison, mais comme je n'ai pas encore lu les essais de Virginia Woolf...).

Rêves de Femmes : six nouvelles, Virginia Woolf

Editeur : Folio
Collection : Classique
Année de parution : 2018
Titre en VO : ?
Année de parution en VO
Nombre de pages : 144 (en vrai, 101 si on ne compte pas le dossier à la fin)(que l'on retrouve sur tout les Folio de l'autrice et que je ne lis plus depuis longtemps).

A lire si
- Vous aimez les nouvelles
- Vous comprenez facilement l'ironie
-Vous voulez du féminisme mais pas trop non plus

A ne pas lire si
- Vous voulez des textes longs


Présentation de l'éditeur :

Ces six courtes nouvelles, qui s’étendent sur toute la carrière de Virginia Woolf, condensent tout son génie littéraire. Avec une absolue liberté d’écrire, allant à l’essentiel, elle revendique l’autonomie morale, affective et sociale des femmes, et affirme leur droit à désirer. Pour elle le désir est un «moment d’être» : une expérience sensorielle totale, qu’elle saisit dans une écriture impressionniste. Il en résulte une atmosphère de rêverie langoureuse, de sensibilité érotique qui englobe tout, les êtres, les paysages et le temps. Woolf capture ici superbement l’intimité des femmes entre elles, qui s’affirment comme sujets pensants et désirant.

Mon avis

Ce court recueil comporte diverses nouvelles publiées de ci de là par l'autrice. Ce n'est pas un recueil "officiel" qu'elle a pu écrire (c'est pour ça qu'il n'a pas de titre en VO par exemple). Il comporte six nouvelles donc écrite à diverses périodes et une préface de l'autrice qui est en fait la retranscription de l'une de ses conférences.
Comme toujours avec ce genre de livre, je vais parler des nouvelles une par une.

Les femmes et le roman
La préface du roman est donc une retranscription. Virginia Woolf a fait beaucoup de conférence sur la place de la femme dans la société. Les femmes et le roman tente à expliquer la place des femmes dans la littérature et pourquoi elles ne semblent ne pouvoir écrire que des romans, et non de la poésie ou des essais. Plus que cela, elle va prouver que dans un futur proche, les femmes auront enfin la possibilité de faire autre chose et donc d'écrire moins de romans mais bien meilleurs. Elle prône déjà une émancipation de la femme autrice que personne ne voit forcément à cette époque. Et elle a bien raison, il n'y a qu'à voir son propre parcours. C'est un discours intéressant mais que j'ai trouvé malheureusement un peu trop court (il faut vraiment que lise une Chambre à soi qui regroupe toutes les conférences qu'elle a pu faire à ce sujet).

Un collège de jeunes filles vu de l'extérieur
La première nouvelle est assez courte et elle aurait du être incluse dans La Chambre de Jacob (apparemment au chapitre X). On retrouve d'ailleurs le style du roman, ce début de flux de pensée qui caractérise si bien la production de Woolf à partir de ce roman-là. On y suit une sorte de rêverie dans les dortoirs d'un collège de jeunes filles (plus précisément de Newnham College). Angela, la protagoniste de cette nouvelle, rêve encore du  baiser qu'une de ses camarades lui a donné. C'est doux et poétique, parfait pour introduire ce petit recueil.

Une société
Cette fois-ci, point de rêverie, plutôt une certaine désillusion. Dans une société, un groupe de jeunes femmes décident d'évaluer les hommes, leurs compétences et surtout leurs œuvres afin de se prouver que l'homme est bien supérieur à elles. C'est un texte purement ironique et terriblement féministe. La nouvelle renvoie beaucoup à "Les femmes et le roman" dont elle semble être le pendant romanesque. 

Dans le verger
Nous revenons à la rêverie cette fois. La jeune Miranda se trouve sous un pommier et rêve. C'est une nouvelle pleine de sons et de bruits. Cette nouvelle a un côté très Alice au Pays des Merveilles. Bien que bien écrite, j'avoue que je ne l'ai que peu apprécié.

Moments d'être : "les épingles de chez Slater ne piquent pas"
Cette nouvelle fut écrire durant (ou juste après) les correction de La promenade au Phare. Elle fait partie des "moments d'être", des textes en flux de conscience écrit en partant d'un souvenir, d'un objet... Ici, c'est à partir d'une épingle de chez Slater que l'on va découvrir la vie de Miss Craye, vieille fille qui vit hors de norme de la société contemporaine. J'aime particulièrement lorsque l'autrice utilise le flux de pensée et ici, sur un format aussi court, c'est particulièrement prenant. 

Lappin et Lapinova
Voici ce qui pourrait être un charmant conte sur le couple et ce qui peut unir deux personnes. Sauf qu'écrit par Virginia Woolf, le conte se transforme et devient un récit sur la désillusion qu'apporte le mariage. C'est mignon et cruel, comme peuvent l'être les contes. 

Le legs
La dernière nouvelle nous présente un homme ayant récemment perdu son épouse et découvrant enfin ses journaux intimes. Petit à petit, il va découvrir une autre facette de sa femme. Le legs se rapproche pas mal de Lappin et Lapinova pour son thème. Il y ajoute l'aveuglement que l'on peut avoir face aux autres et à soi-même. Bien que lisant les journaux de sa femme, notre homme continue penser qu'elle le voit comme lui se voit (forcément mieux en tout que ce qu'il peut l'être) et surtout, continue à la voir elle comme il le souhaite et non comme elle est réellement. La chute de la nouvelle reste prévisible mais ce n'est peut-être pas l'important ici. 

Ce petit recueil de nouvelles m'a bien plu. Il éclaire un peu sur le féminisme de son autrice mais aussi sur sa personnalité (on retrouve beaucoup d'elle dans ces quelques nouvelles je trouve). Il me parait être un bon point de départ pour qui veut la découvrir (il comprend des textes parut à diverses périodes de sa carrière, dont certains sont en flux de conscience et d'autres non). En tout cas, j'ai apprécié et je le recommande pour découvrir l'autrice.

mercredi 16 octobre 2019

Nuit et Jour, Virginia Woolf

Je n'ai peut-être pas choisi le bon moment pour lire un Virginia Woolf, pas avec de la fièvre et une somnolence accrue dut à mes traitements. J'ai mis un moment à le lire, et je ne suis pas sûre d'avoir tout compris parfois mais ce n'est pas grave, j'ai tout de même l'essentiel.

Nuit et Jour, Virginia Woolf

Editeur : Folio
Collection : Classique
Année de parution : 2017 pour cette édition
Titre en VO : Night and Day
Année de parution en VO : 1919
Nombre de pages : 720

A lire si :
- Vous aimez Virginia Woolf
- Vous voulez une chronique des jeunes anglais du début du siècle

A ne pas lire si :
-Vous n'aimez pas prendre le thé.

Présentation de l'éditeur :

Mêlant comédie de moeurs et satire de la société anglaise à la vieille de la Grande Guerre, ce deuxième roman de Virginia Woolf raconte l'éducation sentimentale de jeunes gens confrontés au choix entre une existence confortablement ancrée dans le passé et l'aventure de l'inconnue. Hésitations devant l'amour et le mariage, rapports complexes au milieu familial et aux ainés... D'une surprenante drôlerie, entre ironie et nostalgie, il dépeint un monde, celui de  l'avant-guerre, qui paraissait déjà lointain en 1919.
A la violence et à la confusion du réel, Viriginia Woolf oppose la sécurité d'un univers fictif familier et la cohésion d'un récit bine agencé. Oeuvre dun sujet en miettes dans un monde en chaos, Nuit et Jour est la tentative, désespérée et superbe, de réconcilier "la part de soi qui agit à la lumière du jour, et la part contemplative et sombre de la nuit".

Mon avis

Avant de commencer, je n'avais pas lu la quatrième de couverture jusqu'à ce que je le tape ici. Et, heu, comme dire, j'ai ris pour la seconde partie de celle-ci. Je ne sais pas qui l'a écrit mais mettre de ce grand mot pour Nuit et Jour et son histoire me semble un peu trop ampoulé en fait. Et pourtant, sachant qu'elle écrivit le roman après une de ses nombreuses dépressions, qu'elle y a mit beaucoup d'elle dedans, ce n'est finalement pas si faux. Mais passons sur cela et parlons un peu du livre.

