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jeudi 28 avril 2022

Le temps Fut, Ian McDonald

 Dès que je vois un livre de la collection une heure lumière à la médiathèque, je me jette dessus. C'est donc ainsi que le Temps Fut a débarqué dans ma PAL alors même que je n'ai pas lu la quatrième de couverture. De toute façon, pour le moment, aucun livre de la collection ne m'a déplu. Je vois pas pourquoi ça arriverait.

Le temps Fut, Ian McDonald

Editeur : Le Bélial
Collection : Une heure Lumière
Année de parution : 2020
Titre en VO : Time Was
Année de parution en VO : 2018
Nombre de pages : 144

A lire si :
- Vous aimez les enquêtes (mais pas forcément policière)
- Vous aimez les voyages dans le temps

A ne pas lire si :
- Vous voulez quelque chose qui ne soit pas prévisible

Présentation de l'éditeur : 

Bouquiniste indépendant, Emmett Leigh déniche un jour un petit recueil de poèmes lors de la liquidation de la librairie d’un confrère. Un recueil, Le Temps fut, qui s’avère vite d’une qualité littéraire au mieux médiocre… En revanche, ce qui intéresse Emmett au plus haut point, c’est la lettre manuscrite qu’il découvre glissée entre les pages de l’ouvrage. Pour le bouquiniste, tout ce qui peut donner un cachet unique et personnel à un livre est bon à prendre. Il se trouve ici en présence d’une lettre d’amour qu’un certain Tom adresse à son amant, Ben, en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale. Remuant ciel et terre – et vieux papiers – afin d’identifier les deux soldats, Emmett finit par les retrouver sur diverses photos, prises à différentes époques. Or, la date présumée des photos et l’âge des protagonistes qui y figurent ne correspondent pas… Du tout.

Mon avis : 

Vous le savez, j'aime la collection une heure lumière. J'aime les novellas, les formats courts mais pas trop non plus. J'aime aussi beaucoup les couvertures d'Aurélien Police. Bref, je regarde rarement les quatrième de couverture de cette collection, préférant avoir la surprise de ce que je lis. Cette fois, me voilà embarquer à la suite D'Emmett Leigh, bouquiniste, qui vient de dénicher un recueil de poèmes plutôt mauvais  mais où se cache une lettre manuscrite. Il va chercher qui sont les deux correspondants. Ce dont il ne se doute pas, c'est qu'il va bien retrouver leur trace mais à des dates qui ne semblent pas du tout correspondre à l'âge que devrait avoir Tom et Ben, les deux amants de la lettre... 

Vous voulez quel est le défaut de cette novella ? Son format. C'est couillon quand même. Mais pour moi, elle aurait peut-être mérité un peu plus de pages, et quelques explications moins abrupte, plus particulièrement du côté de Tom et Ben. Parce que, tout comme Emmett, je me suis un peu attaché à ce couple, que l'on découvre lors de rare chapitre narré par Tom. Or, de part le format, l'auteur va vite sur certain point que moi, lectrice, j'aurais voulu voir un peu plus développés. Mais c'est le jeu. Parce qu'à côté de ça, j'ai plutôt apprécié.

J'ai aimé suivre Emmett, suivre son enquête pour découvrir qui étaient Tom et Ben, puis juste qui ils sont et pourquoi on les retrouve dans divers conflits à des âges qui ne correspondent pas du tout. J'ai apprécie que cette quête se mêle aussi à sa vie privée, que l'on découvre un peu plus l'homme et pas juste le bouquiniste. En 150 pages, c'était pas donné. L'auteur a su faire ça avec brio, ne nous laissant pas juste avec une étrange enquête. Par contre, il a moins su le faire du côté de Tom, comme je le disais dans le paragraphe précédent, mais je pense que c'était aussi voulu, garder un certain mystère pour ne pas tout dévoiler. Or, il en devoile tout de même pas mal et j'ai su la fin après avoir lu une dizaine de pages. Ça, il me semble que finalement, c'est aussi fait exprès, en un sens. Ça ajoute un peu de piment à la nouvelle, puisqu'on se demande comment Emmett va comprendre, et quand aussi. Il est juste un peu plus long à la détente que son lecteur. 

J'ai apprécié le style, aussi. Bon, j'avoue que parfois, ça m'a semblé un peu déséquilibré. Je ne sais pas comment vous dire ça mieux. On a des passages parfois très lent, un peu long et puis, d'un coup, pouf, tout se dévoile ou presque. J'ai lu les dernières pages dans coup là où parfois, je me suis un peu ennuyée au début (mais ennuyée n'est pas tout à fait le bon mot). A côté de ça, il y a un côté parfois poétique plutôt bien vu, surtout quand on passe de l'histoire d'amour entre Tom et Ben aux horreurs de la Guerre qu'ils sont obligés de vivre plusieurs fois.

Enfin, il y a donc la fin, que j'ai vu venir mais que j'ai apprécié lire. J'avais envie de voir comme l'auteur s'en sortait avec ses voyages dans le temps, un thème que j'apprécie assez. Comment il allait faire pour gérer les paradoxes et les lignes de temps. C'est toujours interessant à découvrir et ici, je ne suis pas déçue (même si, une fois encore, j'aurais voulu en apprendre un peu plus).

Pour finir, j'ai donc apprécié ma lecture. Le livre n'est pas parfait, il aurait mérité quelques approfondissement pour moi mais franchement, c'était vraiment sympa à lire. Encore une fois, la collection ne m'a pas déçue. Je pense même que je vais me pencher un peu plus sur l'auteur que je ne connaissais pas du tout jusqu'à présent.

lundi 21 mars 2022

Le regard, Ken Liu

 En passant à la médiathèque, j'ai vu qu'il avait un autre Une heure Lumière (du coup, j'ai lu les deux seuls qu'ils avaient apparemment) et donc, je me suis empressée de le prendre (alors que j'ai déjà une PAL monstrueuse en ce moment...)(Du coup, je ne prends que des BD et . L'avantage, c'est que ça se lit toujours vite.