Le livre commence par la rencontre entre Katharine Hillbery, jeune femme issue d'une famille connue et reconnue dont le grand-père était un poète très connu, et Ralph Denham, jeune homme d'une famille modeste écrivant parfois pour la revue de Mr Hillbery. Une rencontre qui ne se passe pas forcément très bien entre les deux jeunes gens de prime abord mais qui portant va être le point de départ de tout le roman. Car les deux jeunes gens vont être nos guides dans ce Londre de 1919 et c'est à travers leurs yeux que nous allons suivre cette petite aventure. Viendront s'ajouter trois personnages de plus, Mary Datchet, jeune femme proche des suffragettes, William Rodney, fiancé de Katharine et poète ainsi que plus tard, Cassandra, la cousine de Katharine. 

 Je crois l'avoir déjà dit dans un de mes avis sur une des oeuvres de Virginia Woolf, mais j'adore particulièrement la manière dont elle dépeint les gens. C'est à souvent plein d'humour, assez critique et en même temps elle a une certaine bienveillance envers eux qui fait qu'on va de suite les apprécier à notre tour. C'est ce qu'il arrive avec Katharine, qui est basée sur bien des aspects sur la sœur de l'autrice Vanessa mais aussi sur elle-même. Alors qu'on peut la trouver froide et guindée au départ, on découvre petit à petit une femme sensible et voulant sortir de ce que sa condition (de femme et de membre de la haute société) lui impose. J'ai aimé voir la si parfaite Katharine se perdre dans le méandre de ses émotions. Il en va de même avec Ralph, qu'on pourrait trouver médisant, ingrat aussi un peu, au début du roman. Le personnage, basé sur Leonard Woolf, l'époux de Virginia, est bien plus que cela. Le voir évolué dans un monde qui n'est pas tout à fait le sien a quelque chose de rafraîchissant. Il est bien plus complexe par exemple que William Rodney (du moins pour moi), plus intéressant aussi par sa manière de voir les autres. Il en va de même pour Mary durant une partie du roman. Elle est tellement différente de Katharine et des gens qui l'entourent qu'elle offre une vrai bouffée d'air frais.

Mais Mary n'est pas que ça. Virginia Woolf était une féministe convaincue. Le personnage de Mary lui permet de passer du côté des femmes travaillant. Mary est dans une association proche du mouvement des suffragettes. Elle y écrit des tracts, y prépare des réunions, combat pour le droit de vote des femmes... Même si on est encore loin de la suffragette partant au combat (je rappelle que les suffragette n'étaient pas pacifistes, loin de là même) mais on commence à voir les luttes pour un égalité entre hommes et femmes dans les discutions qu'elle a avec les membres de son association ou dans la manière dont elle se compare parfois avec Katharine. Une Katharine qui n'est pas en reste non plus. La jeune femme est passionnée de mathématique, se pose des questions sur la vie maritale et sur sa place tout court. Elle est tout aussi passionnée par ses questions par Mary sans aller jusqu'à son engagement. Ce l'un des thèmes du roman qui forcement m'a parlé et que je trouve particulièrement bien traité par une Virginia Woolf assez critique. 

En parlant de critique, c'est une chose à retenir ici. L'autrice aime à pointer du doigt les problèmes de son époque avec un certain humour. C'est encore une fois ce qu'elle fait de manière truculente. J'aime sa manière d'analyser son époque mais surtout les gens qui évoluent autour d'elle. D'ailleurs, Nuit et Jour m'a souvent fait penser à du Jane Austen dans cette manière de parler de son époque (Austen le fait aussi très bien, se moquant beaucoup des travers de son temps tout en en jouant).

Enfin, concluons donc par l'approche classique du roman. Ici, nous ne sommes pas encore dans le courant de pensée qui caractérisera les œuvres suivantes de l'autrice (la Chambre de Jacob étant le roman suivant et le dernier à suivre une approche presque conventionnelle). On le découvre un peu mais nous suivons une histoire faite de chapitres classique à l'avancée qui l'est tout autant. Ce n'en est pas moins un très bon roman qui je pense, reste accessible à beaucoup (la preuve, je sais très bien que je n'aurais jamais réussi à lire les Vagues ou Vers le Phare avec quatre jours de fièvre alors que j'ai réussi à le faire avec Nuit et Jour)(du moins que je les aurai bien moins apprécié et compris). N'ayant pas encore lu son tout premier roman, je dirais que celui-ci est très bien pour avoir une bonne approche de l'autrice. C'est donc, comme toujours, ravie d'avoir pu retrouver Virginia Woolf que j'ai lu ce long roman. Il me conforte (mais le fait-il vraiment ?) dans mon admiration pour l'autrice qu'elle était. 

PS : par contre, quel dommage que cette collection Folio s'obstine à mettre les notes en fin de livre et pas en bas de pages...

mercredi 13 mars 2019

Frankenstein, Mary Shelley

Dans les classiques qu'il me fallait lire, il y a Frankenstein. Je ne saurais vous dire pourquoi je devais le lire. Il le fallait, point. Et voilà, chose faite.

Frankenstein, Mary Shelley

Editeur : Domaine public
Collection : /
Année de parution : 2009
Titre en VO : Frankenstein
Année de parution en VO : 1818
Format : AZW

A lire si :
- Vous voulez découvrir le mythe de Frankenstein dans sa version originale
-Vous aimez les récits dans les récits

A ne pas lire si :
- Vous vous attendez à avoir peur
- Vous vous attendez à un docteur comme la Hammer a voulu le créer.

Présentation de l'éditeur :

Victor Frankenstein ! C'est l'inventeur, le savant maudit ! A quinze ans, il est témoin d'un violent orage foudre, traînée de feu, destruction d'un chêne... Son destin est tracé. Après des années de labeur, il apprend à maîtriser les éléments ; l'alchimie est pour lui une seconde nature. Bientôt il détient le pouvoir de conférer la vie à la matière inerte. Nuit terrible qui voit la naissance de l'horrible créature faite d'un assemblage de cadavres ! L'oeuvre de Frankenstein. Un monstre ! Repoussant, inachevé mais doté, d'une force surhumaine et conscient de sa solitude. Echappé des ténèbres, il va, dans sa détresse, semer autour de lui crimes et désolation. D'esclave qu'il aurait dû être, il devient alors le maître, harcelant son créateur. Il lui faut une compagne semblable à lui... Pour Frankenstein, l'enfer est à venir...

Mon avis

Que connait-on réellement de Victor Frankenstein et de son monstre ? En réalité, de l'oeuvre originale, on a beaucoup oublié. J'ai été bercé par l'image donnée par la Hammer, d'un savant fou qui créa un monstre dont il perd rapidement le contrôle. Une image qui reste bien plus facilement à l'esprit que l'originale, vu que c'est celle qui va être le plus souvent utilisé. Et pourtant, il s'avère que Victor Frankenstein est bien différent, tout comme sa créature d'ailleurs.

Le livre commence par les lettres de Walton à sa soeur. L'homme est sur un bateau dans le cercle arctique et découvre Victor Frankenstein presque mort sur la banquise. Lorsque celui-ci commence à aller un peu mieux, il va raconter son histoire à Walton. Il ne faut pas longtemps pour que Frankenstein arrive à la création de son monstre. Une création dont nous n'apprenons finalement pas grand chose si ce n'est les conséquences. Le jeune homme va abandonner sa création, la vouer à une existence solitaire tandis que lui va faire en sorte de l'oublier et de continuer sa petite vie bien tranquille. Mais le monstre ne va pas supporter ce qu'il est et le voilà qui va poursuivre son créateur. Il se rappellera à son bon souvenir en assassinant William, le jeune frère de Victor. A partir de là, l'inventeur va tout faire pour traquer sa créature et mettre un terme à sa folie.

J'ai apprécié la manière dont les récits se retrouvent dans le roman. On commence et finit par les lettres de Walton, elles posent le cadre de l'histoire et aussi sa conclusion. Ensuite, on trouve le récit de Victor Frankenstein, récit qui semble vouloir nous montrer le jeune homme sous son meilleur jour mais où le lecteur va se rendre compte que Victor est lui aussi un monstre au final. Vers le milieu du récit de Victor, nous allons découvrir celui de sa création après son abandon par Victor jusqu'à ce qu'ils se retrouvent. A partir de ce moment, nous retournons au récit de Victor. C'est une façon de présenter les faits que j'apprécie donc et qui permet aussi de voir tout ce qu'il se passe (lorsque nous suivons Victor jusqu'à son rendez-vous avec le monstre dans le glacier, nous n'avons pas la moindre idée de ce qu'il a pu arriver à celui-ci depuis tout ce temps). C'est aussi une manière de découvrir les différentes facettes des deux principaux protagoniste, Frankenstein et son monstre. Les deux sont assez semblables finalement. Ils souffrent tous deux des mêmes maux mais pas de la même manière.