Le regard, Ken Liu

Editeur : Le Bélial'
Collection : Une heure lumière
Année de parution  : 2017
Titre en VO : The Regular
Année de parution en VO : 2014
Nombre de pages : 93

A lire si :
- Vous aimez les novellas
- Vous voulez un policier efficace

A ne pas lire si : 
- Vous aimez quand les enquêtes durent.

Présentation de l'éditeur : 

DEMAIN…
Dans son registre, celui de l’investigation, Ruth Law est la meilleure. D’abord parce qu’elle est une femme, et que dans ce genre de boulot, on se méfie peu des femmes. Parce qu’elle ne lâche rien, non plus, ne laisse aucune place au hasard. Enfin, parce qu’elle est augmentée. De manière extrême et totalement illégale. Et tant pis pour sa santé, dont elle se moque dans les grandes largeurs — condamnée qu’elle est à se faire manipuler par son Régulateur, ce truc en elle qui gère l’ensemble de ses émotions, filtre ce qu’elle éprouve, lui assure des idées claires en toute circonstance. Et surtout lui évite de trop penser. À son ancienne vie… Celle d’avant le drame…
Et quand la mère d’une jeune femme massacrée, énuclée, la contacte afin de relancer une enquête au point mort, Ruth sent confusément que c’est peut-être là l’occasion de tout remettre à plat. Repartir à zéro. Mais il faudra pour cela payer le prix.
Le prix de la vérité libérée de tout filtre, tout artifice. Tout regard…

Mon avis

J'ai beaucoup aimé L'homme qui mit fin à l'histoire, lu en décembre. Du coup quand j'ai vu ce second Une heure lumière de l'auteur, je n'ai pas beaucoup hésité à le prendre. Cette fois, nous voici avec un texte de de SF mettant en scène une détective privée. On y trouve une petite ambiance année 50 mais dans un futur plus ou moins proche où les humains peuvent être augmentés.

Ruth Law est donc détective privée et elle bosse bien. Il faut dire que grâce à son régulateur, elle travaille avec la tête froide, celui-ci annihilant toute émotions de sa part. Ses améliorations, faite de manière illégales, lui permettant d'être plus forte, de ne rien lâcher et de tout voir de manière froide et logique. Surtout, son régulateur lui permet de ne plus penser à ce qu'il a pu se passer avant. Lorsque la mère d'une jeune prostituée, tuée puis énuclée, vient la voir pour trouver l'assassin de sa fille, elle n'hésite pas beaucoup pour prendre l'affaire. Déjà parce que la fille, une asiatique, a vu son meurtre rapidement classé, ensuite parce que malgré le Régulateur, quelque chose lui dit que c'est peut-être l'occasion de repartir de zéro d'une manière ou d'une autre.

En moins de 100 pages, nous voilà donc happé dans l'histoire de Ruth. C'est l'une des grandes forces de l'auteur, réussir à écrire une histoire courte et prenante. Surtout, ici, on retrouve deux thèmes particuliers. D'abord, celui du "non métissage" des populations chinoises (et asiatiques) aux USA. Parce que la victime est chinoise, son affaire a été rapidement classé en querelle de gang venant de Chinatown. Les policiers ne sont pas allés bien plus loin vu son ethnie et sa profession (elle aurait été afro-américaine que ça aurait sûrement été pareil d'ailleurs). Ruth, elle, est métisse, elle peut vivre dans les deux mondes et a choisi de poser son bureau à Chinatown où elle est tolérée plus qu'autre chose. En lisant la manière dont l'enquête. On ressent bien toute l'impuissance de la mère de la victime face à la police, celle de Ruth, aussi, lorsqu'elle va essayer d'avoir des informations auprès d'eux. L'autre thème, c'est celui de l'humain augmenté. Ruth a plusieurs modification physique (jambes, bras etc...) mais surtout, elle possède un Régulateur. Avec lui, adieu les états d'âmes, les poussées d'adrénaline non voulues et autres. Mais légalement, son utilisation ne doit pas excéder une heure. Or, pour ne pas penser du tout à ce qu'il s'est passé avant, elle pousse son utilisation autant que possible, à savoir durant vingt trois heures. Ainsi, elle est plus proche d'un robot que d'un être humain. Et c'est justement sur cela que s'interroge l'auteur. Comment l'humain peut-il gérer ses émotions et est-ce une si bonne idée que ça ? L'auteur nous laisse trouver nous même notre réponse, même s'il oriente tout de même bien le lecteur (en gros : c'est cool, mais faut pas en abuser quoi).

Le tout est parfaitement écrit, donnant envie aux lecteurs de continuer et de découvrir ce qu'il se passe. En fait, je trouve le récit peut-être un peu trop court. Je ne dis pas qu'il aurait mérité des centaines de pages en plus, mais la fin est un peu abrupte à mon gout. Elle arrive trop vite. De même, il me manque un truc sur le point de vue du tueur. J'ai parfois eu l'impression qu'il n'amenait pas grand chose de plus, sûrement parce que vu la longueur du texte, c'est très condensé alors qu'on retrouve finalement cette idée de clivage entre américains et étrangers dans le discours de l'homme.

Au final, j'ai beaucoup aimé cette novella, donc. Oui, je l'aurais bien vu avec quelques pages de plus mais j'ai été happée par le texte de Ken Liu qui reste très efficace. Et franchement, après les deux Heures lumières de l'auteur, je crois qu'il est peut-être temps que je passe à un format plus long (y a les Jardins de Poussière à la médiathèque pour quand j'aurais bien réduit ma PAL)

lundi 20 décembre 2021

L'homme qui mit fin à l'histoire, Ken Liu

 Cela fait un petit moment que je n'ai pas lu de novella de la collection Une heure lumière du Bélial. J'ai réussi à mettre la main sur celle qui me faisait le plus envie depuis le début de la collection et franchement, elle valait vraiment le coup.