Le récit se base sur les deux personnages principaux, donc. Des personnages qui se confondent assez au final. Nous avons d'abord Victor Frankenstein, jeune homme sensible et surtout passionné par les sciences. Donner la vie n'est pas pour lui un blasphème ou  je ne sais trop quoi, du moins à la base. Il veut aller toujours plus loin, découvrir plus de chose. Malheureusement, ce qu'il va créer va l'horrifier. Il va abandonner sa création, sans même se poser de question sur son avenir. Il va continuer à vivre sa petite vie, presque tranquillement. Pourtant, il cache son succès (parce que ça reste un succès) et va faire en sorte de s'isoler un peu plus dans le travail. En soi, Frankenstein n'est pas un monstre. C'est un homme qui ne va pas supporter son nouveau statut de "père". IL va préférer le fuir et donc abandonner son "enfant". Un enfant qui va entrer dans le monde de la pire manière qui soit, seul, désorienté, rejeté par son créateur et par la société. Il va devoir se créer seul, lui l'être intelligent mais repoussant. Chacune de ses interactions avec un être humain va mal se passer à cause de sa nature. Il est facilement compréhensible qu'il va nourrir une haine tenace envers celui qui lui a donné la vie. Finalement, le lecteur va se demander qui est réellement le monstre dans l'histoire, la créature qui, livrée à elle-même, abandonnée et rejetée par tous, va finir par tuer les êtres qui sont chers à son créateur en vengeance de son sort ou Frankenstein, qui crée le monstre et l'abandonne par lâcheté. D'ailleurs, les hommes ne sont pas toujours décrits comme bons dans le roman. Exemple, le de Lacey, dont s'éprend le monstre, semblent particulièrement gentils jusqu'à ce qu'il se découvre à eux. Le monstre représente les plus grandes peurs des hommes, celles qui les poussent à faire n'importe quoi, à rejeter l'autre, à le battre. Finalement, il n'est, à la base, pas si méchant que ça (bon après, il va tout de même tuer des gens par vengeance, en faisant du coup, le méchant de l'histoire et surtout l'élément horrifique de celui-ci).

Il est interessant d'ailleurs, de voir que Shelley ne fait pas dans l'horreur pure. Elle suggère beaucoup. Par là, je trouve que son roman s'approche pas mal du roman gothique sans toutefois en être un pour moi (mais les limites du roman gothique sont assez flous, même pour moi). Le lecteur ne va pas trembler d'effroi en lisant Frankenstein. Il va être toucher par l'horreur des crimes qu'il va découvrir mais ne va pas frissonner tout le long. L'idée de base de l'autrice n'était pas là (la Hammer remettra la terreur au gout du jour, tout comme un certain nombre d'adaptation de l'oeuvre qui finira par faire oublier celle-ci). 

Enfin, on trouve une certaine pensée féministe dans le livre. Alors, oui, elle n'apparaît pas de suite, et il faut peut-être la chercher un peu plus que pour d'autre thème. Elle apparait surtout dans une partie des rêves de Frankenstein avec le rôle de la mère. Une mère qui semble absente sans l'être. Le rôle de la mère de Victor est assez peu développé bien qu'elle soit très présente, Victor pensant souvent à elle et rêvant même une fois qu'Elizabeth, sa future épouse, se transforme en elle. Elizabeth a aussi ce rôle là envers les frères de Victor. Et puis, surtout, il y a le rôle lui-même de Frankenstein face à sa créature. Il s'avère qu'on pourrait penser rapidement, surtout en connaissance l'histoire de l'autrice, que la terreur du roman vient surtout de celle de la mère et plus particulièrement de la procréation. C'est tenu, je peux l'accorder, mais c'est bien là. 

Au final, j'ai beaucoup apprécié ma lecture. J'ai aimé lire le mythe de Frankenstein et de son monstre comme sa créatrice a voulu qu'il soit. Alors, oui, ça peut paraitre étrange lorsqu'on est habitué au Frankenstein de la Hammer et de ses dérivés. Franchement, je ne m'attendais pas à un texte aussi complexe, aussi philosophique. Je suis vraiment ravie de l'avoir enfin lu. 

jeudi 4 octobre 2018

Jeux Interdits, François Boyer

J'avais envie d'une lecture courte. Parce qu'il faut bien dire qu'en ce moment, le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir m'occupe depuis presque un mois déjà et qu'il est long à lire. Et dans les livres courts, j'avais celui-là qui traîné et qui m'inspirait bien (surtout que j'ai très envie de voir le film depuis très longtemps)(d'ailleurs, il parait qu'il est assez différent du livre). Bref, j'ai donc lu Jeux Interdits

Jeux Interdits, François Boyer

Editeur : Folio
Collection : /
Année de parution : 2013
Nombre de pages : 160

A lire si : 
- Vous voulez une lecture plutôt rapide.

A lire si : 
- Vous voulez quelque chose de léger

Présentation de l'éditeur : 

En sanglotant, Paulette s'agenouilla près de Michel. Michel n'avait pas une parole, pas un geste, pas un cri, la bouche entrouverte, les yeux clos, inerte. Paulette, le visage ruisselant de larmes, regarda autour d'elle. La croix était là tout près, tachée de sang. Et soudain, au pied du buisson, elle vit une boule hirsute, un hérisson. Paulette n'avait jamais vu un hérisson de sa vie. Ses sanglots redoublèrent, elle se pencha éperdue sur le visage de Michel, le caressant, l'embrassant, l'inondant de ses larmes qui se mêlaient au sang rouge, et de longues minutes le tint serré contre sa joue.

Mon avis

Bon, je ne connaissais pas grand chose du livre, sauf qu'on en a fait un film et que mes parents l'aiment bien, ce film. A si, je savais que ça se passait durant la seconde guerre mondiale. Et vu la quatrième de couverture, vous allez me dire que je ne savais pas grand chose de plus. Et ce n'est pas faux du tout. 

Jeux Interdits commence d'une manière assez violente en fait, avec un convoi de civil en plein exode qui se fait mitrailler une nouvelle fois. Dans ce convoi se trouve la petite Paulette qui suit son père comme elle peut. Mais voilà, la guerre étant ce qu'elle est, son père va mourir dans l'attaque et elle va se retrouver seule. Elle va fuir la route et se retrouver non loin du champs où Michel, dix ans, garde ses vaches. La famille de Michel va l'accueillir (juste pour ennuyer ses voisins d'ailleurs) et une étrange amitié va naître entre les deux enfants. Enfin, amitié, je vais un peu vite en disant ça. Disons que Paulette va savoir mener le garçon comme elle le veut et que cela risque d'avoir de tragique conséquence.

J'ai beaucoup de mal à parler de ce court roman. Je l'ai aimé, il n'y a pas de doute là-dessus. Je l'ai aimé parce qu'il est dur, violent, réaliste. Autant le dire, il n'y a rien de réellement joyeux ou heureux dans le livre. On ne va pas forcément rire aux éclats (quoique certains passages avec les adultes sont plutôt grotesque voire burlesque), on ne va pas forcément pleurer non plus d'ailleurs. Disons que le livre est cruel de vérité. Et personnellement, c'est quelque chose que j'ai tendance à apprécier même si en soit le livre se révèle du coup ultra triste.

J'ai aimé ce livre pour ses personnages, et cela même si j'ai eu du mal avec Paulette et Michel que l'on suit tout le temps. J'ai eu du mal avec eux parce qu'ils sont des enfants, qu'ils réagissent comme des enfants et que des fois, ben c'est quand même bien couillon les gamins. Surtout Michel qui n'a pas encore la gravité de Paulette dut à son expérience de la guerre et de la mort. Pour la petite, c'est plus compliquée, elle parait totalement déconnectée de la réalité (avec ce qu'il lui est arrivé, c'est un peu normal aussi). Sa façon de se foutre totalement de tout à part des animaux morts est assez étrange et particulièrement perturbante pour une enfant de six-sept ans. Par contre, les adultes sont un peu plus intéressant car complètement caricaturés. On se retrouve avec des gens de la campagne comme on peut se l'imaginer, grossiers, bêtes, et en même temps pas tant que ça. L'exagération des traits des adultes rend le roman moins dur à lire. Il y a un contraste étonnant entre les adultes, leur monde et ce qu'il se passe côté enfant mais aussi coté historique. Comme si le village était totalement déconnecté et que seule Paulette savait ce qu'il se passe dehors.

J'ai aimé ce livre pour le style d'écriture du l'auteur. Un style pas forcément particulier, pas forcément dur, pas violent non plus. Souvent, il use d'énumération assez longue pour décrire les sentiments de Paulette. Ça perturbe un peu parce qu'on entre ainsi dans l'esprit de la fillette et que les énumérations ne sont pas vraiment celles de choses agréables. En même temps, ça donne quelque chose de poétique en un sens. Et à côté de ça, le style est sans la moindre fioriture, à l'image de l'histoire et des personnages qui la peuplent. 

Bref, j'ai aimé le livre pour plein de raison différente et en même temps, ce n'est pas un coup de cœur (on aurait pu croire) à cause de ses deux personnages principaux. Je l'ai vraiment trouvé fort et je dois dire que même si je m'attendais beaucoup à sa fin, celle-ci m'a ému. Bref, un livre touchant qui se lit rapidement et qui risque de rester en tête un moment.

vendredi 18 mai 2018

Le Joueur, Fedor Dostoïevski

Voilà un petit moment que j'avais envie de me frotter à la littérature russe classique. Je sais que je ne m'attaque pas au plus simple avec Dostoïevski (en même temps, il semble que la plupart des auteurs russes classique ne sont pas simples, alors bon), mais j'avais entendu pas mal de bien de ce roman. Alors, je me suis lancée.

Le Joueur, Fedor Dostoïevski

Edition : Edition Libre de droit (oui, c'est pas la bonne couverture, mais je l'ai pas trouvé)
Collection : /
Année de parution : 2008
Titre en VO : Igrok
Année de parution en VO : 1866
Format : epub

A lire si :
- Vous aimez la littérature classique russe
- Vous aimez les livres à la première personne
- Vous avez l'âme d'un joueur

A ne pas lire si : 
- Vous appréciez avoir un background détaillé dès le départ

Présentation de l'éditeur : 

Alexis Ivanovitch joue d’abord pour gagner, puis pour étonner, enfin pour espérer. Il n’a pas misé seulement de l’argent mais sa vie elle-même. Ce récit suit comme une ombre la vie de Dostoïevski, durant quinze ans, à Moscou et à Baden-Baden où il se ruina au jeu. Jouer, c’est tenter le diable, c’est aussi tenter Dieu. Alexis a voulu tout risquer, toucher le fond pour connaître la compassion et la grâce divine. Il y a une autre malédiction dans la vie du joueur, une femme-bourreau, Pauline, la belle-sœur du général qu’il sert comme précepteur. C’est, dans la vie de l’auteur, Apollinaria, que Dostoïevski aima d’un amour douloureux. Autour d’eux, des êtres malfaisants ou étonnants, dévorés par la passion du gain. Ce court roman, plein de brio, annonce toute l’œuvre de Dostoïevski. « Demain, demain tout cela finira », dit le joueur qui recommence à jouer éternellement.

Mon avis

Si je me suis attaquée au Joueur, c'est parce que je compte bien un de ces jours me lancer dans Crime et Châtiment. Avant d'être sûre de le faire, je voulais lire quelque chose de moins long et moins compliqué. Je ne suis pas sûre que moins compliqué soit réellement à mettre sur le compte de ce Joueur. 

Nous prenons l'histoire en chemin, si je puis dire. Alexei Ivanovitch débarque à Roulettenbourg pour retrouver son employeur, le Général, et sa famille. Du coup, le premier chapitre, bien que présentant les personnages, peut être un peu compliqué à appréhender. Alexeï ne prend pas la peine de nous dire qui est qui, on le découvre petit à petit, tout comme ce qui relie qui à quoi. Et s'il n'y a pas tant de personnages que cela qui gravitent autour du général, il est vrai que les diverses relations entre eux sont assez obscures au départ. Pourtant, ce sont bien elles qui portent le roman, tout autant que l'addiction au jeux de la roulette que va développer petit à petit notre narrateur.

Commençons donc par les personnages, d'ailleurs. Nous avons le narrateur, Alexeï, un jeune précepteur employé par le Général. C'est un homme vif, plutôt cynique et surtout éperdument amoureux. C'est cet amour, tout autant que le jeu qui finira par le perdre. J'ai beaucoup apprécié Alexeï même si parfois, j'avais bien envie de lui filer des baffes. C'est un personnage assez complexe en fait qui évolue rapidement pour tomber plus que bas. A ses côtés, on trouve l'objet de son désir, Paulina, jeune femme russe qui semble ne rien à voir à faire de lui et qui se moque régulièrement de son amour. Bon, elle est vu essentiellement par le prisme d'Alexeï et du coup, elle m'a un peu énervée, je dois bien le dire. Pour les autres, à part la Baboushka (court passage mais divertissant), ils m'ont paru assez fade et juste là pour montrer la grande gueule d'Alexeï. Pourtant, les interactions les plus pertinentes du narrateur ne sont pas avec Paulina mais bien avec les autres et plus particulièrement avec le petit français ou Mr Astley, l'anglais. L'auteur utilise ces deux personnages pour nous donner son opinion sur les mentalités des diverses nationalités et autant dire qu'il a un avis assez tranché sur les autres.

Ensuite, il y a l'histoire, et donc la descente aux enfers d'Alexeï. Je dois dire que si j'ai été un peu déroutée au départ, puisqu'on arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, passé le premier chapitre, tout va bien mieux. C'est finalement d'ailleurs une histoire assez classique. Le narrateur commence par ne pas comprendre la roulette puis doit y jouer pour une raison X ou Y (ici, il commence par jouer pour la Baboushcka puis pour Paulina et enfin juste pour lui) et enfin, fini par tomber dans l'engrenage infernal qu'est l'addiction aux jeux. J'ai apprécie de voir Alexeï essayait de ne pas succomber et puis tout doucement, sans même s'en rendre compte finir par se laisser aller. D'ailleurs, le moment où la folie du jeu s'empare de lui est assez génial à lire tant on a vraiment l'impression d'y être.

Enfin, DostoÏevski a un style plutôt agréable à lire, s'attardant peut-être parfois un peu trop sur les sentiments de son narrateur mais ce n'est pas si dérangeant que ça (enfin, si, une fois au moins lorsqu'il nous parle de son amour pour Paulina)(là oui, c'est un peu lourd on va dire, mais en même temps, il sait pas ce qu'il veut)(parfois, Alexeï m'a fait penser à une midinette, c'est pour dire...). En tout cas, c'est très sympathique à lire, que se soit pour les personnages et leurs interactions plutôt mouvementés ou pour l'histoire qui n'est finalement pas si simple que cela. Bref, une bonne découverte.

vendredi 13 avril 2018

Dix petits nègres, Agatha Christie

J'ai récupéré il y a quelques temps quelques livres de madame Christie. Je ne l'ai pas lu depuis mon adolescence et j'avoue ne garder que de très très vague souvenir de ses lectures. D'ailleurs, je commence avec un des livres que j'ai lu mais dont je ne me souvenais absolument pas, les Dix petits nègres (qui en plus de ça doit être un des plus connus...).

Dix petits nègres, Agatha Christie

Editeur : Edition du Masque
Collection : /
Année de parution : 2013
Titre en VO : Ten Little Niggers
Année de parution en VO  : 1939
Format :epub

A lire si :
- Vous aimez le mystère
- Vous aimez chercher pendant un long moment qui peut être le tueur

A ne pas lire si :
- Vous voulez des réponses rapides
- Vous n'aimez pas les huis-clos

Présentation de l'éditeur : 

Dix personnes apparemment sans point commun se retrouvent sur l'île du Nègre, invités par un mystérieux M. Owen, malheureusement absent. Un couple de domestiques, récemment engagé, veille au confort des invités. Sur une table du salon, dix statuettes de nègres. Dans les chambres, une comptine racontant l'élimination minutieuse de dix petits nègres. Après le premier repas, une voix mystérieuse s'élève dans la maison, reprochant à chacun un ou plusieurs crimes. Un des convives s'étrangle et meurt, comme la première victime de la comptine. Une statuette disparaît. Et les morts se succèdent, suivant le texte à la lettre. La psychose monte. Le coupable se cache-t-il dans l'île, parmi les convives ?