L'homme qui mit fin à l'histoire, Ken Liu

Editeur : Le Bélial
Collection : Une heure lumière
Année de parution : 2016
Titre en VO : The man who ended history : a documentary
Année de parution en VO : 2011
nombre de pages : 112

A lire si :
- Vous aimez les formats courts
- Vous voulez une novella ressemblant à un documentaire

A ne pas lire si : 
- Vous voulez une histoire rectiligne

Présentation de l'éditeur :

Futur proche :
Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l'observateur d'interférer avec l'objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l'histoire humaine. Plus de mensonges, plus de secrets d'état.
Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l'Unité 731 se livra à l'expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d'un demi-million de personnes... L'Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d'occupations américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l'Histoire.

Mon avis

Avant toute chose, il faut savoir que oui, l'unité 731 a bel et bien existée. Ce n'est malheureusement pas une invention de son auteur. On est dans le même ordre d'idée que ce qu'il se passait dans les camps de concentration Nazis. Je vous conseille de faire un tour sur le net et les livres d'histoires pour découvrir un peu tout ça (attention, âme sensible s'abstenir, c'est particulièrement effrayent et gore, même dans la réalité (surtout dans la réalité en fait)). J'ai personnellement découvert l'unité 731 avec ma lecture. Il es probable que le fait d'être européenne y soit pour quelque chose. Nous avions nos propres atrocités dans notre passé (les camps de concentration). Il n'empêche que outre être une oeuvre de science-fiction, la novella de Ken Liu est un peu plus que ça. Elle sert aussi le devoir de mémoire mais nous y reviondrons.

Parlons d'abord un peu de la forme de la novella. Ici, comme le dit si bien le titre en VO (en VF aussi, mais pas sur la couverture, le terme "un documentaire" apparait sur le titre en haut des pages), nous lisons un documentaire. Vous savez, comme les films, où l'on va interviewer des scientifiques tout en montrant des images de reconstitution. Ainsi, petit à petit, Ken Liu met en place son propre documentaire. Nous, nous en lisons finalement la retranscription, aidé en cela par des didascalies bienvenues, nous présentant les divers protagonistes de l'histoire, des scientifiques, des politiques ou encore des personnes ayant utilisé la machine à remonter dans le temps. Forcément, cette forme-là a un véritable impact sur ce que nous lisons, peut-être plus que si nous avions eu une novella linéaire avec une personne allant dans le passé. 

Forcément, cette forme influe grandement sur le fond. Nous avons des passages où les scientifiques, plus particulièrement Akemi Kirino, épouse et collègue de Evan Wei (l'homme qui créa la machine), nous explique le fonctionnement de leur invention et ces implications. Puis, nous avons ceux de quelques personnes ayant pu retourner dans le passé. Nous découvrirons alors qu'il ne s'agit pas là de scientifique mais de membres des familles des victimes de l'unité 731. Nous trouverons aussi des interviews de politique, japonais et chinois ou encore, d'ancien membre de l'unité. Le tout semble parfois formé un discours un peu décousu mais ce n'est pas le cas. 

Car, petit à petit, Ken Liu demande à son lecteur de s'interroger sur le passé. Est-il bon d'y revenir de cette manière là ? De ne pas laisser ce précieux passé entre les mains de scientifiques mais entre celui des concernés, des victimes et de leurs parents ? Le cas de l'Unité 731 est particulier puisqu'elle n'a été reconnu que très tard (en 2002). Jusque là, les gens savaient mais n'en disaient rien ou presque. La période est sombre, dans tous les sens du terme. Or, dans la novella, ce ne sont ni des scientifiques, ni des historiens qui y "retournent". Ce sont des descendants des victimes qui vont, petit à petit, retrouver des pans entiers de leur histoire. Or, on se doute à quel point cela peut être important pour eux de savoir (moi-même, j'avais dans ma famille un survivant de Dachau qui n'a jamais voulu en parler, nous n'avons pas la moindre idée de ce qu'il a pu vivre là-bas). L'auteur nous interroge donc sur l'Histoire est la manière dont nous devons l'appréhender, sur notre rapport avec elle. 

L'homme qui mit fin à l'histoire est une oeuvre sur le négationniste, la mémoire, notre rapport à l'Histoire et à ses atrocités, mais aussi sur le "roman national" (je n'aime pas ce terme mais je n'ai pas trouvé mieux) ou encore les relations diplomatiques. Sous couvert de SF, c'est en fait un roman historique que nous avons là avec toutes les questions que nous pouvons nous poser sur l'éthique de tel voyage dans le temps et sur ce que l'homme pourrait y trouver finalement. 

Je dois avouer que je ne ressors pas tout à fait tranquille de cette lecture que j'ai, par ailleurs, beaucoup aimé. Un certain nombre de questions se bouscule dans ma tête et je crois bien que l'auteur a réussi son pari avec moi. Bon, il faut dire qu'il avait un bon terrain (oui, je sais, j'essaie toujours de faire des avis sans parler vie privée mais que voulez-vous, parfois, ce n'est pas toujours possible) puisque j'ai bien connu un survivant de Dachau et que ces questions-là, sur l'éthique en Histoire m'intéressèrent particulièrement (j'ai toujours été passionnée par l'Histoire, je dois bien l'avouer). Du coup, je recommande fortement cette novella qui se lit sommes toute rapidement et qui ne laissera pas indifférent.

lundi 4 septembre 2017

Un pont sur la Brume, Kij Johnson

Parce que je suis fan des couvertures d'Aurélien Police et que ma première incursion dans la collection une heure lumière m'avait plu, je me suis lancée dans cette novella dont je ne connaissais pas l'autrice mais dont on m'avait dit que du bien. Alors, ça donne quoi ?

Un pont sur la Brume, Kij Johnson

Editeur : Le Bélial'
Collection : Une heure lumière
Année de parution : 2016
Titre en VO : The Man Who Bridged the Mist
Année de parution en VO : 2011
Nombre de pages : 138

A lire si : 
- Vous voulez une aventure humaine
- Vous aimez lorsque les personnages sont creusés
- Vous voulez une ambiance calme et sereine

A ne pas lire si : 
- Vous voulez de la baston
- Vous n'aimez pas le calme

Présentation de l'éditeur : 

Kit Meinem d’Atyar est peut-être le plus doué des architectes de l’Empire. Peut-être… et tant mieux. Car il lui faudra convoquer toutes ses compétences, l’ensemble de son savoir pour mener à bien la plus fabuleuse qui soit, l’œuvre d’une vie: un pont sur le fleuve de brume qui de tout temps a coupé l’Empire en deux. Un ouvrage d’art de quatre cent mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable, corrosive et peuplée par les Géants, des créatures indicibles dont on ne sait qu’une chose : leur extrême dangerosité… Par-delà le pont… l’abîme, et pour Kit une aventure humaine exceptionnelle.

Mon avis

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec ce Pont sur la Brume. La quatrième de couverture était alléchante, la couverture aussi (mon amour pour les couvertures d'Aurelien Police me ferait faire n'importe quoi). Le format, un court roman me faisait dire que de toute façon, si je n'aimais pas, je ne perdrais pas non plus trop de temps avec. Bon, en réalité, j'ai râlé finalement qu'il ne fasse que 138 pages. 

Kit Meinem est architecte pour l'Empire. Il se voit confier la construction d'un pont sur le fleuve de brume, premier édifice qui permettra de relier les deux parties de l'Empire. Nous allons le suivre du moment où il pose le pieds sur le chantier jusqu'à celui où le pont sera inauguré. Soit cinq années. Or en cinq ans, il se passe beaucoup de chose, surtout sur le plan humain.

Ne vous attendez pas à de l'action, des accidents en voulez vous en voilà. Ici, l'autrice ne fait pas dans le gros sensationnel, ni dans les effets spéciaux. Non, elle se concentre sur son personnage, Kit Meinem et sur les personnes qu'il va rencontrer tout le long de son périple. Car oui, c'est un périple que de construire un pont. Un périple humain surtout. Et c'est là tout l'interet de ce court roman. Les rapports entre l'architecte et les gens dont il va d'une manière ou d'une autre changer la vie.

Les rapports entre Kit et les habitants de Proche et Loinville sont étudiés avec soin, sans en faire trop. Il est celui qui va leur apporter le changement. Il n'y aura plus à craindre de traverser le fleuve de brume avec les bacs. Les deux villages vont s'en trouver changer, d'une manière ou d'une autre. L'afflux de monde pour la construction puis pour le passage entre les deux rives après la construction. Si pour la plupart des habitants, tout cela semble fort bien, ce n'est pas le cas pour une famille de Loinville, les Bac, qui comme leur nom l'indique, pilote les bacs permettant le passage.

Ainsi les vies de Rasali et de son neveu Valo vont se trouver entremêler à celle de Kit. Et c'est particulièrement bien fait. D'ailleurs, ce sont ces amitiés qui vont ponctuer le roman. De biens belles amitiés d'ailleurs. Si avec Rasali, on sent très rapidement qu'il se passera surement quelque chose, la relation avec Valo m'a semblé un petit plus intéressante. Le jeune homme ne voit pas d'un bon oeil le pont au départ. Il changera au fur et à mesure. Il ne sera pas le seul à changer. Kit aussi. D'ailleurs, il est le seul dont on voit l'évolution depuis avant le pont. 

On s'attache réellement au personnage de Kit Meinem. J'ai aimé le suivre dans ses doutes, nombreux, ses peines, mais aussi ses joies et ses réussites. Kij Johnson a vraiment réussi à créer un personnage vivant, avec ses défauts et ses qualités sans en faire trop. D'ailleurs, il en va de même avec les autres personnages que nous découvrons. Et il n'y a pas que les personnages qui sont réussi. Toute l'histoire l'est. Bien que cinq années soient condensées en 138 pages, on ressent bien le passage du temps et les diverses avancées des travaux. Et puis, le texte est doux. Je ne sais comment le dire autrement. J'ai ressenti une certaine sérénité en le lissant. C'est assez compliqué à décrire en fait.

Au final, j'ai donc beaucoup apprécié ce texte qui parle de construction, à la fois matériel et humaine. Je l'ai trouvé frais dans une production littéraire SFFF qui essaie toujours de faire plus que l'autre. C'est doux, c'est beau, ça se lit non pas d'une traite mais en profitant de chaque pages. Je dois bien dire que j'aimerais tomber sur plus de romans comme celui-ci. Pas d'ennemis, pas de bataille, juste la vie. Bref, un coup de coeur.

lundi 21 août 2017

Club Uranium, Origines, tome 3, Stéphane Przybylski

Je me suis enfin lancé dans le tome trois de la tétralogie Origines de Stéphante Przybylski qui est dans ma PAL depuis un petit moment déjà. Et il n'y a pas à dire, j'adore cette série.

Club Uranium, Origines, tome 3, Stéphane Przybylski

Editeur: Le Bélial'
Collection : /
Année de parution : 2016
Nombre de pages : 624

A lire si
- Vous voulez vous plonger dans une aventure que n'aurez pas forcément renier Indiana Jones
- Vous voulez une histoire prenante

A ne pas lire si 

- Vous voulez juste un roman, rien de plus

Présentation de l'éditeur : 

Début 1940.
L’extraordinaire découverte faite par Friedrich Saxhäuser dans la vallée du Nahr al-Zab-al-Saghir est désormais aux mains d’un comité occulte basé en terres américaines. De Berlin à Washington D.C., tous s’accordent sur une chose : retourner au Kurdistan irakien est impératif. Qui se rendra maître du Château des millions d’années possèdera un avantage crucial dans le conflit en cours… De chaque côté de l’Atlantique, le comte Erchingen et l’énigmatique M. Lee montent des expéditions secrètes avec l’Irak en point de mire, une gageure quand la guerre étend son empire sur l’essentiel du globe… Reste Saxhäuser, soldat hors normes confronté à l’indicible et aux convictions balayées. Peut-être lui appartiendra-t-il de sauver l’humanité ? Mais envisager pareille entreprise est-il seulement possible quand votre propre humanité semble vous échapper ?

Mon avis

La tétralogie des Origines est, il me semble, l'une de mes meilleures découvertes en terme de SF et d'uchronie, de ces dernières années. Je crois que je ne me lasserais pas de cette série. D'ailleurs, le fait qu'il ne m'ait fallu que deux jours pour lire ce tome-là en est un parfait indicatif (le week-end à ne faire presque que lire, c'est juste génial).