Mon avis

Je sais avoir lu une première fois Dix petits nègres lorsque je devais avoir dix ou douze ans. Malheureusement pour moi, je ne garde aucun souvenir de cette première lecture. Enfin malheureusement, pas tant que ça, puisque je peux le relire à présent sans savoir qui est le meurtrier, ce qui n'est pas plus mal. En même temps, peut-être que si je m'en souvenais, j'aurais lu le roman d'une autre manière, cherchant les indices pour retrouver sa culpabilité. Bref, je préfère tout de même redécouvrir le roman sans me prendre la tête "comment j'ai pas vu ça la première fois". Mais revenons à nos moutons, où plutôt à nos dix petits nègres.

Huit personnes sont invités à venir passer des vacances sur l'île du Nègre. Elles ne se connaissent pas le moins du monde, ne savent pas réellement qui les a invités. Pire encore, en arrivant sur l'île, leur hôte n'est pas là, seuls s'y trouvent le couple de domestique. Mais dès la première soirée, les vacances tournent court. Un étrange enregistrement leur reproche des crimes. Et tout aussi rapidement, la première des dix personnes sur les lieux meurt dans d'étranges circonstances. Très vite, elle est suivie par d'autres. Pour ne rien arranger, une tempête éclate. La suspicion est à son comble, tout le monde pourrait être le meurtrier. 

Si les Dis petits nègres est un roman hyper connu, je pense vraiment que c'est pour tout l'aspect psychologique de la chose. Autant j'adore chercher des indices sur qui tue qui, autant, ici, j'ai surtout apprécié voir comment les divers personnages se rendent tous complètement parano les uns et les autres. C'est drôlement bien fait, la tension monte à chaque chapitre, chaque nouvel événement. La psychologie des personnages nous est révélée petit à petit de la même manière. On découvre alors ce que la nature humaine peut faire de pire dans ce genre de cas et on se retrouve plutôt proche des archétypes qu'on pourrait trouver dans les récits apocalyptiques de maintenant (la vieille bigote, celui qui veut tout diriger, celui qui vire complètement barge et j'en passe...)(sauf que là, pas d'apocalypse à proprement parler, et ça fonctionne super bien). Mais, en même temps, cela pose le problème du stéréotypes des personnages. Ils sont tous ce qu'ils devraient être sans la moindre petite déviation. C'est un peu dommage, puisque du coup, nous n'avons pas la moindre surprise sur ce qu'ils vont faire. Heureusement que le meurtrier reste secret jusqu'à la fin du roman.

Il est aussi intéressant de voir et de savoir surtout, que madame Christie, bien souvent, ne savait pas qui précisément qui serait le meurtrier au moment où elle commençait son livre (elle devait bien en avoir une idée mais pas complètement en fait). Pourtant, dans ce roman-là, je suppose qu'elle le savait dès le début, voir très rapidement pour pouvoir suivre à la lettre la comptine des dix petits nègres qui rythme les meurtres dans l'île. Au du moins qu'elle devait avoir une petite idée entre certains personnages. Ce qui fait, pour moi du moins, que tout son développement, sa façon de faire avancer son histoire est presque extraordinaire. Pourtant, connaissant la fin, je me rends compte qu'au final, il était plutôt facile de trouver le meurtrier. Les indices étaient bien là, mais tellement absorbé par le mystère et les personnages, je n'ai pas su les voir de suite (et pourtant, sont gros, les indices justement). 

Au final, j'ai pris plaisir à redécouvrir ce roman et à suivre le mystère de l'île au Nègre. Le livre comporte quelques défauts pour moi, les personnages trop stéréotypés et du coup un peu léger, une fin qui enlève tout le mystère (même si j'avoue que j'ai adoré savoir qui est le meurtrier au final) ou encore des passages un peu trop rapide. Il n'en reste pas moins un classique dans le roman policier et un divertissement appréciable. 

vendredi 9 mars 2018

Macbeth, William Shakespeare

Bon, je crois que ce livre-là était le plus vieux de ma PAL sur l'Iphone. Il y végétait depuis plus de quatre ans. Il était peut-être un peu temps que je le lise...

Macbeth, William Shakespeare

Editeur : Domaine public
Collection : /
Année de parution : 2010
Titre en VO : Macbeth
Année de parution en VO : vers 1623
Format : epub

A lire si : 
- Vous voulez une pièce assez courte
- Vous aimez les longs dialogues

A ne pas lire si :
- Vous vous attendez à du très sanglant.

Présenation de l'éditeur : 

Le général écossais Macbeth revient du combat où il a vaillamment défendu son seigneur Duncan quand, en pleine lande, trois sorcières apparaissent et lui annoncent qu'il deviendra roi. Lorsque Duncan lui rend visite pour le récompenser de sa bravoure, Macbeth, hanté par la prédiction des sorcières et poussé par sa femme, tue son hôte et s'empare du pouvoir. En proie au remords, le couple sombre peu à peu dans la folie...

Mon avis

J'ai enfin lu Macbeth, donc. Une pièce que je voulais lire depuis longtemps et que les aléas de la vie (ou plutôt trop de livres que je veux lire) ont fait qu'il a poireauté quatre ans dans ma PAL. L'avantage, c'est qu'il est assez court à lire, du coup, j'ai rattrapé son sommeil de quatre ans en peu de jours. Par contre, je dois avouer que sans être totalement déçue, je suis un peu désappointée par la pièce. Peut-être parce que j'en ai tellement entendu parler que je voyais autre chose. 

Pour cette pièce, Shakespeare va s'inspirer de l'histoire écossaise (en modifiant un peu pour des raisons politiques celle-ci) et s'attaque donc à Macbeth, qui prit le pouvoir par la force après avoir assassiner le roi. Dans sa pièce, il le fait donc après avoir entendu la prédiction de trois sorcières et poussé par sa femme, Lady Macbeth, avide de pouvoir.

Comme je le disais, la pièce est courte. Bien plus qu'Hamlet que j'ai pu lire en 2014. On y retrouve quelques thèmes en commun d'ailleurs, comme la folie, la mort, les fantômes. Mais qui dit plus court ne veut pas dire moins interessant. Loin de là. D'ailleurs, il est assez intense, le Macbeth. L'action se déroule rapidement mais avec des dialogues où chaque réplique est un véritable petit monologue. A tel point que parfois, c'est tout de même assez contraignant à lire (surtout quand le personnage parle à deux autres sans que ceux-ci ne répondent pendant trois pages). 

Mais à vrai dire, ce n'est pas sa longueur ou sa complexité à suivre qui m'a dérangé le plus. Comme souvent avec ce genre d'oeuvre, c'est l'image que j'avais pu m'en faire. J’espérais, en fait, trouver un Macbeth et une Lady Macbeth tombant dans la folie et que le lecteur verrait mieux cette folie-là. En fait, ça va très vite et c'est même presque anodin.Je trouve ça vraiment dommage, parce que je la voyait bien, la Lady Macbeth, ses mains sanglantes et sa folie. Sauf qu'on ne voit qu'un tout petit épisode de somnambulisme. De même, pour Macbeth, il ne verra qu'une fois le fantôme de Branquo avant de devenir fou. Mais après, je suppose que cela vient de la vision que j'avais de l'oeuvre et non de l'oeuvre en elle-même.

Macbeth reste passionnant à lire malgré cela. Shakespeare réussissait parfaitement à comprendre les moeurs de son époque, à critiquer pas mal mais aussi à flatter les politiques. C'est sur cette partie-là que je trouve toujours ses pièces passionnantes. Alors, effectivement, je ne suis pas une experte en histoire anglaise, mais ça me permet aussi de m'instruire un peu plus.

Au final, j'ai donc apprécié ma lecture même si je m'attendais à autre chose. Je regrette que la folie ne soit pas aussi présente que dans Hamlet (où elle est feinte le plus souvent d'ailleurs) mais j'ai adoré tout ce qu'il se passe autour, les intrigues, les scènes des sorcières... Peut-être attendrai-je un peu moins avant de lire un nouveau Shakespeare.

lundi 13 novembre 2017

Les Oiseaux, Daphné du Maurier

J'avais beaucoup aimé ma lecture de Rebecca de l'autrice et envie d'en lire un peu plus. Je me jette donc sur les Oiseaux, recueil de nouvelles parfait pour Halloween.