Dans le premier tome, nous nous concentrions sur les allemands, le second se déroulait en grande partie en angleterre, et pour le troisième ? Et bien, la couverture magnifiquement illustrée par Aurélien Police nous donne un indice (tout comme elle le faisait pour les deux autres). Nous voilà côté américain ! Nous allons enfin en apprendre un peu plus sur le mystérieux Mr Lee (qui m'a fait plus d'une fois penser à l'homme à la cigarette de X-files). Un personnage que nous voyons depuis le début et qui semble avoir pas mal de cartes dans la main. J'ai beaucoup apprécié le suivre (surtout que Saxhäuser n'est pas loin). Mais avant de parler personnages, voyons un peu ce qu'il se passe. 

Parce que depuis 1939 et la découverte du Château des Millions d'Années, il s'en est passé des choses. Dans le Marteau de Thor, les nazi partaient à la recherche des artefacts trouvés en 39 par Saxhäuser et Schumndt. Malheureusement pour eux, ils n'y arrivent pas. Du coup, que se passe-t-il ? Les américains entrent en scène. Si pour l'instant le gouvernement américain n'est toujours pas en guerre, l'organisation dont fait partie mr Lee se met elle en marche. Et pour cela, rien de mieux que d'aller dans la vallée du petit Zab, là où tout a commencé. Or ils ne sont pas les seuls à s'y rendre. Une équipe composée par Saxhäuser y va aussi, tout comme une autre de l'Abhwer. Autant dire que tout ce petit monde ne va pas faire dans la dentelle pour parvenir à ses fins. Mais nous n'allons pas rester dans la vallée du petit Zab tout le long du roman, puisque nous ferons un détour par l'Allemagne, Prague, mais aussi l'Ecosse et le Nevada. 

Autant le dire, ce troisième tome est plein de rebondissement et de révélations. Les extraterrestres se montrent un petit peu plus en acceptant une sorte d'accord avec l'organisation dont fait parti Mr Lee. Mais on va rapidement comprendre que les envahisseurs ne sont pas si gentils que ça et qu'ils n'apprécient pas trop se faire berner par les colons, ceux qui sont arrivés bien avant eux et aident Saxhäuser, ou même par les humains. Je sens qu'ils ne vont pas en rester là... Côté humain, rien ne va plus non plus. La seconde guerre mondiale est bien entamée, Hitler se lance dans la conquête du monde, aidé en cela par Mussolini. L'afrique et l'Orient deviennent théâtre de guerre, tout comme l'Europe. Le côté historique est bien là et parfaitement traité par un auteur qui sait fort bien de quoi il parle (chose agréable que d'avoir un historien à la barre). 

Côté personnage (j'avais dis que j'y reviendrais), j'ai grandement apprécié revoir Saxhäuser sur le devant de la scène. Il m'avait quelque peu manqué dans le tome deux. J'apprécie toujours l'espion allemand malgré son caractère un peu trop james bondesque parfois. On retrouve aussi Erchingen et Rourke, ainsi que quelques secondaires comme Maud Alten (qui ne fait pas grand chose au final). Côté américain, on trouve des petits nouveaux qui je l'espère resteront encore un moment. D'ailleurs, j'ai bien aimé l'équipe américaine, mélange de scientifique ayant tous quelque chose à se reprocher (histoire de pouvoir les faire chanter un peu) et de divers membres des organisations spéciale (FBI, CIA et j'en passe) des USA. Un groupe hétéroclite qui fonctionne pas trop mal en soi et qui offre des moments de détente bien sympa aussi. Quant aux personnages historiques, nous voyons beaucoup les allemands et plus particulier Heydrich (et ce n'est pas pour rien...).

Finalement, comme pour les autres tomes des Origines, je me suis régalée à lire ce tome (le plus long des trois pour l'instant d'ailleurs). Je continue à m'extasier sur les connaissances historiques de l'auteur et la manière dont il réussit à les mettre en valeur sans jouer au prof d'histoire. J'apprécie toujours autant les flashbacks (quoique j'en ai trouvé de moins pertinents que d'habitude) et cette façon de sauter d'une date à l'autre sans pourtant perdre le lecteur. Et puis, l'histoire en elle-même m'a happé. Et même si j'aurait peut-être apprécié de voir ailleurs que dans la vallée du petit Zab (le guatemala aurait pu être sympa aussi peut-être ?), revenir un peu sur les origines de tout cela ne m'a pas fait de mal, surtout juste avant le dernier roman de la série. Bref, un bon tome pour une série qui l'est tout autant. Vivement la suite.

mardi 19 juillet 2016

Le Marteau de Thor, Origines tome 2, Stephane Przybylski

Alors que le troisième tome d'Origines est sorti en juin, je lis enfin le second acheté pourtant fin novembre. Ma PAL est bien trop grande pour que j'arrive à tenir le rythme des séries en ce moment, il faut bien que je me l'avoue (quelques 66 livres papiers et numériques en tout, ça commence à faire, va falloir faire baisser tout ça avant cet automne).

/!\ spoiler sur le tome 1 /!\

Le Marteau de Thor, Origines tome 2, Stephane Przybylski

Editeur : Le Belial'
Collection : /
Année de parution : 2015
Nombre de pages : 480

A lire si
- Vous voulez vous plonger dans une aventure que n'aurez pas forcément renier Indiana Jones
- Vous voulez voir ce qu'il a pu se passer (un peu) au début de la seconde guerre mondiale côté allemand
- Vous voulez une histoire prenante

A ne pas lire si 
- Vous voulez juste un roman, rien de plus
- Vous voulez voir souvent Saxhäuser 

Présentation de l'éditeur 

Fin 1939. La mission archéologique de l’Ahnenerbe est un échec : l’extraordinaire découverte faite dans la vallée du Nahr al-Zab-al-Saghir semble aux mains de l’ennemi anglais, et Friedrich Saxhäuser est porté disparu au large de Madère... Heinrich Himmler ne peut tolérer pareil camouflet, d’autant que ce qui a été mis au jour dans le Kurdistan irakien se révèle à ce point stupéfiant, impensable, que l’ensemble des forces en présence, à l’aube du plus grand conflit que l’humanité ait jamais connu, pourrait s’en trouver balayé... Aussi, alors que la Wehrmacht écrase la Pologne et que les Einsatzgruppen de Heydrich déchaînent l’enfer dans les rues de Varsovie, le regard des chefs nazis se tourne-t-il vers l’Ouest. Retrouver la cargaison du Siegfried est désormais crucial : l’Allemagne hitlérienne s’apprête à abattre le Marteau de Thor sur l’Angleterre...

Mon avis

J'avais beaucoup aimé le Chateau des Millions d'Années, premier tome d'Origines. J'avais hâte de lire la suite mais comme d'habitude, ma PAL étant ce qu'elle est et n'arrêtant pas de trouver d'autres lire que j'avais plus que hâte de lire, je ne l'ai finalement fait que maintenant (c'est fou comme certains livres prennent le dessus par rapport à d'autres...)(ou comme j'ai pas de volonté en fait). Je me suis tout de même replonger avec bonheur dans cette saga se situant à l'époque de la seconde guerre mondiale mêlant l'historique à la SF comploteuse à petit alien vert (enfin pas vraiment vert).

La fin du premier tome n'annonçait rien de bon pour Friedrich Saxhäuser, l'équipage du Siegfried et surtout sa cargaison. On reprend quasiment au même moment mais on quitte aussi le fil rouge du premier tome pour découvrir de nouveaux personnages mais aussi une intrigue qui semble presque secondaire (mais qui ne l'est surement pas). Pour rappel, Saxhäuser était donc porté disparu, voire même mort en mer au large de Madère, les anglais avaient mis la main sur le Siegfried. Forcément, Hitler, du moins Himmler, ne va pas laisser faire. Il va envoyer l'un de ses agents, Ziegler récupérer la cargaison. Sauf qu'il va aussi devoir faire équipe avec l'Ahbwer, les service secrets allemands (grande différence avec les services secrets SS) et que Ziegler sera accompagné d'Erchingen, ancien compagnon d'arme de Saxhäuser. Les deux hommes vont donc en Angleterre retrouver un agent dormant là-bas, la belle Maud. A eux trois, ils vont donc tenter de ramener la cargaison en Allemagne. Et pendant ce temps Saxhäuser semble être presque aux abonnés absents, chose que j'ai un peu déploré quand même.

L'intrigue est, comme pour le premier tome, coupé par un certain nombre de flashback donnant plus de consistance à l'action et surtout nous en apprenant plus sur les personnages mais aussi sur la partie Histoire. C'est une chose que j'avais vraiment beaucoup apprécié dans le tome 1, je continue à le faire dans le deux. J'apprécie aussi voir ce début de seconde guerre mondiale côté allemand. L'auteur ne fait toujours pas de propagande nazi, il use même de personnages qui sont bien loin finalement de l’idéologie de Hitler ou même, ils réfléchissent à celle-ci pour s'en éloigner doucement. Il use aussi de personnage à l'idéologie nazi bien ancré sans toutefois en faire de bons gros fanatiques comme on peut parfois le voir. Oui, l'être humain n'est pas que noir ou que blanc, il est bourré de nuance. Il n'en reste pas moins que l'on commence à apercevoir les crimes du régime nazi (l'euthanasie des plus faibles et des handicapés, la haine des juifs et des non aryens, l'invasion de la Pologne...). 

Même si on se prend d'affection pour Ziegler, Maud et d'Erchingen, qui sont les personnages centraux de ce second tome, on en oublie pas que deux d'entre eux sont des fanatiques capables du pire pour Hitler et ses idées. Sur Maud cela se voit énormément. C'est un personnage complexe et vraiment super bien foutu qui nous permet de voir comment certaines personnes se sont fait endoctrinés et ce qu'elles sont capables de faire. A l'inverse, Ziegler, pur produit nazi depuis son enfance ne nous montre pas grand chose sur ce point. Quant à Erchingen, j'ai apprécié le voir douter, comme à pu le faire Saxhäuser dans le tome 1. Ce sont d'ailleurs des personnages assez complémentaires je trouve. Du côté anglais et américain, on trouve aussi des personnages peu manichéens. Le lieutenant Rourke est un sacré connard, monsieur Lee l'homme mystérieux qu'il était déjà. Les politiques, de tous les pays concernés ne sont pas vraiment mieux. Quand je disais que l'être humain est bourré de nuances, j'avoue que là parfois, on part quand même souvent dans le foncé. Peut-être à cause de la période historique et de tout ce qu'elle implique et impliquait à l'époque.

A côté de ça, le fil rouge avance un peu et se mêle donc les extra-terrestres à l'Histoire. Si pour le moment ils ne sont pas si présent que ça, j'ai l'impression que ça va pas mal changé. Entre leur prise de contact avec Saxhäuser mais aussi les révélations qu'ils lui donnent, on se doute bien qu'ils vont finir par mettre leur nez dans les affaires humaines. Les complotistes s'en donneraient à cœur joie en lisant les quelques passages avec eux (et les quelques passages avec les américains aussi tiens). Ce qui est fort sympathique par contre, c'est que la partie SF se mêle vraiment bien aux parties Histoire et histoire (celle du roman quoi). Parce que pour le moment, elle n'est pas ultra invasive que ça et qu'elle matche fort bien avec tout le reste. 

Et pour ne pas gâcher le tout, Przybylski nous offre pas mal d'action, de l'espionnage, une superbe poursuite dans les landes de Cornouailles et pas mal d'explication de ce qu'il a pu réellement se passer en 1939 (et avant et même après) tout en restant dans le roman. on tourne les pages sans s'en rendre compte tellement tout est bien mis à sa place, tout semble clair et la tension bien présente. C'est un vrai régal à lire, que se soit sur l'aspect fiction ou historique. Sans parler du petit lexique à la fin qui fait du bien (surtout avec les termes bien allemands dont, pour ma part, je ne comprends pas la moitié).