Les Oiseaux, Daphné du Maurier

Editeur : Le livre de poche
Collection : /
Année de parution : 2013
Titre en VO : The Birds and other Stories
Année de parution en VO : 1952
Nombre de pages : 348

A lire si :
- Vous aimez les nouvelles
- Vous voulez frisonner

A ne pas lire si :
- Vous voulez être très effrayé
- Vous voulez être toujours surpris


Présentation de l'éditeur :

Au cœur de la nuit, le vent d'est cingle la falaise. Entre deux rafales, des nuées d'oiseaux cognent aux vitres. Mais ce n'est pas la peur qui les précipite avec une telle force vers le monde des hommes... On retrouvera ici - et pas moins terrifiant - le récit qui inspira son chef-d'oeuvre au maître de l'angoisse, Alfred Hitchcock. Dans les autres nouvelles de ce recueil, l'horreur se fait plus insidieuse, le fantastique à peine étranger au réel. Il suffit d'un pommier à forme étrangement humaine, ou d'une ouvreuse de cinéma qu'un jeune mécanicien a envie de suivre après la séance...

Mon avis

Comme toujours pour un recueil, je vais d'abord faire le tour des nouvelles puis on parlera de l'ensemble.

Les oiseaux : La première nouvelle est surement la plus connue grâce à son adaptation par Hitchcock (qui n'est pas vraiment fidèle mais au combien terrifiante en son genre). Imaginez-vous bien tranquille dans votre village, dans votre maison même et puis d'un coup, tous les oiseaux du pays viennent agresser les humains. Je vous dire, pas juste un mais des millions, pas juste par accident mais réellement consciemment. Et bien, c'est ce qui arrive dans cette nouvelle. L'épouvante est bel et bien là mais à petit dose. Daphné du Maurier place son univers tout doucement, parle de la vie de famille et puis, petit à petit, les oiseaux arrivent et la tension avec eux. Et franchement, sans avoir de gore, on flippe tout de même bien. C'est le genre de nouvelle que j'apprécie beaucoup ou le côté horreur est présent mais pas du tout invasif.

Le Pommier : la seconde nouvelle est effrayante sans l'être avec sa petite touche un peu fantastique mais pas trop et une fin malheureusement un peu trop convenu et prévisible. La nouvelle se concentre sur un homme veuf depuis peu qui profite bien de sa "nouvelle" vie. Et puis, un jour, il remarque un vieux pommier qui lui fait penser à sa défunte femme. Or ce pommier semble lui en vouloir. Comme pour les Oiseaux, j'ai adoré tout ce qui touche au réalisme de la vie de cet homme, comme la vengeance du pommier (et donc pour moi de sa femme) s’immisce dans tout ça sans que personne ne s'en rende compte. Par contre, je trouve la nouvelle un peu trop longue.

Un dernier baiser : Ici nous entrons dans la tête d'un jeune homme qui tombe sous le charme de l'ouvreuse de son cinéma. Il va sympathiser avec elle, espérant même devenir son régulier. Et ça à l'air de pas mal commencer pour lui d'ailleurs, la jeune femme semblant plutôt réceptive. Et pourtant, alors qu'ils sont ensembles, elle semble avoir un tout autre but. J'avoue avoir mis un moment avant de comprendre ce qu'il allait se passer sachant que je suis partie très loin dans les suppositions (un cimetière, une fille étrange, ça semblait presque aller de soi, mais avec du Maurier, j'aurais du savoir que non en fait). Une nouvelle que j'ai plutôt bien aimé et qui m'a un peu surprise.

Le vieux : J'ai beaucoup apprécié cette nouvelle-là, surtout pour sa chute. Un homme nous raconte l'histoire d'un couple de vieux et de leurs enfants, enfin plutôt celle du vieux en question. Une histoire qui se finit assez mal d'ailleurs pour l'un des enfants. Je dois bien dire que je ne m'attendais pas mais alors pas du tout à cette fin et que j'ai trouvé ça vraiment super bien amené et fait.

Mobile Inconnu : Lady Farren se suicide apparemment sans la moindre raison et alors que tout semble aller pour le mieux pour elle. Son époux demande à un détective privé de découvrir pourquoi elle a commit un tel acte. Nous suivons donc le détective à la recherche du passé de la femme. Cette fois, nous quittons les ambiances gothiques et les histoires qui peuvent faire peur. Et même si j'ai bien aimé suivre l'enquête, je me suis un peu ennuyée. Disons que je cherchais le petit événement un peu étrange et les fausses pistes qui n'existent pas. Et en fait, le mobile est tellement banal que même la fin ne m'a pas surprise.

Le petit photographe : Nous voici sur la côté, dans un charmant hôtel au bord de la plage. La Marquise y passe des vacances ennuyeuses, comme le reste de sa vie, en fait. La seule chose qui semble lui plaire, c'est l'admiration qu'ont les autres pour elle. Lorsqu'elle découvre que le photographe du village l'adule, elle compte bien en profiter. Une nouvelle qui n'est pas déplaisante mais qui traîne peut-être un peu trop en longueur, surtout pour la fin. L'ambiance se pose assez vite, comme le caractère de la marquise et rapidement, on se doute que ça va mal tourner pour l'un des deux personnages. Mais fallait-il vraiment que ça aille si loin par la suite ? Peut-être pas.

Un instant d'éternité : La dernière nouvelle est aussi celle que j'ai le moins apprécié. Pas apprécié le décors, madame Ellis et le déroulement. Il lui manque un petit je ne sais quoi qui a fait que, un, j'ai compris bien trop rapidement ce qui allait se passer, deux, je me suis ennuyée. Bref, madame Ellis part faire une promenade, manque (ou pas justement) de se faire renverser et découvre que des gens habitent chez elle. Elle va passer pour folle alors qu'elle a juste fait un bond dans le temps, on ne sait ni comment ni pourquoi. Dommage, ça ne fonctionne pas avec moi.

Voilà donc pour les nouvelles qui composent ce recueil. Si elles ne sont pas toutes angoissantes (la palme reviendra forcément aux oiseaux), elles n'en restent pas moins assez dérangeantes pour la plupart. Daphné du Maurier sait parfaitement créer une ambiance à la limite du gothique, du policier, de l'intriguant et de l'étrange. Je trouve par contre dommage que les fins soient souvent un peu trop prévisible (le pommiers, mobile inconnu, le petit photographe) ou trop conventionnelles au final. Il n'en reste pas moins que j'adore l'écriture de l'autrice et que je pourrais lire encore tout plein de ces écrits sans le moindre problème.

mercredi 18 octobre 2017

Les Liaisons Dangereuses, Choderlos de Laclos

Je me suis enfin lancé dans la lecture du classique de la littérature épistolaire qui me faisait grave envie depuis des années. Et j'ai beaucoup aimé (oui je mets fin direct au suspens).

Les Liaisons Dangereuses, Choderlos de Laclos

Editeur : Une oeuvre du Domaine Public
Collection : /
Année de parution : 2011
Format : epub

A lire si :
- Vous aimez l'épistolaire
- Vous aimez les intrigues amoureuses

A ne pas lire si :
- Vous voulez du sexe
- Vous n'aimez pas les lettres

Présentation de l'éditeur :

La jeune Cécile Volanges quitte son couvent pour faire l’apprentissage du monde et épouser le comte de Gercourt, mais une de ses parentes, la marquise de Merteuil, entend profiter de ce projet de mariage pour se venger d’une infidélité que lui a faite autrefois Gercourt. Elle charge donc son complice, le vicomte de Valmont, de pervertir Cécile avant ses noces. Mais loin de Paris, dans le château de sa vieille tante, Valmont s’est de son côté mis en tête de séduire la dévote présidente de Tourvel, et une idylle bientôt se noue entre la « petite Volanges » et le jeune Danceny.

Mon avis

Les Liaisons Dangereuses c'est un peu Le grand Classique de la littérature épistolaire du 18° siècle. C'est un livre qui a beaucoup fait parler de lui et qui maintes fois fut adapté à la télévision ou au cinéma. Et je ne l'avais pas encore lu. Voilà qui est réparé.