Au final, ce second tome est tout aussi bon que le premier même si personnellement je regrette de ne pas avoir vu un peu plus mon agent SS préféré (qui aurait cru que je dirais ça un jour ?). J'ai hâte de mettre la main sur le troisième tome en librairie (et de le lire une fois acheté et pas six mois plus tard).

mercredi 23 mars 2016

Dragon, Thomas Day

Ai-je déjà dit que j'aimais beaucoup les écrits de Thomas Day ? Surement, oui. Quand j'ai vu ce petit livre sur les étagères de la librairie, je n'ai pas réfléchi (réfléchi-t-on réellement lorsqu'on prend un livre ?), il a attiré dans mon panier.

Dragon, Thomas Day

Editeur : Le Belial'
Collection : Une heure lumière
Année de parution : 2016
Nombre de pages : 152

A lire si :
- Vous voulez un texte court mais percutant
- Vous ne voulez pas qu'une enquête policière
- Vous aimez la violence à un certain degrés

A ne pas lire si :
- Vous voulez quelque chose de totalement imprévisible

Présentation de l'éditeur : 

Bangkok. Demain.
Le régime politique vient de changer.
Le dérèglement climatique global a enfanté une mousson qui n’en finit plus.
Dans la mégapole thaïlandaise pour partie inondée, un assassin implacable s’attaque à la facette la plus sordide du tourisme sexuel. Pour le lieutenant Tannhäuser Ruedpokanon, chargé de mettre fin aux agissements de ce qui semble bien être un tueur en série, la chasse à l’homme peut commencer. Mais celui que la presse appelle Dragon, en référence à la carte de visite qu’il laisse sur chacune de ses victimes, est-il seulement un homme ?

Mon avis

Cette année, les éditions Bélial s'offre une nouvelle collection mettant en avant des textes courts. Dragon fait parti des premiers textes de cette collection. Ce genre de roman, qui se lit vite, me plait beaucoup. Même si j'aime les longues séries ou les gros pavés, je ne suis jamais contre un petit roman, surtout si celui-ci est percutant. Bon en plus de ça, je suis fan des couvertures, créée par Aurélien Police (j'aime les illustrations d'Aurélien Police depuis très longtemps). Mais le texte est-il à la hauteur de la couverture et du format, aussi alléchants soient-ils ?

L'histoire se déroule à Bangkok dans un futur plus ou moins proche. Une Bangkok envahit par la mousson où, pour que les touristes aient les pieds au sec, on hésite pas à noyer une partie de la ville. Une Bangkok moite, humide, viciée à l'ambiance sombre. Dans cette ville, un homme s'attaque au tourisme sexuel, plus particulièrement à la pédophilie. Seul, il entre en guerre. Mais pour ne pas entacher un touriste qui renaît, même si c'est le pire de tous, les autorités lancent à ses trousses Tann Ruedpokanon afin de le tuer sans faire de trace, à la thaïlandaise. Commence alors le jeu du chat et de la souris entre le flic et Dragon.

Le livre est percutant. Percutant par sa forme, avec des numéros de chapitre qui ne se suivent pas (le livre peut être lu comme cela, ou par ordre chronologique), une violence toujours présente mais jamais gratuite (c'est souvent le cas avec Thomas Day d'ailleurs, ses textes sont violents, on est bien d'accord, mais pas juste pour l'être, il y a toujours quelque chose derrière) et une enquête bien menée, intéressante à lire. Mais il l'est surtout par son fond. Dragon réveille les consciences, ouvre les yeux sur un fléau dont on ne parle pas forcément souvent dans notre vieille Europe : la prostitution enfantine. Sur ça et sur la manière dont certains ferment les yeux, pour remettre une économie à flot (vaste sujet que le tourisme sexuel, qu'il soit enfantin ou pas). Si Dragon tue les proxénètes et les clients, c'est pour ouvrir les yeux du monde, de tout le monde. C'est pour sauver ces gamins, objets sexuels que l'on drogue ou alcoolisé afin de les rendre plus docile. Alors oui, les méthodes ne sont peut-être pas les bonnes, on ne combat pas le mal par le mal, mais en même temps, dans cette Bangkok futuriste, personne si ce n'est une ONG ne semble vouloir faire quelque chose contre cela. Et du coup, la question se pose quand même (un peu comme dans Daemone où le héros se demande s'il doit réellement devenir un assassin pour retrouver l'être aimé).

Le format de ce texte est donc particulièrement intéressant puisqu'il permet à l'auteur de ne pas appesantir sur certains aspect qui aurait desservi les thèmes. D'ailleurs, il n'y a pas que celui de la prostitution enfantine. On retrouve beaucoup de chose qui font la Thaïlande d'aujourd'hui. Tann, le héros, est à la recherche de liberté mais aussi d'un idéal amoureux en la personne du ladyboy parfait. Ainsi, nous voilà à réfléchir à la question du genre, mais aussi de la tolérance envers ces personnes. En Thaïlande, les transexuels ne sont pas des parias comme ils pourraient l'être chez nous, on dit merci au bouddhisme et au gouvernement qui n'a jamais interdit l'homosexualité d'une manière ou d'une autre (et ça, c'est franchement génial). Tann est vraiment un personnage intéressant, un personnage qui sans forcément être attachant est plutôt proche de pas mal de lecteurs par ses interrogations, ses paroles... Dragon quant à lui, est tout aussi intéressant bien que plus en arrière et plus classique dans sa construction. Il n'en reste pas moins qu'il pose la question du mal pour le mal auquel chacun pourra répondre à sa convenance.

Enfin, un dernier point pour Dragon, c'est son passage petit à petit de quelque chose qui se veut polar futuriste (et finalement surtout polar, parce que le côté futuriste n'est pas vraiment là sauf dans les description de Bangkok) à quelque chose d'un peu plus fantastique. Alors, on peut se demander ce qu'elle fait là mais en fait, je trouve qu'elle va particulièrement bien avec la culture animiste de certains thaï. Et pour tout dire, cela fonctionne très bien avec le reste de l'histoire.