Pour ceux qui ne connaissent pas, Les Liaisons Dangereuses sont les jeux auxquels se livrent deux libertins, le Vicomte de Valmont et la Marquise de Merteuil pour passer le temps. Anciens amants devenus amis, ils se lancent de temps à autres quelques défis. C'est ainsi que commence d'ailleurs les Liaisons Dangereuses. Voulant se venger d'un ancien amant, la marquise va échaffauder tout un plan pour défleurer la future épouse, la jeune Cécile Volanges. Pour cela, Merteuil va demander de l'aide (si on peut dire) à Valmont. Mais celui-ci a d'autre préoccupation en la personne de la présidente de Tourvel.

J'aime beaucoup le genre épistolaire (même si j'en lis peu, je l'avoue). J'apprécie ne pas avoir de narrateur afin de me faire une opinion toute personnelle des personnages rien qu'à leur écrit. Seul problème, souvent, les voix se mélangent. Laclos réussit le tour de main d'avoir un certain nombre de correspondants (Valmon, Merteuil, Cécile, la Président de Tourvel, Danceny, la mère de Cécile, et quelques autres) dont les voix sont parfaitement reconnaissables. Sans lire qui écrit la lettre, j'étais capable de le deviner rapidement. Les caractères de chacun apparaissent dans leur écrit de manière subtiles et j'adore (forcément hein). D'ailleurs, je trouve assez sympathique de n'avoir pris aucun des personnages en grippe alors que j'aurais très bien pu (parce que par exemple Cécile et Danceny sont quand même bien niais la plupart du temps).

Outre les voix ultra reconnaissables et surtout tellement bien faite pour cerner les personnages, il y a aussi ce ballet entre les personnages. J'adore voir la mise en place du plan de Merteuil et Valmont et comment les autres le ressentent. Je dois être un tant soit peu sadique dans l'âme, je l'avoue. Mais franchement, les deux libertins sont terribles avec les autres et cela pour notre plus grand amusant au final. Par contre, même si j'adore les voir tournés en bourrique, j'aurais apprécié que certaines "victimes" se rendent compte qu'un truc ne va pas. Qu'elles soient moins naives. Par exemple que madame de Tourvel qui va pendant un bon moment resisté à Valmont se doute un peu de ce qu'il est ou que Danceny se doute bien qu'il y a un truc de bizarre sur certaines lettres de Cécile qui ont été en fait dicté par Valmont ou Merteuil.

Au final, j'ai donc vraiment beaucoup apprécié ce roman épistolaire. Je savais que j'apprécierais et ce fut réellement le cas. J'ai beaucoup aimé les plans tout de même assez délirants pour certains du Vicomte et de la Marquise, l'opposition bien réelle de la Présidente de Tourvel, la naïveté des deux jeunes amoureux et surtout, surtout la manière dont tout est parfaitement mis en place. Une dernière chose, le nombre de non-dit ou de manière de dire les choses sans les dire sont aussi particulièrement sympathiques. Et puis, juste un mot sur la fin, pourquoi faut-il toujours que les innocents gagnent ? (et que Merteuil se retrouve du coup représenter en vile sorcière et non en femme égale à l'homme sur pas mal de point ?)(pour le féminisme on repassera sur ce roman, vu que la seule femme qui prend son destin en main sans avoir besoin d'un homme pour lui tenir la dite main devient moche et s'exile...)

vendredi 7 juillet 2017

Les Chiens et les Loups, Irène Némirovsky

Je mettais dis que cette année, j'allais découvrir la littérature slave. Et puis, les mois ont passé et rien du tout. Il était temps que je m'y mette. C'est donc avec une autrice d'origine ukrainienne exilée en France que je commence ma découverte slave.


Les Chiens et les Loups, Irène Némirovsky

Editeur : Le livre de poche
Collection : /
Année de parution : 2010
Nombre de pages :  250

A lire si :
- Vous voulez une histoire d'amour compliquée
- Vous aimez les histoires qui ne sont pas simples
- Vous voulez du sentiment d'exil

A ne pas lire si :
- Vous voulez juste de la romance

Présentation de l'éditeur :


Témoin des bouleversements de son siècle, Irène Némirovsky, morte à Auschwitz en 1942, est l'auteur d'une oeuvre étonnante qui fait d'elle un des plus grands écrivains de l'entre-deux-guerres. À la croisée des cultures juive, française et slave, cette romancière ne cesse de surprendre par sa modernité. Comme la plupart des romans d'Irène Némirovsky, Les Chiens et les Loups (1940) n'est pas étranger au destin personnel de son auteur. Le sentiment d'un inconsolable exil (issue de la
haute bourgeoisie, Irène Némirovsky fuit Kiev et la Révolution d'Octobre avec sa famille avant de trouver refuge en France), le poids de la société et la fatalité du destin sont au centre de ce roman qui évoque l'amour insensé de deux jeunes Juifs unis par un lointain souvenir. Ada, une artiste révoltée, et Harry, un riche banquier, sont les deux facettes d'une même personne. Tragiquement attirés l'un vers l'autre, rien ne peut les réunir, si ce n'est le sentiment de leur propre perte. Bercé de mélancolie, ce bouleversant roman sur l'enfance et l'innocence perdues est un chef-d'oeuvre de la littérature, à découvrir, ou à redécouvrir.

Mon avis

La quatrième de couverture étant assez intriguante au niveau de la vie de l'autrice de ce roman, je suis allée un peu fouiller sur wikipédia pour en savoir plus. Cette femme, née en Ukraine, de confession juive, a dut fuir son pays plusieurs fois pour échapper aux pogroms (attaque ultra violente contre les juifs) puis la révolution d'Octobre. Elle se réfugiera en France avec sa famille. Malheureusement, la seconde guerre mondiale passera par là et elle mourra à Auschwitz comme bien d'autres. Les Chiens et les Loups est le dernier roman publié de son vivant. Elle fut une autrice prolifique se basant pas mal sur sa vie et sur son exil. Les Chiens et les Loups en est un bel exemple. 

Ada Sinner est une enfant juive née dans la basse ville. Orpheline de mère, elle vit avec son père et son grand-père jusqu'à l'arrivée de sa tante Rhaïssa et de ses enfants après la mort de son époux. Si son enfance se passe dans la pauvreté, elle n'en est pas moins tout à fait malheureuse. Elle accepte sa condition, se rebelle contre une tante qui n'en a rien à faire d'elle, vit comme la plupart des enfants. Jusqu'à ce qu'elle aperçoive Harry Sinner, un cousin éloigné, petit fils du Sinner de la ville haute, un parent riche. A partir de cet aperçu, la vie d'Ada va se voir modifier. Elle voue un amour fou à Harry qu'elle ne connait même pas. Mais la vie est souvent injuste et suite aux pogroms, elle part avec sa tant Rhaïssa, Lilla et Ben, ses cousins, ainsi que Madame Mimi, une française pour Paris. Commence alors l'exil pour elle, dans une ville et un pays étranger où elle n'est pas forcément bien vu. Là, elle doit commencer une nouvelle vie et pourquoi pas, un jour se rapprochait d'Harry, lui aussi venu à Paris.

Si le roman se présente comme une sorte de Roméo et Juliette à la sauce juive, il est bien plus que cela. Irène Némirovsky a surement dut se servir de sa propre expérience tant les sentiments sur l'exil sont forts. Car c'est bien de cela que le roman parle. Enfin, pas que, mais nous le verrons après. Les deux personnages principaux du roman, Ada et Harry, vivent l'exil à leur façon. Elle restant slave, sauvage par rapport aux français, lui se mêlant sans vraiment le faire. Finalement, malgré la différence de leur statut sociaux (elle pauvre, lui héritier d'un empire banquier), ils restent pareil face au déracinement. D'ailleurs, ce sont les peintures d'Ada qui le feront comprendre à Harry. Leur attachement, leur histoire d'amour semble découler plus de cet exil que de vrais sentiments amoureux. Les deux sont particulièrement semblables, deux faces d'une même personne au final. Ils ne sont pas les seuls. Ben, le fils de tante Rhaïssa et mari d'Ada, vit aussi son exil d'une autre manière. En réalité, qu'il soit en France ou en Ukraine, il vivrait de la même manière, essayant à tout prix de s'élever de sa condition. Il en va de même pour Lilla, sa sœur, qui aurait pu avoir un avenir brillant et qui finalement, tombera dans l'oubli, comme bien d'autre.

Le fait que les personnages principaux soient juifs apporte aussi beaucoup au roman. Ils ne sont pas juste étranger, ils sont juifs. Or, à l'époque de l'écriture du roman (il est publié pour la première fois en 1940), les juifs ne sont pas vraiment les gens les plus en vu. Trop riches pour certains, trop "étrangers" pour d'autre, leur population restent mystérieuses pour beaucoup. Les personnages sentent tous cela. Ils sont tous semblables entre eux avec pourtant cette différence des liens sociaux. Cela se voit beaucoup avec Ben, jaloux de Harry, qui ne cesse de répéter à Ada qu'ils sont presque comme des frères, que seule la naissance et l'éducation ont séparé, qu'ils sont comme les chiens et les loups (d'où le titre, ben oui).

On ajoute à cela une écriture simple, agréable et finalement belle, une vision de la société d'alors assez critique, encore plus concernant les juifs. D'ailleurs, d'après wikipédia, Irène Némirovsky aurait eu à une époque une réputation d'antisémiste. Réputation qui lui venait semble-t-il plus de l'envie de plaire aux français à travers ses livres qu'autres choses. Il me faut trouver une biographie de cette autrice. Elle m'intrigue autant que ses personnages et ses histoires.

Pour finir, Les chiens et les loups est un très bon livre. Il se cache sous des abords un peu "simple" de la romance pour parler de tout à fait autre chose. Je l'ai lu lentement pour en profiter (il est tout de même assez court). Il est certain que je lirais d'autres roman de madame Némirosky. 

mardi 3 janvier 2017

Le Vicomte de Bragelonne, Alexandre Dumas

J'aurais mis un long moment pour lire ce roman. Vraiment long puisqu'il a été commencé en octobre. Mais d'après mon Kindle, il fallait environ 50h de lecture pour le lire. 50h. C'est long, tout de même. Je me demande d'ailleurs si ce n'est pour le moment le plus long livre que j'ai pu lire (sans compter les intégrales de séries). En papier, il fait tout de même 1710 pages (dans l'idée, les trois tomes du Seigneur des Anneaux en font moins). Bref, ce fut long, mais absolument pas laborieux.

Le Vicomte de Bragelonne, Alexandre Dumas

Editeur : Bibebool
Collection : /
Année de parution : 1847
Format : epub


A lire si :
- Vous avez aimé les Trois Mousquetaires
- Vous voulez de l'aventure

A ne pas lire si :
- Vous voulez beaucoup de personnages féminins
- Vous voulez un livre simple à lire

présentation de l'éditeur : 

Le Vicomte de Bragelonne est la dernière partie de la trilogie des Mousquetaires et fait suite aux Trois Mousquetaires et à Vingt ans après. L'histoire se passe dans sous le règne personnel de Louis XIV. Raoul, vicomte de Bragelonne et fils d'Athos, meurt à la guerre suite à la trahison de sa fiancée Louise de la Vallière devenue maîtresse du roi. De multiples intrigues se trament alors notamment au travers de la rébellion menée par les Jésuites.

Mon avis

Je me suis rendue compte que cela faisait presque une année que j'étais en compagnie des Mousquetaires du roi. J'ai commencé Les Trois Mousquetaires en Mars, après avoir reçu mon Kindle. J'ai lu les trois tomes en 2016 donc. Trois tomes qui m'ont embarqué durant des mois. 

Le Vicomte de Bragelonne clôture donc cette aventure. Nous retrouvons D'Artagnan, Athos, Porthos, Aramis, Raoul et quelques autres environ trente cinq ans après le début des trois mousquetaires, soit quinze ans après Vingt Ans après

Le roman porte mal son nom. Bien que Raoul, Vicomte de Bragelonne et fils d'Athos soit bien présent et cela sur environ la moitié des pages du roman, il n'est pas le héros de l'histoire. D'ailleurs, il faut bien le dire, nos quatre amis ne le sont pas vraiment non plus. Ce Vicomte de Bragelonne a pour héros sa majesté Louis XIV. Nous passons énormement de temps à sa cour, découvrant les intrigues de celle-ci et le voyant devenir le roi dont l'histoire gardera la trace. Tout, absolument tout, ce qu'il se passe dans le roman a un rapport avec Louis XIV.

Pour tout dire, c'est un peu dérangeant. J'étais habituée à suivre les aventures des quatre compères, je me retrouve à suivre la vie à la cour. Des batailles, des combats à l'épée, je n'en est que peu trouvé. Par contre, bienvenue les intrigues politiques, les secrets, les manigances. Ce n'est pas que cela me déplaise, loin de là, juste que sur le coup, c'est perturbant. Mais Dumas nous avait un peu préparé à cela avec Vingt Après, que je sentais déjà plus pessimiste que son prédécesseur. Le Vicomte de Bragelonne n'est pas pessimiste mais plutôt mélancolique. On y sent la fin des hommes comme nos quatre amis, de cette noblesse d'épée qui laisse la place à la noblesse de cour, celle qui intrigue mais surtout celle sur laquelle compte bien commandé le roi. Et malgré de nombreuses intrigues mettant en scène D'Artagnan ou/et ses amis, on en revient toujours à la cour de France.

Une cour où Raoul semble bien étrange par rapport aux autres. Élevé par Athos mais aussi finalement par les trois autres, il a encore à cœur l'honneur et les vertus qu'a son père. C'est un personnage que j'ai beaucoup apprécié par sa candeur, sa naïveté mais surtout par son sens de l'honneur. Il m'a beaucoup fait penser à son père à ce niveau-là. Et surement parce qu'Athos restera mon mousquetaire préféré, son fils est aussi un personnage que j'adore. Il est tellement "frais" par rapport à tous ceux qui gravitent autours de lui. Même de Guiche que j'avais plutôt apprécié dans le roman précédent m'a paru trop intriguant. 

Et que dire des mousquetaires. D'Artagnan se rend compte petit à petit que les gens de sa trempe ne sont plus vraiment présent. Porthos suit Aramis sans trop poser de question, juste heureux d'avoir un peu d'action dans une vie qu'il a voulu mais qui lui semble un peu trop morne. Athos se retire petit à petit, peut-être finalement est-il celui qui a le mieux compris ce qu'il arriverait à des gens de leur espèce. Quant à Aramis, devenu evêque de Vannes puis Général des jésuites, il est celui qui semble de premier abord réussir le mieux sa reconversion. Mais seulement de premier abord comme le montrera le roman. Car, s'il sera le seul survivant de l'aventure, il sera peut-être aussi celui qui aura le plus perdu, malgré un bon statut et quelques richesses, il ne saurait être celui qu'il a été. 

Mais à côté d'eux, il y a tous les courtisans, le roi, les reines, Madame et j'en passe. Si certains ne sont là que pour faire figuration (j'aurais voulu voir un peu plus les épicuriens par exemple), les autres sont bien présents et font le sel du roman. Il est vrai que voir le roi et La Vallière, fiancée à Raoul, tomber amoureux alors que la jeune femme devait servir de paravent aux amours du dit roi et de Madame est fort intéressant, tout comme les intrigues de Madame ou celle de Colbert. Mais il m'a manqué les duels, les beaux échanges de paroles, les railleries des mousquetaires. Il manque aussi, je trouve un vrai adversaire. Monsieur Fouquet n'en est pas un et je n'arrive pas à me dire qu'Aramis l'est (même s'il remplace Louis XIV par son frère jumeaux). 

Malgré ce petit point un peu négatif, j'ai vraiment beaucoup aimé ces dernières aventures. Je trouve que ce Vicomte de Bragelonne clôt parfaitement l'aventure entière. J'ai même versé ma petite larme (mais la fin quoi... J'avais beau savoir que ça finirait par quelques morts, je n'ai pu m'empêcher d'être triste)(celle de Porthos, je crois, fut l'une des plus émouvantes pour moi). Alexandre Dumas a su faire vivre ses personnages sur pas moins de trente cinq ans, les rendant toujours plus vrais. 

Avant de conclure cet avis, parlons d'ailleurs de tout le cycle. Dumas était un auteur génial qui n'aurait rien à envier à nos scénaristes de maintenant. Ses trois feuilletons-là sont justes géniaux par leur modernité (je rappelle qu'ils ont tout de même presque deux siècles), par la manière dont les intrigues s'imbriquent les unes ou autres, par le traitement des personnages et celui de leur époque. Je me sens à présent bien seule maintenant que j'ai refermé ce dernier roman. D'Artagnan et ses amis vont me manquer. 

Bref, vous l'aurez compris, je suis complétement sous le charme de toute la trilogie et j'ai hâte de m'y replonger dans un temps plus ou moins éloigné.