Au final, j'ai beaucoup aimé ce court roman percutant que cela soit grâce au style de Thomas Day, que j'aime depuis le premier livre que j'ai pu lire de lui ou grâce à ses thèmes pas toujours simples. Le texte fonctionne à merveille, avec une petite touche de violence et de sexe jamais gratuite et quelque chose qui ne se veut pas moralisateur, mais "ouvreur d'yeux" (vous la sentez l'expression foireuse parce que je trouve pas le bon mot ?). Un très bon texte.

lundi 16 mars 2015

Le Château des Millions D'années, Origines, tome 1, Stéphane Przybylski

Voilà un livre dont la couverture m'a de suite attiré lorsque je l'ai vu à la librairie. En plus de ça, je n'ai lu que des avis positifs dessus. Alors, je me suis dit pourquoi pas, surtout que l'époque à laquelle il se déroule est vraiment riche et que sa quatrième promet du bon.

Le Château des Millions D'années, Origines, tome 1, Stéphane Przybylski

Editeur : Le Belial'
Collection : /
Année de parution : 2015
Nombre de pages : 361

A lire si 
- Vous voulez vous plonger dans une aventure que n'aurez pas forcément renier Indiana Jones
- Vous voulez voir ce qu'il a pu se passer (un peu) juste avant la seconde guerre mondiale côté allemand
- Vous voulez une histoire prenante

A ne pas lire si 
- Vous voulez juste un roman

Présentation de l'éditeur

Juin 1939. Heinrich Himmler diligente une expédition archéologique en Irak, dans le but officieux de s’allier les tribus locales afin de lutter contre l’ennemi britannique. Au sein de l’expédition, l’officier SS Friedrich Saxhäuser. Vétéran de la Grande Guerre, il a lié son destin à celui d’Adolf Hitler depuis le putsch manqué de Munich en 1923. Jamais totalement acquis aux thèses nazies, Saxhäuser est un agent double, naviguant dans les eaux troubles des différents services de renseignement du Reich. Au fond d’une vallée d’un affluent du Tigre, Saxhäuser met au jour quelque chose venu d’ailleurs, susceptible de changer la donne dans le conflit qui s’annonce. Cependant, les doutes que le SS nourrit envers le régime nazi s’exacerbent : doit-il s’abstenir de remettre à Hitler sa découverte ? Mais ne s’est-il pas déjà trop compromis ?

Mon avis
Il est rare de tomber sur un roman mettant en scène les allemands et leurs alliés. En France, on trouve bien plus facilement de roman côté français et alliés, ce qui se comprend aussi. Les nazis sont nos ennemis, on ne va pas non plus parler d'eux, hein (ironie, ironie). C'est pourtant ce qu'à fait Stéphane Przybulski et il a fait ça parfaitement.

A la base, le livre est un roman feuilleton. J'avoue que je voulais le lire de cette manière, soit une partie par semaine. Mais le prendre alors que je partais une semaine en vacances, sans ma bibliothèque pour pouvoir intercaler un autre livre entre les épisodes n'étaient pas une bonne idée pour le faire. Surtout qu'en plus de ça, je me suis tellement pris dans l'histoire que j'ai eu bien du mal à lâcher le livre à chaque fois que je l'ouvrais. J'ai donc lu le livre en quelques jours au lieu de plusieurs semaines.

Il faut dire que l'histoire est prenante, une sorte d'Indiana Jones à la sauce Allemagne nazi avec un héros que l'aventurier n'aurait pas renié. Friedrich Saxhäuser est un officier SS, vétéran de la première guerre mondiale, agent de protection du Furher et à présent, agent de renseignement. L'homme est envoyé en Irak avec une expédition archéologique dans le but de trouver des traces d'une ancienne civilisation aryenne. Mais il se sent suivi, et cela depuis une autre expédition, en Amérique Latine. Alors que l'équipe entre dans la vallée du petit Zab, des phénomènes étranges ont lieu et l'on passe soudain dans une partie plus fantastique du récit. Du coup, de fouilles archéologiques en course poursuite et filature, nous allons en découvrir un peu plus sur notre homme mais aussi sur l'époque qui est la sienne, cette époque trouble de l'entre deux guerres.

Ainsi, à l'aide de flashback, nous allons découvrir comment Saxhäuser se retrouve dans cette aventure mais aussi ce qu'il a pu se passer en Allemagne depuis la fin de la première guerre. Ces flashback sont placés de manière ultra intelligente, ne perturbant du coup absolument pas le récit premier du livre. Ils sont aussi réellement intéressant pour qui veut en connaitre un peu plus sur les débuts du Reich et les guerres internes entre ses services. Politique et complot, combo parfait pour moi. Sans connaitre parfaitement l'Histoire ni même le côté allemand de celle-ci, on entre rapidement dans tout cela.

On ajoute après une histoire prenante et pleine de rebondissement et une Histoire documentée et bien placée, des personnages complexes et tout aussi travaillé que le reste. Il n'y a pas à dire, Stéphane Przybylski ne laisse rien au hasard dans son livre. Que se soit les personnages inventés ou ceux romancés tous sont nuancés, contrastés, travaillés. Rien n'est laissé au hasard, ni leurs actions, ni leurs réflexions. J'ai aimé avoir un apperçu du passé de chacun, ayant réellement existé ou  non, voir à quel point les idéologies de l'époque ont pu les chambouler et les chamboulent encore, comment leur vie d'avant à pu mener à ce qu'ils sont, et cela est encore plus vrai pour Saxhäuser (ce personnage aura vraiment été un gros coup de cœur pour moi).

Au final, je me suis donc plongée dans l'aventure pour en ressortir plus que ravie. J'ai aimé le fait que pour une fois, on passe côté allemand, côté qu'on connait moins forcément et qui est au final vraiment intéressant à découvrir. J'ai aimé que l'histoire et l'Histoire se mêle, la manière dont c'est fait. J'ai aimé le côté fantastique, présent mais finalement pas envahissant et laissant la place à l'Histoire elle-même. Et puis, j'ai aimé Saxhäuser, personnage tellement complexe et ambigüe. Je crois que tu l'auras compris, lecteur, ce Château des Millions d'années est un énorme coup de cœur pour moi et j'espère que sa suite, Le Marteau de Thor (cela ne présage que du bon) sortira rapidement !